Crimes «passionnels»: peut-on tuer par amour ?

Avec le soutien de
(Photo d’illustration) Les suspects sont nombreux à évoquer l’amour comme motif de leur acte.

(Photo d’illustration) Les suspects sont nombreux à évoquer l’amour comme motif de leur acte.

Elles s’appelaient Sana Muhammad, Jenny Tossé et Reshma Langur. Toutes les trois ont perdu la vie au cours de la semaine. La première a été tuée par son ex-mari, la seconde par son concubin et la dernière a été abusée sexuellement. Si dans des cas de ce genre, les auteurs des crimes évoquent l’amour comme motif de leur acte, l’on est en droit de se poser la question suivante : peut-on tuer par amour ?

La réponse de Loga Virahsawmy est catégorique: non ! La directrice de Gender Links dit qu’aucun crime ne peut être excusé au nom de l’amour. «Un crime reste un crime, explique-t-elle. Si un conjoint estime que sa conjointe a été infidèle et qu’il décide de la tuer, cela démontre le degré de violence qui existe au tréfonds de cette personne. Vous remarquerez que je dis “il’’. C’est parce que dans tous les cas rencontrés durant ma carrière, l’auteur du crime était un homme.»

Elle ajoute que l’on ne doit pas oublier que la société mauricienne est toujours patriarcale. «Dans les cas où des femmes tuent leur mari, l’on voit que le motif est la défense. Rien ne peut excuser ce qu’on appelle le crime passionnel. On ne tue pas par amour. Il s’agit davantage d’abus de force, d’autorité. L’auteur du crime n’arrive pas à accepter que sa conjointe l’ait quitté pour un autre. Pour moi, ces gens-là doivent se faire soigner», soutient Loga Virahsawmy.

L’express a également sollicité un haut cadre de la police qui se retrouve souvent confronté aux auteurs de crimes. Notre source indique qu’il faut faire la différence entre un assassinat et un meurtre. Dans le premier cas, l’auteur du crime prépare son acte. Il y a donc préméditation.

À ne pas confondre avec le conjoint qui surprend sa conjointe en flagrant délit d’adultère et qui agit sous le coup de la colère. Le policier avance, toutefois, avoir davantage vu passer des auteurs de crimes qui avaient préparé leur coup.

«Lorsqu’ils passent aux aveux, la plupart des gens racontent que c’est par vengeance qu’ils ont agi. Ils réalisent, par la suite, les conséquences de leur acte mais sur le coup, l’objectif premier est de se venger», soutient le policier.

Le terme «crime passionnel» est, pour la consultante en psychiatrie Ameenah Sorefan, un terme qui a fait son entrée dans le jargon mauricien mais qui ne peut être utilisé à chaque fois que l’on parle d’un crime ayant eu lieu entre deux amants. «C’est trop généralisé. Il faut prendre les choses au cas par cas», dit-elle.

Comment donc procéder ? À chaque crime, il faut faire un bilan de santé de son auteur. La consultante en psychiatrie poursuit : «On peut parler d’impulsivité mais pas de passion. Il est important de faire une évaluation de la santé mentale, psychique, émotionnelle et sociale de la personne auteure de crime le plus tôt possible après l’acte, pour déterminer les circonstances entourant celui-ci.»

Vacoas, une rupture à l’origine du meurtre de Jenny

Jenisen Ramen, 25 ans, a comparu en cour de Curepipe pour le meurtre de Jenny Tossé, 27 ans.

Il n’aurait pas supporté que sa concubine rompe leur relation. Jenisen Ramen, âgé de 25 ans, est accusé d’avoir étranglé sa concubine Jenny Tossé, 27 ans. Les faits remontent à jeudi. Interrogé par la Criminal Investigation Division de Vacoas dans la soirée, cet habitant de Vacoas, System Engineer à Orange Business Services, est passé aux aveux. Hier, vendredi 16 novembre, il a comparu devant la cour de Curepipe sous une charge provisoire de meurtre. La police de Vacoas ayant objecté à sa remise en liberté, il a été reconduit en cellule policière. Il nous revient que le suspect a fait trois tentatives de suicide mercredi. Il s’était automutilé.

Pressé de questions, le suspect avait fini par cracher le morceau et se confesser. Il a révélé aux enquêteurs qu’une violente dispute avait éclaté jeudi, aux alentours de 4 heures du matin entre lui et sa compagne qui voulait rompre. Éventualité que Jenisen Ramen n’aurait pas supportée.

Au cours de leur dispute, la victime aurait mordu son compagnon au bras. Ce dernier a riposté en l’étranglant. Il aurait ensuite mis le feu aux vêtements de Jenny Tossé pour la brûler vive.

Des brûlures au dos

Le feu s’est propagé dans la maison du couple, à Morcellement Peerun, Vacoas. Ils y étaient locataires depuis peu. Alertés par la fumée, les voisins ont contacté la Fire Rescue Services. Ils ont aussi précisé qu’une personne était prise au piège. En arrivant sur les lieux, la police de Curepipe a pu maîtriser l’incendie. Plus tard, les pompiers ont fait une découverte macabre : un corps sans vie ayant subi des brûlures au dos.

Les limiers du poste de police de Vacoas ont été prévenus. Ils ont retrouvé Jenisen Ramen, assis dans un coin de la maison, enveloppé d’un drap. Suspecté, il a été emmené au poste de police pour y être interrogé. Le corps de la jeune femme a, lui, été transféré à l’hôpital Victoria, à Candos à des fins d’autopsie. Dans son rapport, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste de la police, a révélé que la femme est décédée par étranglement.

Londres, Sana tuée par son ex-mari : ses cinq enfants témoins du drame

Sana Mohammad, 35 ans, était enceinte de huit mois lorsqu’elle a été assassinée.

Elle vivait le parfait amour avec son époux depuis sept ans. Sana Muhammad, 35 ans, une Mauricienne établie à Londres, a été tuée d’une flèche d’arbalète en début de semaine par son ex-époux. La scène s’est déroulée devant ses cinq enfants. Le présumé meurtrier, Ramanodge Unmathallegadoo, qui est aussi d’origine mauricienne, n’a pas encore expliqué les circonstances l’ayant poussé à commettre cet acte.

L’express a pris contact avec un proche du présumé meurtrier, qui se trouve actuellement à Maurice, mais ce dernier n’était pas disponible pour un commentaire. Le suspect est passé aux aveux et a comparu devant la Old Bailey Court, jeudi. Il a été reconduit en cellule policière.

Sana Mohammad était enceinte de huit mois lorsqu’elle a été assassinée. Le jour du drame son époux, Imtiaz Mohammad, un ressortissant pakistanais, s’apprêtait à ranger des boîtes dans le jardin lorsqu’il a aperçu Ramanodge Unmathallegadoo. Ce dernier l’a regardé avant de diriger son arbalète vers lui. Imtiaz Mohammad a couru afin de prévenir son épouse. Le présumé meurtrier l’a suivi à l’intérieur de la maison et a tiré sur Sana Mohammad.

La victime a reçu la flèche à l’abdomen et a été transportée d’urgence à l’hôpital où elle a subi une césarienne. Le nourrisson, un garçon, a été sauvé alors que la mère a rendu l’âme trois heures après l’intervention.

L’entourage de Sana Mohammad est encore sous le choc après ce drame, selon les médias britanniques. La victime avait retrouvé l’amour auprès d’Imtiaz Mohammad, il y a sept ans. Elle s’était mariée avec Ramanodge Unmathallegadoo, de 15 ans son aîné, alors qu’elle n’avait même pas 15 ans. De cette première union sont nés trois enfants qui sont aujourd’hui âgés de 18, 14 et 12 ans. Leur différence d’âge est devenue un problème au fil des années.

Ramanodge Unmathallegadoo, un infirmier, et la victime s’étaient engagés dans une bataille juridique pour avoir la garde des trois enfants. Selon les médias, le présumé meurtrier était désemparé depuis son divorce avec Sana Mohammad. Cette dernière, qui s’appelait Nishta Devi avant son mariage avec le ressortissant pakistanais, avait fait la rencontre de son nouvel époux en 2011. Imtiaz Mohammad avait été engagé par le couple pour rénover leur maison achetée au début de 2011.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires