Film Rebate Scheme: ce qu’il manque à Maurice pour devenir un cinema hub

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Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, procédant au lancement du film «Serenity», en juillet 2017. © Sumeet Mudhoo

Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, procédant au lancement du film «Serenity», en juillet 2017. © Sumeet Mudhoo

77 projets concrétisés, Rs 2,2 milliards de dépenses encourues par des producteurs de cinéma, de 2013 à 2018.

Les chiffres du Film Rebate Scheme (FRS) semblent être des plus prometteurs. Mais qu’en est-il en réalité ? Cette mesure gouvernementale a-t-elle fait décoller l’industrie du septième art ?

«Cela a ouvert un marché et permis aux opérateurs locaux de louer des équipements aux producteurs étrangers», constate Jérôme Valin, de Digital Island Ltd. Quant à Niven Pareemanen, Producer Assistant du film Serenity, Production Manager de la série The Agent et Location Manager d’Island Doctor, il entrevoit une filière grandissante avec l’appui de l’Economic Development Board (EDB), instance chargée de l’administration du FRS. Une hausse dans la qualité des projets tournés à Maurice est même évoquée par Françoise Chan, Managing Director d’Island Film Services Mauritius Ltd.

Sur le plan institutionnel, Sachin Jootun, directeur de la Mauritius Film Development Corporation, déclare que «le FRS offre un des meilleurs taux pour les producteurs ainsi qu’une opportunité pour les artistes locaux de travailler avec des professionnels». De son côté, Nanda Narrainen, responsable du département de Film and Creative Industries à l’EDB, mentionne la mise en place de structures, ce qui a permis de développer le secteur.

«En 2013, nous n’avions pas de personnes qualifiées ni de financement et encore moins des moyens pour la post-production. Idem pour la création d’effets visuels et spéciaux, la line production et le dubbing. Désormais, les structures existent, notamment avec l’établissement de deux à trois studios. On a eu des projets allant jusqu’à Rs 70 millions, qui ont amené la technologie de pointe à Maurice», affirme le cadre de l’EDB.

D’où proviennent les investissements ? Outre les producteurs bollywoodiens, aujourd’hui, ceux des États-Unis, d’Allemagne, du Royaume-Uni, de la France, entre autres pays, privilégient l’île pour leurs tournages.

Et ce n’est pas juste pour y planter leur décor, renchérit Nanda Narrainen. «Aujourd’hui, quand les équipes de production viennent à Maurice, ils arrivent avec 30 à 40 personnes et recrutent le reste sur place. Résultat : des emplois sont créés et le coût de production revient à moins cher.» D’ailleurs, estime Sachin Jootun, un bon nombre d’emplois a été généré localement.

Pourtant, tout est-il aussi rose avec ces productions internationales, assistées par le FRS ? Nanda Narrainen le précise d’emblée : le scheme est une initiative et non un grant. «Le FRS à lui tout seul ne nous rendra pas compétitif», précise-t-il. Sachin Jootun partage cette préoccupation : «Nous essayons d’être compétitif sur la scène internationale mais c’est l’expérience qui fait toute la différence. Toutefois, dans la région, Maurice se démarque comme une destination de choix pour le cinéma.»

«Nous essayons d’être compétitif sur la scène internationale mais c’est l’expérience qui fait toute la différence. Toutefois, dans la région, Maurice se démarque comme une destination de choix pour le cinéma.»

Qui sont les compétiteurs ? Le responsable à l’EDB mentionne notamment l’Afrique du Sud, la Malaisie et Singapour. Outre cet aspect, quelles sont les difficultés qui y prévalent ? «Les free-lance mauriciens se retrouvent sans activité en l’absence de tournage. Ce qui fait qu’ils se découragent, changent de métier ou partent à l’étranger. Leurs salaires ne leur permettent pas de faire face aux périodes d’inactivité», confie Jérôme Valin.

Pour Niven Pareemanen, la sélection des projets sous le FRS devrait également prendre en considération les scripts en sus de la sélection financière. Il affirme aussi que Maurice devrait ramener de meilleurs investisseurs internationaux et mieux les sélectionner.

De son côté, Françoise Chan mentionne un dilemme lié aux choix d’attribution de projets aux bénéficiaires du FRS. «Les autorités ont un budget limitant le nombre de projets bénéficiaires. Devrait-on se focaliser sur seulement quelques projets à gros budgets ou en avoir plus dotés de petits et moyens budgets ? Les films à gros budgets augmenteront la visibilité de Maurice mais ne garantissent pas la création d’emplois à long terme», prévient-elle.

«Les autorités ont un budget limitant le nombre de projets bénéficiaires. Les films à gros budgets augmenteront la visibilité de Maurice mais ne garantissent pas la création d’emplois à long terme»

Les enjeux sont considérables pour booster l’industrie du cinéma à Maurice. D’où la nécessité, indique Sachin Jootun, de créer une école de cinéma, une mesure qui revient systématiquement sur le tapis. «Nous n’arrivons pas à trouver des personnes sérieuses. Le réalisateur indien Neeraj Pandey souhaiterait créer son école à Maurice. Nous étudierons cette possibilité. Cela va prendre du temps», confie-t-il.

La formation des Mauriciens est cruciale, soutient Nanda Narrainen. Par exemple, pour des métiers techniques, notamment en effets numériques, il faut compter trois ans alors que pour d’autres disciplines, comme le maquillage, des programmes de trois mois peuvent suffire. Parallèlement, les services de production locale, tout inclus, sont requis.

D’autres marchés sont davantage ciblés, indique-t-on à l’EDB, dont l’Allemagne, qui représente un partenaire intéressant pour le cinéma et le tourisme. Idem pour la Chine, les États-Unis et l’Europe. «On doit continuer les efforts pour devenir le leader. D’ici deux ans, il faut doubler, voire tripler, le nombre de projets», affirme Nanda Narrainen.

Ce que cela implique

Depuis mars 2013, le Film Rebate Scheme accordait à l’origine un remboursement de 30 % des dépenses locales encourues (Qualifying Production Expenditure) pour les productions de films. Suivant le Budget 2016-17, une mesure a été introduite pour favoriser un remboursement allant jusqu’à 40 %. Ces coûts incluent, entre autres, les frais de déplacement et d’hébergement à Maurice, la location d’équipements de tournage, les services professionnels dont l’assurance, la comptabilité et ceux d’ordre juridique, les services de post-production, la main-d’oeuvre, le transport et l’alimentation, entre autres.

Productions locales : nouvelle plateforme

Selon l’EDB, 18 projets de films locaux ont été concrétisés. La demande augmente constamment, souligne Nanda Narrainen. Pour sa part, Sachin Jootun affirme que quatre films ont déja été produits cette année. Et un cinquième sera lancé ce mois-ci. Mais une meilleure valorisation de la production locale est souhaitée par l’ensemble de nos interlocuteurs. «Il faut une plateforme pour partager les idées et les difficultés. Dans cet esprit, nous avons décidé de créer Motion Picture Forum Mauritius, en collaboration avec Sandcastle Studios Ltd, Identical Pictures Ltd et Two Oceans Productions Company Mauritius Ltd. Le but est de regrouper tous les opérateurs du privé et d’agir comme une courroie de transmission avec les autorités locales», déclare Françoise Chan. Elle soutient que la tenue d’événements internationaux, comme des «Film Markets», servira d’espace de rencontre pour les financiers et producteurs. Les opérateurs évoquent aussi la mise en place d’un fonds destiné à la production locale.

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