Amina Saadya Dousoruth: une expert-comptable qui n’aime pas particulièrement les chiffres

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Amina Saadya Dousoruth, première au niveau mondial dans une matière d’ACCA.

Amina Saadya Dousoruth, première au niveau mondial dans une matière d’ACCA.

Une jeune fille bien comme il faut, qui fait ce que l’on attend d’elle, sans forcément se passionner pour ce qu’elle fait. C’est ainsi que nous apparaît la jeune mais non moins brillante expertcomptable Amina Saadya Dousoruth, classée première au niveau mondial dans une matière aux examens de l’ACCA, et première parmi les Mauriciens qui y ont pris part en 2017.

Cette sympathique jeune fille de 23 ans est contente de ce résultat d’excellence mais elle n’est pas pour autant sur un petit nuage rose. «Je suis toujours choquée de ce résultat», confie-t-elle lorsque nous la rencontrons chez elle mercredi matin. «Tous ceux qui étudient pour obtenir la certification de l’Association of Certified Chartered Accountants rêvent d’avoir le pass-mark de 50 % tant c’est dur. J’ai travaillé pour les obtenir aussi. J’ignore comment j’ai fait pour avoir 83 % en Audit and Insurance», ajoute cette habitante de Highlands dont le père Aman est éleveur de bétail et la mère Safina, une douce femme au foyer.

C’était peut-être sa matière préférée ? Amina Saadya Dousoruth réplique qu’elle ne sait pas ce qu’elle aime en particulier. «Si vous me donnez quelque chose à faire, je vais le faire pour réussir. Mais je n’ai pas eu de préférence pour une matière en particulier en ACCA. Je suis contente certes mais j’estime que quand on a commencé quelque chose, il faut la finir. Mais je ne suis pas overjoyed.» Après réflexion, elle indique qu’il se peut que de toutes les matières à l’étude, elle ait été plus interpellée par le sujet de l’éthique du comptable, qui s’inscrit dans la bonne gouvernance. «Cela m’a intéressée davantage que les chiffres. J’en ai marre des chiffres», raconte-t-elle avec une franchise désarmante.

Cette aînée de deux enfants – elle a un frère de 16 ans nommé Hassen –, n’a jamais manqué de rien. Si elle grandit à Highlands, elle passe ses week-ends chez ses grands-parents maternels qui habitent Triolet. Ses parents l’y accompagnent. Elle fréquente le Highlands Government School et intègre ensuite le Sodnac SSS. Pourquoi cette école alors qu’elle aurait pu, sur la base de ses résultats de Certificate of Primary Education, prétendre à un autre collège plus coté ? Tout simplement parce que le Sodnac SSS n’est pas loin de sa maison et qu’elle aime la tenue des élèves. «J’aimais bien l’uniforme de cette école avec ses shorts, cravates et tout. J’aime bien la mode.»

Alors qu’elle est en standard V, elle suit des cours de l’Alliance française et remporte le prix de correction de texte. «J’aime les langues. J’ai étudié l’ourdoue comme matière en privé jusqu’en Form V. Mon papa aimait cette langue et pour lui faire plaisir, je l’ai étudiée.»

Amina Saadya Dousoruth ne faisant pas les choses comme tout le monde, en Form VI, au lieu des trois matières principales au programme d’études, elle opte pour une quatrième, ajoutant la sociologie à la comptabilité, l’économie et le français. C’est d’ailleurs en sociologie qu’elle a le meilleur résultat, soit un A+ et se classe troisième au niveau national dans cette matière.

C’est son oncle Nazir Shah Kodaruth, qui travaille à Air Mauritius, qui va l’aiguiller vers la comptabilité et en particulier vers l’ACCA. «Moi, je n’avais pas d’idées précises sur ce que je voulais faire. Mon oncle m’a conseillé de suivre les cours d’ACCA.»

C’est ce qu’elle fait après un stage de six mois en tant que clerc au bureau du ministère de l’Agriculture à St-Pierre. En parallèle à l’ACCA, elle rejoint une firme d’audit de la capitale. Là, après un stage de six mois, elle est embauchée comme Junior auditor. Elle gravit les échelons au gré des matières d’ACCA qu’elle étudie et de ses performances au bureau. Elle prend des cours particuliers dans sept des 11 matières au programme d’études. La matière qu’elle a trouvée la plus difficile est la gestion de la performance qui comprend «plein de chiffres et de calculs», souligne-t-elle.

Pour obtenir ce résultat d’excellence, Amina Saadiya Dousoruth sacrifie les sorties en famille, les sorties entre amis, les mariages et les promenades. «C’était très dur de travailler et d’étudier en même temps. Des fois, même lorsque j’allais chez mes grands-parents à Triolet, j’étais obligée de m’isoler pour aller réviser. J’étais toujours dans mes livres et cela, sans être sûre du résultat. C’est vraiment incertain vous savez. C’est comme un gamble. On ne sait pas si l’on va réussir. Des fois on travaille bien, des fois on échoue.»

Alors qu’elle avait atteint l’échelon de Senior auditor au travail, Amina Saadya Dousoruth a fini par trouver cette discipline de la comptabilité «monotone car on ne fait que des Financial statements dans l’audit. Par contre, en comptabilité pure, on est en contact avec tous types de clients et on touche à plusieurs activités de la compagnie». Comment le sait-elle ? Tout simplement parce qu’elle a quitté la firme d’audit pour se faire embaucher par une firme comptable de la capitale.

Mais la jeune fille n’a pas prévu de faire une longue carrière dans le domaine non plus. «Des fois, je me dis que je me ferai chargée de cours. D’autres fois, je me dis qu’être mariée et femme au foyer serait bien aussi. Mais j’aurais aimé avoir ma propre entreprise, qui n’aura rien à faire avec la comptabilité. Il se peut que je sois encore jeune et que les gens trouveront que je ne devrais pas parler ainsi car je suis chanceuse d’être arrivée là où je suis. Mais pour l’instant, c’est mon avis.»

Son projet est de se fiancer bientôt avec Athar, un photographe professionnel qu’elle connaît de longue date. Si elle veut poursuivre ses études, le travail de comptable ne lui laisse pas beaucoup de temps pour autre chose. «Cela me bouffe tout mon temps, même lorsque je suis en congé, j’ai des comptes à rendre, des délais à respecter, bref la comptabilité ne me laisse pas le temps de respirer.»

Dans la soirée de mercredi, Amina Saadya Dousoruth a reçu un shield souvenir de l’ACCA de Maurice. Si l’attention la touche, elle trouve regrettable que les autorités mauriciennes – gouvernement et collectivités locales confondus – ne récompensent pas les Best achievers à l’examen d’ACCA. «Les athlètes reçoivent une récompense en argent, les artistes aussi. Je n’ai eu aucune reconnaissance officielle de la part des autorités. À la veille de sa démission, lorsqu’Ameenah Gurib-Fakim a su que j’avais aussi bien réussi à mon examen d’ACCA, elle m’a envoyé une copie du livre qu’elle a écrit sur les plantes médicinales du Réduit, accompagné d’une carte de félicitations. Que l’État n’y ait pas pensé, c’est décourageant. Et puis, on s’étonnera qu’il y ait un brain drain à Maurice… »


L’ACCA date de 1904

L’Association of Chartered Certified Accountants (ACCA), organisation professionnelle internationale d’experts comptables, a été fondée en 1904 au Royaume-Uni. Le réseau mondial de l’ACCA compte aujourd’hui plus de 200 000 membres et 503 000 étudiants dans 180 pays, y compris Maurice. Le bureau officiel mauricien de l’ACCA, dirigé par Madhavi Ramdin-Clark, a été officiellement lancé en 1980.

L’ACCA ne donne pas de cours. Ce sont des instituts de formation et des universités qui le font, en respectant son programme d’études. L’ACCA octroie un statut spécial (Argent, Or, Platine) à ces instances-partenaires en fonction du respect de certaines normes. Le programme d’études de l’ACCA ne comprend pas que la comptabilité. Elle propose aussi des cours en management et en éthique, permettant de mieux comprendre la contribution du comptable à la bonne marche de l’entreprise. Amina Saadya Dousoruth n’a pas été la seule à briller lors des examens d’ACCA en 2017. Keshav Rao China-Appadu a obtenu la première place mondiale ex-aequo en Advanced Financial Management. Mais Amina Saadya Dousoruth s’est classée première overall pour Maurice en 2017.

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