Christopher Hart de Keating: «En 2019, nous organisons une mission d’exploration sur l’Afrique de l’Est»

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Christopher Hart de Keating, président de l’AMM.

Christopher Hart de Keating, président de l’AMM.

Après cinq ans d’existence, le Made in Moris est au centre d’une campagne d’information sur la Toile. Quel est le bilan de ce label ? Face à l’évolution, les entreprises parviennent-elles à intégrer la technologie ? Comment perdurer ? Christopher Hart de Keating, président de l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), qui prépare bientôt une mission en Afrique, fait le point sur la situation.

Trois conférences nationales sur le Made in Moris viennent d’avoir lieu. Quel est votre bilan de ce projet ?
Au regard de la diversification en cours dans le Made in Moris, aussi bien dans le secteur culturel et créatif ou encore de l’agriculture raisonnée, entre autres, il y a fort à parier que la dynamique soit de notre côté. En effet, nous avons, dans ce label, un espace d’expression pour notre mauricianisme. Et heureusement, c’est un sentiment contagieux. En cinq ans, quelque 80 entreprises, soit près de 300 marques, ont franchi le pas en nous rejoignant. Les marques Made in Moris ont un contact privilégié et une proximité historique avec les Mauriciens qu’il faut aussi transformer pour toujours accroître notre différenciation et notre plus-value auprès des consommateurs.

«Les marques Made in Moris ont un contact privilégié et une proximité historique avec les Mauriciens qu’il faut aussi transformer pour toujours accroître notre différenciation et notre plus-value auprès des consommateurs.»

Comment mieux positionner le Made in Moris sur le pays et la région ?
Vous savez, c’est avec les Mauriciens que nous voulons continuer ce voyage collectif avec la campagne de communication #enamwaladan. D’ailleurs, celle-ci est déjà visible depuis deux semaines sur les plateformes digitales et les réseaux sociaux. Dans les prochains jours, des messages y relatifs seront communiqués. Certes, ce n’est plus seulement une question de développement commercial. Le Made in Moris, comme ses marques adhérentes, ambitionne d’aller plus loin et plus fort dans la contribution au développement du territoire. Depuis 2017, l’AMM a lancé une dynamique auprès de ses membres et partenaires privés et publics, intitulée «Team up!». Au sein de cette mouvance, la responsabilité sociétale des entreprises s’est avérée un des leviers de transformation de notre industrie et de l’économie dans son ensemble.

Mais les exportations continuent à baisser alors que les importations augmentent. Pourquoi ce paradoxe?
En fait, cela n’a rien de paradoxal. Le contexte mondial est porteur de facteurs déterminants pour la performance à l’export au même titre que le contexte local pour le rapport production locale/importation. Il y a des facteurs sur lesquels une action unilatérale n’est pas aisée. Dans d’autres cas, notamment au niveau domestique, l’action est non seulement légitime mais porteuse pour l’avenir des secteurs productifs traditionnels et des nouveaux secteurs. C’est l’essence même de la mission de l’AMM et du Made in Moris. Nous traduisons notre vision en actions.

«Le niveau de synergie avec les îles voisines et le continent africa in, l’incorporation de technologies et d’expertises étrangères seraient évidemment des facteurs de réussite.»

Et comment procédez-vous?
Depuis l’an dernier, nous structurons l’accompagnement et le coaching à l’export pour nos membres. À l’image de «Team up!» que je vous mentionnais précédemment, nous développons un esprit de partage d’expérience et de mutualisation. Ainsi après deux workshops et des séances de coaching, nous organisons une mission d’exploration et de découverte sur l’Afrique de l’Est à travers son hub régional, le Kenya. Cela se matérialisera par une première mission du 18 au 21 février 2019, à Nairobi, avec une quinzaine d’entrepreneurs mauriciens. Dans le cas de l’industrie plus précisément, cela aboutira à des approches diversifiées en matière d’accompagnement et de coaching. Lors de cette première mission, nos membres pourront se constituer un ensemble de partenaires potentiels et surtout un cadre d’apprentissage collectif.

Quels sont les enjeux pour l’AMM avec la mondialisation et l’évolution technologique ?
L’industrie est confrontée à de nouveaux défis comme la responsabilité sociale et environnementale. Il faut aussi reconnaître que sur le plan mondial, nous assistons à un recentrage sur les marchés intérieurs parce que le modèle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est à bout de souffle dans la libéralisation et l’équilibre naturel escompté. Par ailleurs, les villes et territoires sont perçus comme un nouvel épicentre pour l’avenir de la fabrication. À ce titre, on parle de villes/territoires fabricant(e)s. Ce n’est pas une autre révolution industrielle mais, d’une certaine façon, c’est l’assurance d’un avenir entrepreneurial local où produits et services sont de plus en plus amalgamés pour créer plus de valeur ajoutée à l’économie du pays.

«À mon sens, il nous faut redéfinir des priorités pour permettre une convergence efficace des efforts des secteurs privé et public pour les dix prochaines années.»

Pourtant, peu d’entreprises mauriciennes arrivent à intégrer la technologie. Pourquoi ?
Cette perception ne reflète pas la complexité inhérente de la diversité de notre industrie locale. En fait, on trouve 11 secteurs et 30 sous-secteurs seulement au sein de l’AMM. C’est une vraie richesse dont nous n’avons pas suffisamment conscience. De plus, cela ne caractérise pas la dynamique des 50 années d’activité de notre industrie locale. L’enjeu pour l’AMM et ses partenaires privés et publics est de pouvoir accompagner une masse critique de projets de transformation dans nos industries pour qu’une dynamique permette de franchir de nouveaux paliers technologiques dont la transformation digitale.

Qu’implique cette dynamique au juste ?
Il s’agit en quelque sorte de soutenir l’établissement de nouveaux standards de qualité d’ordre technologique sur notre territoire. Dans la même veine, nous constatons sur le terrain un tissu d’industriels aux réalités diverses mais avec certains enjeux majeurs en commun : l’étroitesse du marché, les faibles capacités d’investissement pour une écrasante majorité d’entreprises, les difficultés à recruter une main-d’oeuvre peu qualifiée ou très qualifiée, l’importance critique des intégrateurs de technologies pour que nos équipements de production et technologies associées répondent aux contraintes locales. Enfin, nous observons une culture de la recherche et le développement pas assez ancrée mais qui devient un point d’amélioration capital. Vous avez donc une conjonction de contraintes géographiques, financières, de compétences et de générations qui rendent toutes transformations très exigeantes car il faut être «bon» à tous les niveaux.

On a dit que Maurice dépend trop des accords qui fournissent des garanties et des avantages préférentiels qui ne tiennent pas toujours sur leurs pieds. Quel est votre avis ?
Rien n’est définitif. Lorsque je dis qu’il est difficile d’influer sur le contexte mondial, c’est justement pour refocaliser l’attention sur nos bases arrière dont l’industrie locale est le pilier majeur. En fait, celui-ci permet de penser ensemble à une stratégie industrielle nationale qui donnera des champions mauriciens à l’international. Le volume et le prix, ce n’est pas là que l’industrie mauricienne a de l’avenir. À mon sens, il nous faut redéfinir des priorités pour permettre une convergence efficace des efforts des secteurs privé et public pour les dix prochaines années. Lorsque l’on regarde les enjeux avec une approche systémique, c’està- dire sans craindre la complexité des interactions entre sous-secteurs économiques, par exemple, nous constatons qu’il y a, pour un petit territoire comme le nôtre, un potentiel de marchés niches dans l’agro-alimentaire, la pharmacopée, la «cosmétopée», le textile où la performance environnementale et sociale sont de vrais plus, sinon des obligations croissantes pour les marchés à l’étranger. Le niveau de synergie avec les îles voisines et le continent africain, l’incorporation de technologies et d’expertises étrangères seraient évidemment des facteurs de réussite.

Quelles sont les stratégies qui permettront aux entreprises, en particulier les PME, de se réinventer et de perdurer ?
Nous avons signé récemment un Memorandum of Understanding avec SME Mauritius et Business Mauritius pour améliorer la cohérence des initiatives d’accompagnement des PME. Il s’agit là d’un écosystème en structuration qui devra sans cesse s’améliorer sur la base d’une implication de ses partenaires publics et privés. À notre niveau, le Made in Moris Scheme est une base qui peut être étendue pour accroître ses effets positifs, soit inciter les PME à se servir de l’amélioration continue comme d’une garantie de pérennité et investir dans le branding pour rayonner sur le territoire mauricien et à l’export. En réalité, il n’y a pas de recette magique, il faut vouloir exceller et dans tous les domaines d’activité de l’entreprise.

Contexte

Cela fait cinq ans que le label Made in Moris a vu le jour. L’événement a été célébré par une série de conférences nationales à partir du 24 octobre 2018. Elisabeth Laville, fondatrice de l’agence UTOPIES, pionnière dans le conseil en développement durable et classée dans le Top 25 des meilleures agences conseil en marketing, a d’ailleurs donné le coup d’envoi. Et pour continuer sur sa lancée, de nouvelles conférences sont prévues l’an prochain. Ainsi, le 13 février, l’accent sera mis sur les «marques Made in Moris, marques innovantes !» avec Min Lee, nominée au Asia- Pacific Economic Cooperation (APEC) Young Women Innovators, et Natacha Emilien, membre du Mauritius Institute of Directors et Business and Life Certified Practitioner Coach depuis 2013. En avril, Patrick Beauduin, conférencier expert à l’Association pour le Progrès du Management depuis 2014, qui possède environ 30 ans d’expérience en communication et marketing international, se focalisera sur les marques utiles.

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