Commission Britam: Dawood Rawat muselé ?

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L’ancien président de l’ex-groupe BAI, Dawood Rawat, souhaite intervenir devant la commission Britam.

L’ancien président de l’ex-groupe BAI, Dawood Rawat, souhaite intervenir devant la commission Britam.

Cette décision de la commission d’enquête sur la vente de Britam fait jaser plus d’un. En effet, la déposition par visioconférence de l’ex-patron de la British American Investment (BAI), Dawood Rawat, a été annulée à la dernière minute, le mercredi 28 novembre. Si la raison officielle avancée fait mention des «legal issues» liés à cette audition, à la commission, certains laissent entendre que les pressions sont venues de beaucoup plus haut.

Dawood Rawat devait être entendu sur ses actifs, spécifiquement ceux au sein de Britam Kenya, de Paris – où il se trouve – à 15 heures hier (heure de Maurice). C’est par visioconférence, dans une salle aménagée dans les locaux de Mauritius Telecom, que l’audition devait se tenir.

La décision de la commission Britam, qui a émis un communiqué en ce sens, est tombée peu après 11 heures, suivant une réunion tenue sous haute tension entre le président, Bushan Domah, et ses deux assesseurs, Sattar Hajee Abdoola et Imrith Ramtohul, à la Sicom Tower, à Ébène. Dans le communiqué, signé par l’ancien juge Bushan Domah et Sattar Hajee Abdoola, il est indiqué que, contrairement à ce qui était convenu avec les hommes de loi de Dawood Rawat, ils n’ont reçu aucun document sur «the strict materiality and relevance of his intended deposition to the Terms of Reference of the commission».

«C’est l’une des raisons pour laquelle on a décidé d’annuler (NdlR, la déposition de Dawood Rawat). Nous n’étions pas au courant de ce qu’allait dire Monsieur Rawat. Nous avons attendu jusqu’à 11 heures, mais en vain», explique une source proche de la commission. Selon elle, celle-ci a préféré ne pas prendre de risque, car l’ex-patron de la BAI aurait pu critiquer et faire des allégations contre n’importe qui. Ou tenir des propos hors-contexte ou aller à l’encontre des Terms of Reference. «Donc, c’est faux de dire que nous ne voulons pas écouter sa version. Dès que nous aurons le dossier des avocats, nous allons trouver une nouvelle date», poursuit notre interlocuteur.

De préciser, toutefois, que ce n’est pas le seul obstacle. La commission se dit confrontée également à un certain nombre de «legal issues» et aurait sollicité l’avis du parquet. «It has occurred to us, in our discussion, that there are procedural issues which go to the very root of the course of action we are about to undertake, for the resolution of which we need some time», peuton ainsi lire dans le communiqué de la commission Britam.

«Situation ahurissante»

L’on explique que toute personne qui souhaiterait témoigner lors des travaux de la commission respecte certaines procédures bien établies. Les auditions se déroulent sous serment. Or, dans le cas de Dawood Rawat, cette procédure aurait été impossible à respecter. «Toute personne se livrant à des déclarations erronées ou comportements méprisants peut être poursuivie pour parjure ou contempt of court. Comment allons-nous procéder, étant donné que le témoin en question est basé en France», soutient-on dans l’entourage de l’ancien juge Bushan Domah et ses assesseurs. De plus, ceux auditionnés soutiennent leurs propos avec des preuves et autres documents. 

Sollicité, Me Gavin Glover, l’homme de loi de l’ancien Chairman de la BAI, affirme qu’il a pris connaissance du communiqué et compte répondre officiellement à la commission Britam. «C’est une situation ahurissante, c’est la première fois qu’on demande à un témoin, qui a des informations susceptibles d’éclairer les autorités, de produire un statement en bullet points», déclare-t-il.

«C’est du grand n’importe quoi, les arguments de la commission ne tiennent pas la route. On est en train de trouver des excuses bidon pour empêcher qu’il ne parle», avancent les proches de Dawood Rawat. Ils montrent du doigt un membre de la commission d’enquête en particulier, qui ne souhaiterait pas que Dawood Rawat dise certaines vérités. «Et puis, les gens diront que notre père ne veut pas donner sa version des faits. Alors qu’il ne peut pas !», soutiennent les filles de Dawood Rawat, Laina et Adeela.

Dans l’entourage de l’ex-chairman de la BAI, l’on tient à préciser que ses révélations auraient fait mal à ceux impliqués dans le dossier de vente, en égratignant au passage des membres du gouvernement. Au-delà des offres pour Britam Kenya, Dawood Rawat envisagerait de cibler «un conflicted person», proche de l’enquête et du gouvernement. Y a-t-il eu des pressions politiques venues d’en haut pour annuler la séance d’aujourd’hui ? Selon nos recoupements, certains au sein du gouvernement se sont opposés à cette intervention.

Sinon, comment expliquer le timing de cette annulation ? Pourquoi un mois après avoir donné son aval à cette visioconférence, la commission d’enquête s’est-elle rétractée à la dernière minute ? Comment se fait-il que la commission, qui a un ancien juge à sa tête, vient maintenant de découvrirles complications juridiques ? Autant de questions qui surgissent après le report de cette audition très attendue.

C’est en octobre que Dawood Rawat, qui a retenu les services de Me Gavin Glover, Senior Counsel, et de Me Raju Sewraz, Senior Attorney, a fait une demande pour intervenir devant les membres de l’instance. L’entourage de l’ancien patron de la BAI n’a pas dit son dernier mot. Si l’audition est annulée, il n’écarte pas la possibilité d’écrire une lettre ouverte qui contiendra ces révélations. «Nous verrons alors pourquoi certaines personnes ont eu peur de cette audition.»

Vente de Britam : le rapport de la commission d’enquête vers mars 2019

Les travaux de la commission d’enquête sur la vente des actions de la BAI au sein de Britam Kenya ne prendront pas fin de sitôt. Le rapport, initialement prévu fin décembre 2018, ne sera pas prêt avant quelques mois, indique-t-on au niveau de la commission d’enquête. Outre l’audition de Dawood Rawat par visioconférence, qui est en suspens pour l’heure, la commission, présidée par l’ex-juge Bhushan Domah, serait aussi en attente de certains éléments des autorités kenyanes. «Ces informations nous permettront de mieux comprendre ce qui s’est passé, surtout lors d’une réunion en particulier, qui s’est déroulée au Kenya, pour déterminer le prix de vente, entre autres», explique notre source. Des compléments d’information qui aideront la commission après des contradictions relevées dans les dernières auditions, notamment celle d’Afsar Ebrahim, Deputy Group Managing Partner de BDO Mauritius, celle de Benito Elisa, ancien conseiller de l’ex-ministre des Services financiers et de la bonne gouvernance. Et celle de Prakash Seewoosunkur, Chief Operating Officer de la Financial Services Commission, en août dernier. Il y a aussi la version de l’ancien ministre des Services financiers, Roshi Bhadhain, qui s’est dédouané dans cette affaire. Il avait fait comprendre que ce dossier était sous la responsabilité du ministère des Finances. Or, d’autres témoignages devant l’ex-juge Dhomah et ses assesseurs font état de l’implication de l’ex-ministre dans la vente des actions, pour la somme de Rs 2,4 milliards. D’autant plus que la commission a pris connaissance des cinq propositions faites avant la vente, dont celle de Rs 4,3 milliards de la compagnie sud-africaine MMI.

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