Abattage des arbres à Anse-La-Raie: cause commune, motivations multiple

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Serrer les filaos dans ses bras, comme dimanche, est une façon de manifester contre ce projet routier tel que conçu.

Serrer les filaos dans ses bras, comme dimanche, est une façon de manifester contre ce projet routier tel que conçu.

La construction d’une route de contournement impliquant de couper les filaos et diversement contestée. Raisons écologiques,économiques, politiques,chacun y va de son agenda.

Câlins aux arbres, manifestations, rencontres de mobilisation, questions au Parlement… Vous l’aurez compris, toutes les manœuvres sont les bienvenues pour empêcher que les autorités n’abattent des arbres se trouvant sur le tracé d’un by-pass menant à Cap-Malheureux. La cause a beau être la même, empêcher l’abattage des arbres, les motivations, elles, sont multiples et différentes.

Ti dimounn» vs «grands promoteurs»

 Les premiers à avoir attiré notre attention sur le marquage des arbres se trouvant à Anse-la-Raie sont les représentants des forces vives de la région. Rencontré sur place, le travail- leur social Seenarain Ramjuttun nous a exprimé son étonnement de voir les arbres marqués à la peinture blanche.

Pour lui, créer une bretelle, au sein d’un projet de Rs 200 millions dans cette région, n’a pas sa raison d’être. «La raison évoquée c’est la décongestion routière. Mais cette région n’est jamais affectée par les embouteillages. Nous ne voulons pas d’une route qui défigurera Anse-la-Raie pour des raisons qui ne tiennent pas la route. Ce sont les ‘ti-dimounn’ qui seront pénalisés au profit des ‘grands promoteurs’. Il se passe des choses louches. Au départ, il n’y avait personne dans ce combat, aujourd’hui, il y a des gens dont on ne connaît pas les motivations.»

Sauf que, lorsqu’il dit ignorer les motivations de certains, Seenarain Ramjuttun explique tout de même que certains semblent contester l’abattage des arbres, oui, mais pas le projet en lui-même. «Dans ce genre de combat, vous avez aussi ceux qui veulent de l’argent. Aussitôt qu’ils auront eu ce qu’ils voulaient, ils arrêteront de contester.»

Sans compter que plusieurs habitants affirment que la route qui sera construite à Anse-la-Raie servira à des promoteurs qui ont des vues sur des terres en bord de mer. Ce qui, pour le président du village de Cap-Malheureux, n’est pas un vrai problème. «Il faut qu’il y ait du développement. Si pour cela il faut couper quelques arbres pour en replanter d’autres, ce n’est pas un problème», avance Heram Bagum Nursimloo. Qu’en est-il des hôtels dont la construction est évoquée ? «Ces hôtels profiteront aux gens du village. Je ne suis pas contre.»

Récupération politique

 Depuis la publication du premier article sur l’abattage d’arbres, des mouvements politiques se sont intéressés à la cause. Si Sudesh Rughoobur a été contacté par les journalistes, étant député de l’endroit, Salim Abbas Mamode, par contre, ne nous a pas caché avoir été envoyé par le leader du Parti mauricien social-démocrate, Xavier-Luc Duval, également leader de l’opposition.

Le député bleu a assisté à une des rencontres de la plateforme «Protect Anse-La-Raie». «Xavier inn dir mwa tenir li o kouran pou nou gété ki kapav fer», avait-il déclaré. Ajoutez à cela, Adrien Duval a, lui, été approché par certains travailleurs sociaux de l’endroit et une autre réunion était prévue en fin de semaine dernière entre un petit groupe de personnes.

Conscience écologique

 Pour donner du poids à sa démarche, le mouvement «Protect Anse-la-Raie» a pris contact avec le mouvement «Aret Kokin Nu Laplaz» (AKNL) pendant que Seenarain Ramjuttun a approché Georges Ah-Yan du Forum citoyens libres. Les deux plateformes regroupent des militants écologistes. Encore une fois, elles se sont mobilisées pour le «Tree hugging». AKNL, qui milite contre l’accaparement des plages pour des projets hôteliers, a même mis en terre des arbres endémiques, plus précisément des bois d’ébène côtiers, pour tenter de recréer la forêt d’antan. «Nous ne disons pas seulement non à l’abattage des arbres mais nous disons aussi qu’il faut en replanter d’autres qui soient endémiques», soutient Yan Hookoomsing. L’autre initiative envisagée par AKNL est de mettre des arbres endémiques sur le tracé désigné pour la bretelle routière.

De son côté, Georges Ah-Yan avait affirmé à l’express qu’il avait accepté de soutenir la contestation des villageois. Il est de ceux qui ne veulent pas que l’ancienne route soit fermée au public et que les arbres soient coupés.

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