Theresa May à Bruxelles pour le sprint final du Brexit

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La dirigeante britannique Theresa May va brièvement s’extraire mercredi du pesant contexte politique britannique pour discuter à Bruxelles des derniers points en suspens du divorce avec l’UE, à moins de cinq mois de la date fatidique du Brexit.

Cible d’une fronde persistante dans sa majorité pour sa gestion du dossier, Mme May sera reçue à 17h30 (16h30 GMT) par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, en amont du sommet spécial qui réunira dimanche les dirigeants des pays de l’UE.

Avant de gagner Bruxelles, la dirigeante conservatrice affrontera une nouvelle fois les questions de son parlement, qui devra ratifier tout accord avec l’UE. «Malgré ce que disent les gens, je pense que le traité de retrait franchira» cet obstacle, a jugé mercredi la ministre britannique du Travail Amber Rudd.

Lors de leur «thé d’après-midi», comme l’a qualifié en souriant un porte-parole de la Commission, M. Juncker et Mme May discuteront du «cadre de la relation future» entre Londres et l’UE. Celle-ci doit encore faire l’objet d’un accord pour achever les négociations d’une complexité inédite entamées en juin 2017.

L’accord déjà conclu la semaine dernière par les équipes de négociation portait, lui, sur le projet de «traité de retrait» du Royaume-Uni, un texte de près de 600 pages, qui détricote les liens noués pendant plus de 40 ans d’adhésion du Royaume-Uni.

Ce texte règle notamment la question de la facture que devra régler Londres à l’UE, sans la chiffrer, et prévoit une solution controversée pour éviter en dernier recours le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord.

- «Déclaration politique» -

Mais ce traité, sous le feu des critiques au Royaume-Uni où Mme May est accusée d’avoir fait trop de concessions à l’UE, devra aussi être accompagné d’une «déclaration politique» traçant les contours de la relation future avec l’Union, notamment sur le plan commercial.

Ce document, d'«une vingtaine de pages» selon une source européenne, sera sans valeur juridique mais à forte portée politique pour cadrer des négociations commerciales qui ne pourront commencer formellement qu’après le Brexit, prévu le 30 mars 2019.

Les deux parties disposeront pour négocier d’une période de transition, prévue jusqu’à fin 2020 et qu’elles pourront la prolonger si besoin pour une durée en cours de discussion. Mais Londres comme les 27 doivent déjà se donner un minimum de visibilité sur cette «relation future».

L’UE est d’accord pour «aboutir à une absence de droits de douanes et de quotas pour tous les biens» avec le Royaume-Uni.

Mais pas question pour autant d’offrir la perspective d’une relation commerciale «sans frictions» si Londres continue de vouloir s’affranchir des règles de l’union douanière et du marché unique, insistent plusieurs pays européens.

- Menace espagnole -

«L’union douanière, c’est renoncer à avoir une politique commerciale autonome et c’est accepter les règles d’une concurrence loyale (avec les entreprises européennes), cela doit être clair pour les Britanniques», a insisté une source diplomatique.

Des pays comme la France et les Pays-Bas veulent aussi obtenir que soient formulés «des éléments de vigilance» sur le futur accès des flottes européennes aux eaux territoriales du Royaume-Uni.

Cette question sensible a été exclue du périmètre du «territoire douanier unique», la solution de dernier recours prévue pour régler la question de la frontière irlandaise si les futures négociations commerciales n’y parviennent pas.

«Il est primordial de maintenir le lien entre l’accès au marché européen (pour les poissons pêchés par les pêcheurs britanniques, ndlr) et l’accès aux eaux territoriales britanniques» pour les Européens, a plaidé une source diplomatique.

Madrid a de son côté mis la pression sur ses partenaires européens en menaçant de bloquer tout accord sur le Brexit si son rôle direct dans les négociations sur l’avenir de Gibraltar, une enclave britannique dans le sud de l’Espagne, n’y était pas explicitement reconnu.

«J’ai le regret de dire qu’un gouvernement pro-européen comme celui de l’Espagne votera, s’il n’y a pas de changement, non au Brexit», lors du sommet extraordinaire programmé dimanche à Bruxelles, a mis en garde mardi le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez.

Ces menaces de dernière minute de l’Espagne agacent ses partenaires européens, car «personne ne veut rouvrir le traité de retrait» maintenant qu’il a été validé au forceps par le gouvernement britannique, a confié à l’AFP une source diplomatique.

«J’espère que cela sera réglé d’ici dimanche», a déclaré mercredi la chancelière allemande Angela Merkel, qui a admis ne pas savoir «comment le problème sera résolu».

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