Special Education Needs Authority: le travail ne fait que commencer

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Les enfants en situation de handicap ont besoin de soins et d’attention spéciaux, encadrés par un personnel formé et spécialisé.

Les enfants en situation de handicap ont besoin de soins et d’attention spéciaux, encadrés par un personnel formé et spécialisé.

Si le Parlement n’avait pas été ajourné au mercredi 21 novembre, le Special Education Needs Authority (SENA) Bill aurait présenté en deuxième lecture cet après-midi, mardi 13 octobre. Presque deux ans après l’annonce de ce projet de loi, les organisations non gouvernementales (ONG) dans le secteur de l’éducation spécialisée, les parents d’enfants en situation de handicap ou encore les éducateurs et le personnel non enseignant qui y travaillent auraient dû l’accueillir favorablement. C’est loin d’être le cas. 

Si dans l’ensemble, l’on conçoit que c’est un premier pas dans la bonne direction, l’on sait aussi que le plus dur reste à venir. Ce secteur prend soin, entre autres, des enfants ayant des déficits, notamment en termes physiques ou psychomoteurs. Le projet de loi vise à leur faire bénéficier d’une éducation adaptée, inclusive, au même titre que leurs pairs valides, dans le «mainstream». Premier bémol toutefois : les parties prenantes sont nombreuses à déplorer le manque de consultation avec les professionnels dans l’éducation spécialisée.

«Nous n’avons été invité à aucune consultation. Nous avons presque 50 ans d’expérience dans le milieu. Nous aurions voulu mettre notre expérience à contribution et aider à améliorer le secteur», soutient Paul Virassamy, chef de service de l’Association des parents d’enfants inadaptés de l’île Maurice (APEIM) et ancien manager de trois de leurs écoles.

«Nous n’avons été invité à aucune consultation. Nous avons presque 50 ans d’expérience dans le milieu. Nous aurions voulu mettre notre expérience à contribution et aider à améliorer le secteur.»

En 2013, alors que les écoles de l’APEIM faisaient face à une menace de fermeture, ses responsables avaient réclamé la création d’une autorité semblable à la Private Secondary Education Authority. Pour la réflexion et la rédaction du projet de loi, cependant, aucun appel n’a été fait à cette ONG dont les écoles ont, depuis, été reprises par le Service diocésain de l’éducation catholique (SeDEC), faute de moyens.

Si certains responsables d’ONG oeuvrant dans le secteur de l’éducation spécialisée ont été invités aux consultations, ils n’ont pas été convaincus pour autant. «Si vous appelez une présentation PowerPoint d’une vingtaine de minutes et une mini-discussion ‘des consultations’…» lâche Jacqueline Forget, membre fondatrice et présidente de l’ONG Special Education Needs Society (SENS), dont l’école spécialisée accueille des enfants souffrant de maladies chroniques, de troubles de l’apprentissage et du comportement.

Une frustration ressentie aussi par Géraldine Aliphon, d’Autisme Maurice, qui déplore que plusieurs questions des parties prenantes soient restées sans réponse. «On nous a sommairement présenté ce qu’il y aura dans le SENA Bill», soutient-elle. Ce manque de consultation inquiète, d’autant plus que le choix des membres de la SENA reviendra à la ministre de l’Éducation. «Pour que ce board ressemble à ce que l’on s’attend, il est important que les personnes qui y siègent soient aussi des gens de terrain. Mais on ne sait pas si ça sera le cas puisque le choix est la prérogative de la ministre de l’Éducation», soutient Géraldine Aliphon.

Si l’on évince les ONG à participer à la réflexion autour d’une telle autorité, seront-elles parties prenantes de l’organisme lui-même, quand il sera opérationnel ? C’est la question que beaucoup se posent. «Surtout, nous le savons, que ces nominations sont une façon de récompenser profiter de per diem outre mesure», s’inquiète Jacqueline Forget.

«Pour que ce board ressemble à ce que l’on s’attend, il est important que les personnes qui y siègent soient aussi des gens de terrain. Mais on ne sait pas si ça sera le cas puisque le choix est la prérogative de la ministre de l’Éducation.»

Yvan Ducasse, parent d’enfant en situation de handicap, se dit, lui, optimiste. «Je suis content pour le secteur. C’est une avancée, c’est un grand pas en avant…» se réjouit-il. Malgré le manque de communication, Géraldine Aliphon ne peut cependant s’empêcher, elle aussi, d’être optimiste. «C’est une bonne chose. Cette instance était très attendue mais le travail ne fait que commencer», soutient-elle.

En effet, optimiste ou pas, les parties prenantes s’accordent à dire une chose : la mise sur pied de la SENA ne règle, en soi, aucun des nombreux problèmes décriés par les ONG depuis des décennies (voir ci-contre).

Les maigres salaires

Rs 10 000. C’est le salaire auquel peuvent s’attendre les éducateurs dans les écoles spécialisées. «Alors que ces personnes sont souvent diplômées et formées spécialement», ajoute Jacqueline Forget. D’ailleurs, fait ressortir Géraldine Aliphon, c’est une bataille que les ONG mènent depuis longtemps.

De plus, les enseignants sont subventionnés à hauteur de Rs 10 800 seulement, à un ratio d’un enseignant pour sept élèves. Cependant, pour beaucoup d’ONG, sept élèves, c’est beaucoup trop pour un enseignant. «Nous nous occupons d’enfants avec un autisme moyen à sévère. Il est impossible de s’occuper de sept élèves à la fois. Nous avons un ratio d’un enseignant pour deux enfants», explique Géraldine Aliphon.

Jacqueline Forget fait aussi ressortir que les «floating teachers» ne sont pas subventionnés par l’État.

Éducation gratuite… mais pour qui ?

L’éducation est-elle vraiment gratuite pour tout le monde ? C’est la question récurrente chez les parties prenantes du secteur. Aujourd’hui encore, le plus grand mal de l’éducation spécialisée est le manque de fonds. «Il y a trois façons de financer une école : les allocations du ministère, le CSR ou les donations et contributions des parents», explique Jacqueline Forget, présidente de SENS.

Si les ONG saluent l’augmentation des allocations de l’État, elles déplorent, cependant, qu’il n’y ait pas de parité entre les élèves aux besoins spécialisés et les enfants dits «normaux». L’allocation par élève, par an, est passée de Rs 1 300 à Rs 5 200 au dernier Budget. «Mais un enfant nous coûte environ Rs 10 000», explique Jacqueline Forget.

Ce qui fait que les parents d’enfants en situation de handicap doivent contribuer pour l’éducation de l’enfant. «Pour les élèves venant de milieu bourgeois, ce n’est pas un problème, mais ceux venant de familles pauvres pourraient, eux, être privés d’une éducation adaptée», déplore la présidente de SENS.


 

La maltraitance du personnel et des enfants

Dans les écoles spécialisées, il n’est pas rare de voir la maltraitance des enfants et du personnel. Comme en atteste un membre du personnel non enseignant d’une ONG. Sous le couvert de l’anonymat, cette personne explique que les propriétaires d’ONG, puisque la surveillance y est minimale, maltraitent leurs employés, les enfants et sont très irréguliers avec le paiement des salaires.


En chiffres

72 : Le nombre d’écoles d’éducation spécialisée
22 : Les institutions qui sont gouvernementales
50 : Les institutions appartenant à des ONG et au SeDEC
2 656 : Le nombre d’étudiants dans ces écoles
855 : Le nombre d’employés, enseignants et non enseignants

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