Exportation de fruits: un juteux marché qui poireaute

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Le litchi peut être emballé dans du plastique spécial puis conservé sur un mois grâce au «souffrage».

Le litchi peut être emballé dans du plastique spécial puis conservé sur un mois grâce au «souffrage».

Alors que les mangues et litchis abondent sur le marché local, ces fruits représentent une belle aubaine pour le commerce extérieur. Leur taux d’exportation est à la hausse. Mais le secteur n’est pas pour autant dépourvu de difficultés. Quels sont ses défis ? Comment booster cette filière ?

«En 2002-2003, on exportait 50 tonnes de fruits locaux par an. Aujourd’hui, ce taux est de 1 300 tonnes», déclare Vikram Hurdoyal, directeur de l’Ocean Tropical Fruit (OTF) Export Ltée. Depuis 18 ans, ce dernier se spécialise dans l’exportation de fruits locaux. «L’ananas, par exemple, s’exporte tout au long de l’année vers la France, l’Italie, la Suisse, la Hollande et la Russie.» À l’inverse d’autres fruits, dont le litchi, qui sont exportés à la saison estivale.

En sus de l’Europe très friande de nos fruits exotiques, des nouveaux marchés viennent de bourgeonner : Dubayy, l’Arabie saoudite et tout dernièrement, Hong Kong. Pour plusieurs de ces pays, Maurice est un tremplin pour l’approvisionnement en vue de la réexportation. Car certains règlements proscrivent l’importation de fruits d’Europe.

Néanmoins, les carottes ne sont pas pour autant cuites. Au dire des opérateurs, le secteur semble poireauter. «L’exportation est rentable pour l’ananas mais il y a beaucoup de risques externes comme la crise financière, le taux de change etc. dans les pays étrangers», confie Kishan Fangooa, secrétaire de LM Pineapple and Allied Growers Coop Sty Ltd. Cette coopérative regroupe des producteurs qui atteignent les marchés internationaux par le biais des exportateurs locaux. Celle-ci exporte plus de 200 tonnes d’ananas à travers ces intermédiaires. Les prix varient en fonction du marché. De son côté, Vikram Hurdoyal évoque le risque lié aux litchis : «Le prix baisse car il y a trop de litchis et de compétiteurs sur le marché.»

Parallèlement, le conditionnement du fruit peut s’avérer problématique. Par exemple, l’exportation d’ananas est davantage privilégiée en été pour que le fruit mûrisse au soleil. Ce qui le rend plus doux qu’en hiver. «De mai à septembre, on diminue l’exportation à cause de l’hiver et des problèmes de taches noires. On doit alors appliquer un mûrisseur pour contrôler la récolte», explique-t-il.

Quant au litchi, il peut être emballé dans du plastique spécial pour l’exportation ou passé au «souffrage». Il s’agit d’une méthode de traitement au soufre favorisant une plus longue conservation des fruits, allant jusqu’à un mois, affirme Vikram Hurdoyal. Ce qui toutefois rajoute des frais à l’exportation. Le manque à la fois de main-d’oeuvre et de formation aux nouvelles technologies est également décrié.

De plus, d’autres défis surviennent dans le secteur, estime l’Economic Development Board (EDB). Par exemple, avec la menace de cyclones, de chauves-souris ou d’une baisse dans la production, les cultivateurs seraient plus enclins à vendre leurs produits aux hôteliers et acheteurs locaux, indique un responsable de l’organisme.

L’usage des pesticides constitue aussi une difficulté : «Il y a de plus en plus de contrôle car les clients à l’étranger sont plus exigeants. D’autant que l’autorité phytosanitaire exerce des règlements plus rigides en Europe.» D’autres entraves incluent la capacité d’approvisionner de grandes commandes et à répondre aux exigences internationales «from Farm to Folk» et la certification des produits par le Global Gap, dit-on à l’EDB.

À ce sujet, la certification se fait actuellement à travers des laboratoires étrangers. «Pour l’instant, des sociétés comme EcoCert viennent à Maurice pour l’accréditation mais cela coûte cher. Mauri Gap constitue un nouvel outil mais nous ne savons pas trop comment cela se fera en pratique», confie Gérard de Fontenay, secrétaire de l’Association des producteurs et exportateurs des produits horticoles de Maurice (APEXOM). Ce à quoi un responsable du Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) soutient que cette certification sera bientôt effectuée à Maurice.

Face à ces problèmes, comment booster l’exportation ? Il faut cibler de nouveaux marchés comme la Chine, Singapour et les pays du Moyen-Orient, déclare Vikram Hurdoyal. «Avec la diversification aérienne, nous devrions développer d’autres clientèles et encourager plus d’agriculteurs à intégrer le secteur.»

Pour les deux exportateurs, des recherches sur des nouvelles variétés seraient à encourager. À l’exemple de l’avocat Hass, produit en grande demande mondiale et qui pourrait être introduit localement. Parallèlement, la production de pitayas et de fruits de la passion devrait être boostée.

Du côté du FAREI, on fait valoir que le développement d’autres variétés de longanes, melons, melons d’eau, pitayas, entre autres, est en cours. «Cela prend du temps. Il y a trois ans, nous avons introduit le Yookhopow, une nouvelle variété de litchi», précise notre interlocuteur.

Au niveau de l’EDB, l’évolution des plantations en fermes professionnelles est évoquée. Les terres agricoles abandonnées devraient également être converties en vergers, renchérit-on au FAREI. Kishan Fangooa mentionne une meilleure provision des équipements et structures, tels les «packing houses» et la baisse des coûts aériens. «Une palette d’ananas pour l’exportation sur la compagnie d’aviation nationale coûte Rs 25 000. Le coût est plus élevé pour d’autres lignes aériennes.»

L’ananas, cette petite mine d’or

Selon les chiffres de Statistics Mauritius émanant du FAREI, de janvier à juin 2018, l’ananas a rapporté le plus aux exportateurs. En effet, 889 349 kilos ont été commercialisés aux Emirats arabes unis, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, en Espagne, en France, en Hollande et en Roumanie. La France, à elle seule, caractérise une demande de 505185 kilos. Et la recette totale pour toutes ces exportations est de Rs 432 44 354 au premier semestre de 2018.

En deuxième position, l’avocat affiche un taux de 7 020 kilos exportés pour Rs 895 736. Ces fruits ont été commercialisés en Allemagne et en France. À la troisième place, on trouve le jaque commercialisé à raison de 10 299 kilos pour Rs 308 983 en France. Enfin, un volume de 1 035 kilos de noix de coco a été exporté vers l’Allemagne et les Pays-Bas pour Rs 42 170.

Financement : un coup de pouce aux exportateurs

Encourager l’exportation de fruits, fleurs et légumes : tel est le but du «Freight Rebate Scheme» (FRS). Placée sous la responsabilité de l’Agricultural Marketing Board (AMB), cette mesure favorise un remboursement de 25 % aux exportateurs enregistrés.

Ce plan s’applique uniquement aux fruits suivants : les avocats, letchis, fruits de la passion et les ananas entre autres. À noter que les achards et autres produits en pot ne sont pas éligibles. Seules les exportations vers les pays avec lesquels Maurice entretient des relations commerciales internationales sont considérées sous cette mesure.

Sous le FRS, les frais d’exportation vers les pays non-européens bénéficient toujours de 25 % de remboursement selon la liste de fruits susmentionnée et un taux minimal en termes de poids. Ainsi pour les avocats, le minimum est de 100 kilos, les litchis de 200 kilos, les fruits de la passion de 25 kilos et les ananas de 50 kilos.

Un autre plan, le «Speed to Market Scheme», prévoit un remboursement de 40 % sur l’«Air Freight Cost» pour l’exportation vers l’Europe.

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