SBM Holdings: Des actionnaires tracassés écrivent à Li Kwong Wing

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Les actionnaires de la SBM qui ont envoyé la lettre à Kee Chong Li Kwong Wing se disent troublés et inquiets.

Les actionnaires de la SBM qui ont envoyé la lettre à Kee Chong Li Kwong Wing se disent troublés et inquiets.

Une lettre datée du 10 octobre, émanant d’un groupe d’actionnaires de la SBM Holdings, soulève quelques questions pertinentes de gouvernance. Surtout dans le sillage des déconvenues récentes à la banque d’État, 2e banque sur le marché local.

Autoglorification, influence du gouvernement, impossibilité pour le Chairman actuel de la banque, Nayen Koomar Ballah, d’avoir autant de casquettes… Une lettre des actionnaires, adressée à Kee Chong Li Kwong Wing, le président de SBM Holdings (SBMH), dans un anglais parfait, démontre une maîtrise certaine du monde des affaires et plus particulièrement de la bonne gouvernance. Elle fait quelques commentaires et suggestions fort judicieux. On sent, à la lecture de ce véritable «mémorandum» de huit pages, que les motivations des auteurs sont saines – si on y inclut bien évidemment leur désir de «rétablir la crédibilité et, éventuellement la valeur boursière» de la SBMH, qui a perdu Re 1,30 (passant de Rs 7,46 à Rs 6,16) entre le 6 août et le 5 novembre.

Clairement, ces actionnaires sont troublés par la présence et l’influence de l’actionnaire majoritaire, en l’occurrence le gouvernement, et les conséquences de son interventionnisme politique. Ils soulignent que si la SBM avait peut-être besoin d’un parrainage gouvernemental pour s’installer durablement dans son secteur à ses débuts, en 1973, que tel n’est plus le cas. Ils ajoutent, pertinemment, que les «micromanagement matters» de la SBM sont en fait des distractions pour le gouvernement par rapport à ses responsabilités premières d’établir et d’exécuter des stratégies sur les plans économiques, sociaux et environnementaux, sans compter celui des affaires étrangères. Ils notent, ce faisant, l’influence hors normes du gouvernement dans la sélection des administrateurs majeurs de la SBM Bank (80 % des opérations de SBM Holdings), ce qui déresponsabilise la SBMH et cause de gros dégâts sur le plan de la gouvernance.

C’est en fait, là, le souci principal de ces actionnaires qui font le point que le board et le Chief Executive Officer (CEO) de la SBMH ne semblent pas être beaucoup consultés ni pour les nominations cruciales à la SBM, dont ils ont pourtant l’ultime responsabilité, comme compagnie mère, ni pour la redevabilité puisque la SBM répond, non pas à la SBMH elle-même, mais à une structure intermédiaire, soit la SBM Bank Holdings Ltd, qui est un SPV, qui est le seul et unique actionnaire de la SBM Bank et dont le Chairman est aussi celui de la SBM.

Ces actionnaires soulignent leur crainte du fait que dans l’état actuel des choses, la ligne de «leadership and control» de la SBMH étant au moins floue, sinon inexistante, permet aux deux conseils d’administration de la SBM et de sa Holding, ainsi qu’à leurs présidents et CEO respectifs de ne pas se sentir redevables et, pire, de se renvoyer mutuellement le blâme quand les affaires vont mal. Ils se disent conscients des directives de la Banque de Maurice, qui empêchent le board de la SBMH de ne nommer que les siens ou leurs auxiliaires au conseil de la SBM, mais suggèrent avec force que ce soit le board de la SBMH qui soit clairement en charge de trouver le conseil d’administration de sa subsidiaire principale.

De plus, toujours en vue d’une meilleure gouvernance, qui ajouterait à l’efficacité de la SBM, ces actionnaires soulignent :

◗ La justesse de nommer au moins deux directeurs indépendants, avec une solide expérience bancaire, y compris hors du pays, rappelant qu’aucun directeur indépendant actuel n’a d’expérience bancaire

◗ L’utilité de nommer un ou deux seniors du management de la SBMH (CFO ou Head of Strategy), afin d’asseoir plus clairement la redevabilité de la SBM envers la SBMH

◗ La nécessité de nommer un Chairman à la SBM qui dispose de suffisamment de temps pour assumer ses lourdes responsabilités. À cet effet, il est souligné, sans remettre en question les compétences et la dévotion du Chairman actuel, Nayen Koomar Ballah, qu’il lui est tout simplement physiquement impossible d’assumer son rôle comme il faut, étant donné qu’il est déjà le chef de la fonction publique ainsi que le secrétaire au Cabinet, devant ainsi coordonner toute la machinerie gouvernementale pour s’assurer que les ministères appliquent les décisions du Cabinet. Ces actionnaires notent que «such a grossly overworked person» ne devrait pas être considérée comme directeur et encore moins comme Chairman, selon les principes de gouvernance de base, d’autant qu’il est aussi Chairman à Mauritius Telecom, Chairman à Multi Carriers Ltd, directeur chez Air Mauritius, Chairman de la Mauritius Revenue Authority et directeur de Mauritius Duty Free Paradise.

Et de conclure que même si l’on ne peut pas savoir si un Chairman avec suffisamment de temps sur les bras aurait permis d’éviter certains des incidents récents, il est sûrement risqué de continuer avec le scénario présent où le Chairman ne peut pas accorder assez de temps à des questions majeures, requérant une attention approfondie.

Ces actionnaires sont, finalement, aussi plutôt perturbés par le langage utilisé dans les derniers rapports annuels de 2017 pour décrire le parcours des directeurs, y décelant une tendance à l’autoglorification et parfois même à des affirmations dithyrambiques et creuses, parfois loin de la vérité et «closer to language found in obituaries», engendrant donc potentiellement le contraire du but recherché, qui est, en ce moment, de rassurer.

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