À La Réunion, le mouvement «des gilets jaunes» s’accompagne de «violences urbaines»

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En recul en métropole, le mouvement «des gilets jaunes» continuait à paralyser mercredi l’île de la Réunion où il s’accompagne, malgré l’instauration d’un couvre-feu nocturne, d’une flambée de «violences urbaines» comme elle n’en avait plus connu depuis près de trente ans.

Au cinquième jour du mouvement, les blocages routiers durant la journée succédaient aux violences commises la nuit par «des bandes de jeunes gens qui n’ont rien à voir avec le mouvement dit des gilets jaunes», selon le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. «Leur objectif, a-t-il déploré mercredi, c’est de profiter d’un mouvement social pour piller, pour saccager, pour détruire.»

Un commandant de police, membre du GIPN, a eu une main arrachée lors de l’explosion accidentelle d’une grenade dans son véhicule alors qu’il était caillassé par de jeunes manifestants. Quinze autres membres des forces de l’ordre ont été blessés plus légèrement dans la nuit de mardi à mercredi, a annoncé la préfecture de La Réunion.

Au total, depuis le début des violences, il y a eu «109 interpellations, 30 blessés parmi les forces de l’ordre, 16 policiers, 14 gendarmes, à peu près une cinquantaine de barrages, un millier de manifestants», a énuméré M. Griveaux lors du compte-rendu du conseil des ministres.

Il a précisé que 120 gendarmes et 107 policiers avaient été déployés et qu’un escadron de 80 gendarmes décollerait «ce soir de Paris pour accroître encore» la sécurisation.

Dans un communiqué commun, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et la ministre des Outre-mer Annick Girardin, ont exprimé mercredi «leur solidarité» au policier qui a perdu une main et affirmé «leur soutien à l’ensemble des services de sécurité mobilisés à La Réunion» alors que l’île «est confrontée depuis samedi à des violences urbaines inacceptables».

«Nous le vivons mal, cela aurait pu arriver à n’importe quel policier. La situation devient très très compliquée», a réagi Idriss Rangassamy, secrétaire départemental d’Alliance Police.

Le couvre-feu décrété par le préfet Amaury de Saint-Quentin de 21h à 6h, pour 14 des 24 communes, jusqu’à vendredi matin, n’a pas empêché une nouvelle nuit de violences.

- Gel d’une taxe -

Les forces de l’ordre sont intervenues sur plusieurs zones chaudes : au Chaudron (Saint-Denis), au Port et à la Possession (ouest) et à Saint-Gilles (ouest) où des tentatives de pillage de commerces avaient lieu. Les manifestants ont lancé des galets et des cocktails Molotov contre les forces de l’ordre.

En journée, l’île tourne toujours au ralenti. Les stations-service commencent à souffrir des blocages: la plupart sont à court de gaz, certaines ont commencé à rationner l’essence et le gasoil (pas plus de 20 euros par personne).

Les écoles et administrations locales sont restées fermées mercredi. Comme la veille, l’aéroport international de Roland-Garros a fermé plus tôt.

Toutes les tentatives pour désamorcer le mouvement se sont avérées jusqu’à présent vaines. Dernière en date, celle du président de région Didier Robert, qui a annoncé le gel de la hausse d’une taxe spécifique à La Réunion sur les carburants, sans dissuader pour l’heure les «gilets jaunes».

«Les Réunionnais ont un taux réduit de taxes sur les carburants qui est différent de celui de la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) et le projet était de l’aligner sur la TICPE, mais c’est cet alignement qui est donc bloqué pour les 3 prochaines années», a expliqué Benjamin Griveaux.

En fin de semaine dernière, le président de région, qui avait fortement augmenté ces taxes en 2017, avait déjà annoncé une exonération pour les professionnels de la route et une compensation pour 100 000 foyers à revenus modestes.

Outre les réponses immédiates sur la sécurité et le prix du carburant, M. Griveaux a insisté sur «les questions de très long terme, la formation, l’emploi, la santé, qui ont été abordées dans le livre bleu des Outre-mer», présenté en juin dernier, alors que l’île affiche un taux de chômage de 22,8% et un taux de pauvreté de 40%, selon l’Insee.

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