«Gato pima»: à la recherche du trou perdu

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Selon Nayesh Mungrah, marchand de «gato pima», le trou a disparu pour des raisons pratiques.

Selon Nayesh Mungrah, marchand de «gato pima», le trou a disparu pour des raisons pratiques.

Du pain maison chaud bouillant, croustillant, du beurre fondant, quelques gâteaux piments, une tasse de thé fumant. Ahaan. La recette du bonheur pour de nombreux Mauriciens en ce dimanche matin. Une question existentielle demeure toutefois : où est passé le trou qu’on voyait jadis dans notre gato pima ? Trouvons la réponse.

Ek do teen char panch, cheh saat aath nao das gyaaraah, baaraah tera… La radio et Madhuri Dixit donnent le ton en ce jeudi après-midi au marché de Quatre-Bornes. Dans une immense caraille en fonte, noire comme il se doit, des dizaines de gâteaux piments rondelets dansent dans l’huile chaude. Un vrai régal pour les yeux, ce bal.

Il met la main à la pâte, stockée dans une grosse cuvette rouge. Les doigts et les poignets de Nayesh Mungrah, 30 ans, entament une valse apprise par cœur au fil des ans. «Pou mo Madam sa biznessla. Dépi bien lontan fami fer gato delwil, dépi 1971…»

Selon Nayesh Mungrah, marchand de «gato pima»,
le trou a disparu pour des raisons pratiques.

Dîtes Monsieur, il est où le trou, il est où ? Il a disparu il y a une dizaine d’années pour des raisons pratiques, annonce Nayeh en joignant le geste à la parole. «Ou trouvé la ? Si ti bizin fer trou ladan, li pran 4 fwa plis létan. Apré bizin servi dé lamé pou fer trou-la. Bé klian pressé, bizin get fasilité.»

Qui a décidé un beau jour qu’il fallait envoyer le trou au trou ? «Bé kan enn marsan inn koumansé, tou fer parey apré. Lerla gato inn ress ron dépi sa.» En parlant de rond, il faut débourser Rs 10 pour quatre gâteaux piments, soit Rs 2,50 l’unité. Pas de quoi trouer le porte-monnaie non plus, même s’il fut un temps – dans les années 50 plus précisément – où on pouvait en obtenir pour 2 sous, se rappellent les vénérables anciens, pas sujets au trou de mémoire.

Il n’y a pas que le trou qui a disparu du gâteau piment. Il y a également le piment. «Nounn aret mété akoz boukou dimounn dir zot zanfan lalev inn brilé, Madam pa kapav manz for tousala… Alor nounn aret met pima ladan.» Comment donc expliquer le succès du gato pima même sans pima ? «Bizin fer li avek amour sa. Tou dimounn konn reset-la mé ingrédian anplis sé lamour.» Baratineur va ! Sinon, il pèse combien le petit bouboule grasouillet ? «Atann mo pez li la… 22 grammes.»

Même s’ils sont populaires, les autres gato delwil ne font pas le poids face au gâteau piment. «Ou trouvé komié dimounn pé atann la ? Toulétan bizin ena gato pima dan vitrinn ek li bizin soso…»

Au palmarès de l’appréciation, arrivent dans l’ordre, après Missié Gato Pima : le gato arouy – fait avec de la violette en passant – les samoussas, les gato brinzel, ceux à la pomme de terre, le baja, le baja au piment, le chana puri, pour ne citer qu’eux. 

Nayesh et ses acolytes ont du pain (frit) sur la planche. La file d’attente s’allonge, les gens ont faim. Pour ce qui est du gâteau piment avec trou, en tout cas, c’est cuit.

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