Stephan Toussaint: «Les Jeux des îles coûteront presque un milliard»

Avec le soutien de
Stephan Toussaint, ministre de la Jeunesse et des sports.

Stephan Toussaint, ministre de la Jeunesse et des sports.    

Et bim, le chiffre est lâché. Les ambitions aussi : «Gagner, battre les Réunionnais».  Stephan Toussaint met la pression. Il vise plus loin et se projette déjà sur… les JO de Paris 2024. Interview double Jeux, au pas de course.

À huit mois des Jeux des îles, quelles sont les inquiétudes?
Aucune inquiétude. Je suis de nature optimiste et je sais que les choses avancent. J’ai des réunions chaque semaine avec le comité d’organisation, on est dans les temps. Si besoin, le CEO est tout près (NdlR, Jean-Pierre Sauzier). Anytime, il vient me voir, on discute.

Vous n’êtes pas encore en mode «kalot»?
Ce n’est pas Stephan Toussaint, ça. Les milliers d’élèves que j’ai côtoyés dans ma vie d’enseignant peuvent en témoigner. Aucun n’a jamais reçu de «kalot» et personne n’en recevra.

Vu de l’extérieur, la mayonnaise n’a pas encore pris…
C’est normal, il est trop tôt. La préoccupation des Mauriciens, c’est les fêtes de fin d’année. C’est l’heure du père Noël, pas des Jeux. En janvier ça va changer, l’effervescence va commencer à monter. Kan nou zwé home, zafer la bizin pran sa!

En parlant du barbu, que lui ave-zvous commandé? 
Un vélo pour aller pédaler avec mes enfants à Curepipe dans les champs de canne.

Un rétropédalage à Côte-d’Or, c’est possible?
Je ne suis pas inquiet, on est sur la bonne voie.

Cela veut dire que le complexe multisports sera livré à temps?
Ce n’est pas ce que j’ai dit. Juin est toujours l’objectif mais ça dépendra aussi des conditions climatiques.

Peu convaincant…
On sera fixé en février, pas avant.

C’est-à-dire?
Dans trois mois, on saura si le complexe sera prêt à temps. S’il ne l’est pas, ce ne sera ni la fin du monde, ni la fin des Jeux. En 2003, on a fait sans Côte-d’Or. Nous avons des sites alternatifs : les stades George V et August Vollaire pour le foot, la piscine Médine pour la natation et le gymnase Sahadeo pour la gymnastique.

Ce complexe coûtera Rs 700 millions de plus que prévu, soit Rs 3,9 milliards. D’où tombe l’argent? 
Je ne sais pas.

Des poches du contribuable, peut-être…
Non. On a eu avec la Chine un grant et un loan, à un taux raisonnable (NdlR, un grant de Rs 1,1 milliard et un loan Rs 700 millions sans intérêt, selon sa réponse parlementaire du 22 juin 2018, soit Rs 2,1 milliards à débourser en fonds propre). Ce que les Mauriciens doivent comprendre, c’est que le projet de Côte-d’Or va nous aider à devenir un Sports Hub. C’est l’objectif.

Avant de penser à «huber», il y a un chantier à boucler…
Il faut voir loin. L’idée, c’est d’accueillir des compétitions de niveau international. Mais pas seulement : nous voulons aussi attirer des équipes pour leur préparation d’avant-saison, je pense notamment au football. Aujourd’hui, nous n’avons pas l’infrastructure pour. Elle est vétuste, exiguë, c’est impossible. Demain, Côte-d’Or rendra cette ambition possible.

Je vais vous dire une chose : les Jeux des îles ne sont pas une fin en soi. C’est un tremplin, une étape. L’objectif final, c’est les Jeux olympiques de Paris 2024. Regardez, c’est écrit là (il se retourne vers un tableau Veleda) : «Horizon 2024. Road to Paris». C’est en gros caractères, pour que je ne n’oublie pas. Voir loin, je vous dis... 

«Ce que les Mauriciens doivent comprendre, c’est que le projet de Côte-d’Or va nous aider à devenir un Sports Hub. C’est l’objectif.»

En attendant, combien coûteront ces Jeux?
Tout compris, c’est énorme : presque un milliard. Juste l’organisation, c’est Rs 100 millions. Les Mauriciens le méritent.

C’est une question de mérite? 
Oui, les Mauriciens méritent de belles choses. Nos infrastructures sportives dépérissent. Depuis 2003, elles n’ont pas été rénovées. Quinze ans, c’est long. Aujourd’hui, forcément, ça coûte de l’argent.

Côté sponsoring, vous tablez sur combien?
Environ Rs 100 millions.

Ça en prend le chemin?
C’est en bonne voie.

Vraiment? En juin, pas une roupie n’était rentrée…
Ça commence à venir. On vient de signer avec la State Bank, Pepsi, Quality Beverages et bientôt KFC. Je ne suis pas inquiet.

Ces Jeux se dérouleront aussi sur les réseaux sociaux (il coupe)…
Tout à fait…

Les Mauriciens vont supporter leurs champions…
C’est sûr, avec ferveur.

À partir de quel degré de ferveur un athlète étranger pourra-t-il plaider l’«annoyance»?
Cela dépend…

De quoi?
De l’athlète en question. S’il se sent blessé, la loi le protégera. Soyons concrets : «Désir li», it’s not an annoyance. Quoique, ça dépend comment c’est pris. À la justice de trancher.

Vous voyez bien que c’est une histoire de ou…
J’ai voté cette loi et je vais vous dire pourquoi. J’ai enseigné pendant vingt-deux ans. Durant ma carrière, plusieurs fois, des jeunes filles harcelées sur Facebook sont venues se confier à moi. Elles ne savaient plus quoi faire. C’était horrible.

Des lois existent contre le harcèlement…
Oui, mais le jeune ne sait plus quoi faire. C’est pour protéger les plus faibles, nos enfants, que l’ICT Act a été amendée.

«Durant ma carrière, des jeunes filles harcelées sur Facebook sont venues se confier à moi. Elles ne savaient plus quoi faire. C’est pour protéger les plus faibles, nos enfants, que l’ICT Act a été amendée.»

La belle affaire!
(Agacé) Écoutez, matlo, si les internautes se sentent persécutés, moi, je les laisse à leur perception.

Revenons aux Jeux des îles. Ils seront réussis si… Terminez la phrase.
Si tout le monde travaille lamé dan lamé.

Ce n’est qu’une formule dévoyée. Concrètement? 
Concrètement, cela veut dire que j’attends la coopération de tous les acteurs. Des organisateurs mais aussi du public, pour venir mettre l’ambiaaance (il laisse traîner). On pourrait avoir des résultats fantastiques, si péna lanbians lor stad, ça restera fade.

Le op, vous y pensez?
Il n’y aura pas (il appuie) de flop. Nous aurons des Jeux cinq étoiles, c’est sûr. Ce n’est pas de la prétention, c’est de l’optimisme.

«Je vais vous dire une chose : les Jeux des îles ne sont pas une fin en soi. C’est un tremplin, une étape. L’objectif final, c’est les Jeux olympiques de Paris 2024.»

En même temps, que peut-il arriver de grave à un homme qui ose les chaussettes orange Bart Simpson ? Et qui ose les montrer!
(éclat de rire)

Des Jeux réussis, c’est une réélection assurée?
Ayo ! Il ne faut pas faire ce mélange.

Vous ne faites pas ce calcul, vous?
Jamais.

On est censé vous croire?
Écoutez, les gens qui me connaissent savent que je ne mélange pas tout.

Ce serait si grave d’être réélu dans la foulée de Jeux ambants?
Tia bon ! J’aurais aimé !

Et d’admettre que vous jouez votre avenir politique sur cet événement?
Loin de là. Mon Premier ministre m’a confié un travail, je reste «focused» dessus. Le politicien, je l’ai éteint, il reviendra plus tard. Là, je suis concentré sur ma responsabilité de ministre.

Côté sportif, quel est l’objectif?
Pourquoi pas gagner les Jeux ? (Il marque une pause, comme s’il attendait une réaction). Je place la barre haut, je sais, mais c’est l’objectif : gagner, pour la toute première fois. J’imagine déjà la réaction des sportifs et des entraîneurs qui vont lire ça : «Ayaya, presion lor nou…». Oui. Les Réunionnais ne sont pas imbattables. Être devant, c’est possible.

Être derrière aussi: 24 médailles de retard en 2015…
C’est beaucoup. Mais c’est possible.

Les fédérations sont allées chercher à l’étranger, parfois très loin, une dizaine de directeurs techniques national (DTN). Localement, on ne sait pas faire?
Le travail d’un DTN n’est pas celui d’un coach. Il faut élaborer un plan de travail, une stratégie, avoir des diplômes. Pour le moment, on ne sait pas faire, mais on progresse. L’idée du Sports Hub c’est aussi de former les futurs DTN mauriciens.

Vous disiez vouloir des préparateurs mentaux, c’en est où?
On les a trouvés et ils sont Mauriciens.

Et vous, votre préparation mentale?
Mon Bon Dieu s’en occupe. Il est toujours avec moi.

Si vous deviez participer à une épreuve, laquelle?
L’athlétisme. J’en faisais beaucoup dans ma jeunesse, je courais le 5 000 mètres, douze tours de piste. Aux intercollèges, c’était la bagarre. J’étais au Saint-Joseph, en face il y avait le Saint-Esprit, la Confiance, le Royal, personne ne lâchait rien. Je continue de courir pour garder la forme. La vie de ministre c’est aussi sportif. Je cours partout, je n’arrête pas (il regarde sa montre), d’ailleurs il faut que j’y aille. Est-ce qu’on a fini ?

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires