Charles Cartier, Chairman: «La baisse du taux d'épargne résulte l'optimisme des ménages»

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Charles Cartier, Chairman, EDB.

Charles Cartier, Chairman, EDB.

Que pensez-vous de la polémique sur les taux de croissance entre la MCB Focus et les autorités ?
Je tiens tout d'abord à préciser que l'EDB s'appuie dans sa communication et dans son analyse sur les prévisions officielles de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, de la Banque de Maurice et de Statistics Mauritius, dont les estimations se situent entre 3,9 % et 4 %.

Nous ne savons pas quelle est la méthodologie utilisée par la MCB pour arriver à une estimation de 3,7 %.

Il faut surtout noter que tous les indicateurs économiques confirment une solide reprise ces trois dernières années, avec une croissance qui passe de 3,4 % à 4 %, un taux de chômage qui passe de 7,9 % à 6,9 %, et des chantiers à travers tout le pays. Vous n’êtes pas sans connaître l'adage qui dit que quand la construction va, tout va.

Vous ne partagez donc pas l'inquiétude qui ressort du rapport de la MCB Focus ?
Nous devons tout d'abord noter que le rapport MCB Focus évoque autant les forces de l'économie mauricienne que les défis à venir. Par exemple, il rappelle qu'en plus d'avoir gagné cinq places au classement ‘Ease of Doing Business’ de la Banque mondiale, Maurice a maintenu sa performance sur deux critères d’évaluation et l’a améliorée sur 8 autres.

Par contre, je tiens à pondérer l'inquiétude exprimée par certains économistes sur l'impact d'une baisse du taux de l'épargne. Je voudrais rappeler que cela fait plus de trois quarts de siècle que les économistes libéraux et les Keynésiens se disputent sur le lien de causalité entre taux d'épargne et le niveau de l'activité économique. Pour ma part, j’estime que lorsque les ménages ont confiance en l'avenir, surtout avec un chômage bas et une croissance saine, ils consomment plus et épargnent moins. La baisse du taux d'épargne n'est donc qu'une résultante de l'optimisme des ménages. De plus, nous devons relativiser cette baisse puisque, avec un taux d’épargne à 10 %, Maurice se situe dans la moyenne haute des pays de l'OCDE.

Les défis de la productivité nationale qui progresse plus lentement que les salaires et plus lentement que la productivité de nos concurrents, ne gênent ils pas vos ambitions à l’EDB?
Entre 2014 et 2017, la productivité de notre main-d’oeuvre a connu une croissance cumulative de 9,9 %. En ce qu’il s’agit de 2017, nous avons enregistré une hausse de 2,4 %. Durant la même période, sur la base de notre roupie, le coût unitaire de main-d’œuvre, qui mesure la rémunération de l’employé par rapport à sa productivité, a  connu une croissance cumulative de 6 % de 2014 à 2017,de 2014 à 2017, et de 1,7 % en 2017. Il n’est donc pas vrai de dire que la productivité, en particulier celle de la main-d’œuvre, a été en-deçà des coûts qui n’ont cessé d’augmenter. En fait, si nous considérons le coût unitaire de main-d’œuvre en termes de dollars, il a en fait baissé de 5,8 % entre 2014 et 2017, en raison bien entendu d’une forte dépréciation du dollar américain face à la roupie en 2015.

Ces taux correspondent à ceux que l’on recense dans des économies plus développées et c’est un fait que Maurice ne peut plus être considéré au même titre que nos principaux compétiteurs dans le textile et d’autres industries manufacturières. Par exemple, notre PIB par tête d’habitant est de USD 10, 000 alors que pour le Bangladesh, il est de USD 1, 516, et de USD 1, 939 pour l’Inde.

C’est un état des faits que nous devons désormais accepter. Notre économie a connu un changement structurel et nous misons désormais davantage sur l’industrie des services, où nous avons encore un avantage concurrentiel. Nous devons maintenant améliorer notre productivité multifactorielle, qui a connu une hausse de 1,4 % en 2017. Cet indice indique le taux de changement en matière d’efficacité productive et tient compte de facteurs qualitatifs tels une meilleure gestion et une qualité améliorée du travail à travers la formation et la technologie.

Une telle transition nécessite aussi un apport en termes d’innovation. L’EDB a d’ailleurs la mission de mettre en place l’écosystème nécessaire pour favoriser cette démarche. Pour cela, il nous faut d’ores et déjà adopter une politique d’ouverture pour pouvoir attirer des compétences et talents qui ne sont pas encore disponibles à Maurice. Nous réfléchissons aussi au développement des mécanismes appropriés sur lesquels l’économie mauricienne pourrait s’appuyer pour instiller les principes et valeurs de l’innovation dans tous les secteurs, incluant les services, l’agro-alimentaire et le manufacturier. La réinvention de l’architecture économique du pays passera en grande partie par l’innovation.

En clair, la stratégie de l’EDB est d’amener un meilleur développement de secteurs émergents tels que la Fintech, la biotechnologie et les services financiers tout en faisant en sorte d’avoir une base manufacturière compétitive.

Le déficit commercial 2018 est estimé à Rs 113 milliards et celui des comptes courants à Rs 30 milliards. Quelle part de ceux-ci peut être comblée par le renouveau de la politique industrielle de l’EDB sur les prochaines 3/5 années ?
Un déficit du compte courant, surtout quand il est récurrent, constitue certes une menace à notre stabilité macroéconomique. Toutefois, un flux constant d’investissements directs étrangers a permis d’atténuer les conséquences d’un tel phénomène jusqu’ici et d’assurer une stabilité du taux de change.

Nous concevons toutefois, une telle approche ne saurait s’inscrire dans la durée. C’est pourquoi nous concentrons nos efforts pour non seulement augmenter nos exportations de biens et de services, mais aussi pour réduire notre dépendance à l’égard des importations. Et justement, dans l’optique de diversifier les secteurs d’exportation, nous nous attelons aussi aider au développement des activités qui démontrent un potentiel de croissance encourageant à ce niveau – tel est le cas pour les activités de ravitaillement et d’avitaillement des navires par exemple, qui connaissent une croissance régulière depuis 2016.

Nous travaillons de concert avec le gouvernement pour améliorer notre accès aux marchés. L’accord de partenariat économique avec l’Inde (CECPA) et l’accord de libre-échange avec la Chine garantiront un accès préférentiel à nos exportations, avec des clauses sur le commerce des biens et des services qui nous permettront d’avoir un avantage compétitif sur d’autres exportateurs.

En parallèle, nous ne lésinons pas sur les moyens pour rendre notre environnement économique et entrepreneurial plus apte à attirer des investisseurs qui peuvent utiliser Maurice comme une plateforme pour vendre leurs biens et proposer leurs services à des pays étrangers. Les parcs industriels de Riche-Terre et de Rose-Belle sont des piliers de cette nouvelle stratégie.

En parallèle, nous nous penchons sur les moyens de réduire notre dépendance à l’égard de l’importation. L’importation de carburants pèse lourd dans notre compte courant. La stratégie du gouvernement en matière d’énergie renouvelable, qui est fortement appuyée par l’EDB, a pour objectif de réduire de telles importations. En outre, l’EDB travaille avec divers ministères et d’autres parties prenantes pour attirer des investissements dans le secteur de l’agro-industrie sur la base de plusieurs mesures incitatives. L’autosuffisance alimentaire sera une autre étape clé de cette démarche.

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