Blocages des «gilets jaunes»: 124.000 participants, un mort et des blessés sur les barrages

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Des gilets jaunes bloquent le trafic sur l'autoroute A13, le 17 novembre 2018, à Dozulé, dans le Calvados.

Des gilets jaunes bloquent le trafic sur l'autoroute A13, le 17 novembre 2018, à Dozulé, dans le Calvados.

Quelque 124.000 «gilets jaunes» protestent samedi dans toute la France contre la hausse des taxes sur le carburant et la baisse du pouvoir d’achat, au sein de 2.000 rassemblements sous tension qui ont entraîné des accidents faisant un mort et près de 50 blessés.

Les manifestants bloquaient des accès sur les autoroutes, des ronds-points ou organisaient des opérations de péage gratuit. L’A6, l’autoroute du soleil, était complètement coupée dans les deux sens par les gilets jaunes au niveau de la barrière de péage de Villefranche-Limas (Rhône), selon le groupe autoroutier APRR.

Beauvau estimait à plus de 2.000 le nombre de rassemblements dans la matinée, avec quelque 124.000 participants, soit un doublement de cette estimation par rapport au début de matinée.

Plusieurs incidents graves ont eu lieu sur des points de blocage dans le pays: une manifestante a été tuée en Savoie et 47 personnes blessées dont trois gravement selon le ministre Christophe Castaner qui a également annoncé 24 interpellations et 17 garde à vue.

Au Pont-de-Beauvoisin (Savoie), une conductrice qui emmenait sa fille chez le médecin a été prise de panique quand les manifestants se sont mis à taper sur sa voiture. Elle a foncé alors sur eux, percutant une femme de 63 ans, a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Cette manifestation, comme de nombreuses autres organisées en France pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant, n’était pas déclarée.

«C’est toute l’inquiétude que nous avions d’avoir des manifestations non organisées par des gens qui n’ont pas forcément l’habitude», a déclaré le ministre.

«J’appelle à la prudence, la vigilance», a-t-il ajouté précisant toutefois que la plupart des manifestations étaient «bon enfant».

En région parisienne, les aéroports de Roissy et Orly fonctionnaient en condition normale, malgré un afflux de passagers à Orly qui avaient anticipé des difficultés de circulation, indique-t-on de source aéroportuaire.

Le mouvement de contestation se veut apolitique et asyndical. A Tarbes, sur la place Verdun, un sympathisant de Lutte ouvrière qui distribuait les tracts de son syndicat s’est fait éconduire sans ménagement par les participants au rassemblement, a constaté un journaliste de l’AFP.

«Il n’y a pas de prise en compte des difficultés de tous les jours. Les gens en ont marre. C’est un mouvement qui exprime la fatigue des gens face à des politiques qui n’écoutent rien», dénonce Sébastien, chauffeur routier. «Tout va mal, on nous enfonce», renchérit Geneviève, retraitée.

- «Signe extérieur de pauvreté» -

Une étude publiée samedi par L’Argus note que les départements où les automobilistes roulent le plus en véhicule diesel sont aussi ceux où résident le plus de ménages non imposés. Le diesel est devenu un «signe extérieur de pauvreté», en déduit la publication spécialisée.

S’il se veut apolitique, le mouvement de protestation contre la hausse du prix des carburants a reçu le soutien de plusieurs représentants politiques.

Le président de Debout la France (DLF) Nicolas Dupont-Aignan a jugé samedi sur France Info que le gouvernement avait une «dernière chance» d’entendre «le peuple».

Plusieurs responsables des Républicains se sont également rendus à des rassemblements, tel Guillaume Peltier dans le Loir-et-Cher et Damien Abad dans l’Ain. Laurent Wauquiez, le chef de LR, participera à une manifestation au Puy-en-Velay dans l’après-midi.

Des élus du Rassemblement national étaient également présents aux côtés des gilets jaunes, mais pas Marine Le Pen.

Des Insoumis participaient aussi aux manifestations, et leur leader Jean-Luc Mélenchon pourrait faire une apparition, dans un lieu encore non précisé.

A contrario, des députés de La République en Marche s’inquiétaient du premier bilan humain de ce mouvement et soulignaient que la sécurité devait être «la priorité absolue», selon les mots de Matthieu Orphelin, député LRM, qui évoque «un terrible bilan».

«On est en train de vivre une journée qui commence à aller au drame», a estimé pour sa part Ludovic Mendes, député LREM de Moselle.

A Paris, une cinquantaine de motards et de VTC étaient à l’arrêt place de la Bastille, empêchés d’avancer par les forces de l’ordre. «Vous avez une voiture pourquoi vous n’êtes pas de notre côté?», lance un gilet jaune à un policier. «Ah moi, je roule électrique», répond le fonctionnaire en riant.

A l’initiative de cette grogne, des membres de la société civile se sont mobilisés contre la hausse du prix des carburants avant que les motifs de grief ne s’élargissent à une dénonciation plus globale de la politique du gouvernement en matière de taxation et à la baisse du pouvoir d’achat.

Au 1er janvier 2019, les taxes sur le gazole doivent augmenter de 6,5 centimes d’euro par litre et celles sur l’essence de 2,9 centimes.

L’exécutif n’a cessé de mettre en garde contre la récupération politique alors que certains politiques ont annoncé leur participation aux manifestations - le président des Républicains, Laurent Wauquiez, le chef de file de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon et le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan, comme certains élus RN, mais pas leur présidente Marine Le Pen.

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