Manoel Nunes: «Les bons jockeys n’ont pas besoin d’instructions»

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La fine cravache brésilienne Manoel Nunes revient sur son histoire d’amour avec le Champ-de-Mars

La fine cravache brésilienne Manoel Nunes revient sur son histoire d’amour avec le Champ-de-Mars

La prestation cinq étoiles de la fine cravache brésilienne de l’écurie Sewdyal a été le haut fait du week-end de courses. Dans l’entretien qui suit, l’occasion est donnée à Manoel Nunes de nous en dire plus à son sujet. Sa passion pour l’équin, son acharnement à vouloir presque tout faire lui-même et sa hantise des instructions… Nunes s’est livré. Bonne lecture !

Vous vous faites un devoir de monter la plupart de vos chevaux vous-même à l’entraînement. Outre le désir d’être perfectionniste, y a-t-il un brin d’égocentrisme dans ce choix ?
(Rires). Le choix de vouloir tout faire moi-même n’est pas parce que je suis égocentrique ou que je ne fais pas confiance aux lads. Je dois sentir mes chevaux. J’aime éduquer un cheval avant que je ne le monte en course. Ici encore plus qu’ailleurs, je dois leur apprendre à se relaxer. Cela, vu que les chevaux étaient trop keen à mon arrivée chez Amar Sewdyal. Je peux comprendre que cela puisse sur-prendre, mais moi je suis un bosseur. C’est mon homework. Je dois mettre la main à la pâte. Je me dois d’être un professionnel. Je dois justifier mon salaire. J’aime ce travail. C’est plus qu’une passion.

Vous disiez lors d’une enquête des commissaires sur la dernière course de Brave Leader que vous n’aimez pas recevoir d’instructions. Est-ce le cas partout où vous montez à travers le monde ?
Instruction ties you up too much. Il me faut être honnête à ce sujet. Si on doit suivre les instructions à chaque fois, pas besoin d’aller chercher un top jockey ! Mettez un apprenti sur votre cheval et cela devrait faire l’affaire. Reste que tout le monde sait que la réalité est tout autre. Les bons jockeys n’ont pas besoin d’instructions. C’est aussi vrai que nous sommes une équipe à l’entraînement Sewdyal. On peut discuter avec tout un chacun. On pourrait discuter avant une course, certes, mais je suis le seul boss dès que la stalle s’ouvre. Il n’y a que moi et mon cheval. Personne d’autre ! Je dois courir la course comme elle se présente à moi. Si je monte un cheval pour la première fois, il faut bien que l’entraîneur me donne des tips. Mais après quoi, je gère ! Eh oui, je n’aime pas suivre les instructions. Je déteste cela ! Je monte depuis 1995. Je suis un professionnel.

Vous avez consigné une déposition à la police concernant les images vidéo qui circulent sur les réseaux sociaux par rapport à Rap Attack derrière les stalles de départ. Les Mauriciens, un public passionné, ne laissent jamais rien au hasard lorsqu’il s’agit des courses !
C’est une histoire d’amour. Voilà comment résumer la relation entre les Mauriciens et les courses hippiques. C’est un immense plaisir de monter au Champ-de-Mars. Je dois bien le reconnaître. J’étais déjà ici en 2008. J’ai vécu cela le temps d’un week-end, mais… c’est autre chose de monter ici toutes les semaines. C’est très pénible lorsqu’on questionne incessamment votre intégrité. It’s painful! Pour en revenir à cet incident, je voulais juste sécher mes mains sur le tapis de selle du cheval. Ce dernier transpirait lui aussi. Je ne donnais aucun signal à personne ! Ils sont malades de voir le mal dans un geste aussi anodin ! Je devrais être un génie pour savoir que la caméra serait braquée sur moi juste au moment où je faisais ce geste.

Il paraît que cette affaire aurait sérieusement inquiété vos proches à l’extérieur…
J’ai reçu des appels en panique. Ce sont mes amis et proches qui m’ont informé de toute l’affaire. Je n’ai ni Facebook ni Instagram. Je ne suis pas du tout sur les réseaux sociaux. J’ai un ami qui m’a appelé alors que j’étais à l’hôtel. «Eh Manoel, tu as des problèmes à Maurice ?» m’a-t-il demandé. Je ne sa-vais pas du tout de quoi il parlait. C’est là qu’il m’a envoyé la vidéo. J’étais très déçu. J’ai reçu des appels de Macau et de Hong Kong. On m’a même appelé du Brésil. Même du Brésil ! (Il hausse la voix). Les gens étaient inquiets à mon sujet.

Comptez-vous rempiler l’année prochaine au Champ-de-Mars malgré ces tracasseries ?
Je ne serai pas là en 2019. J’ai déjà signé pour le Canada. J’aurais adoré revenir à Maurice, mais j’ai déjà accepté l’offre du Canada pour être Club Jockey à Woodbine. Je serai à Macau dès que j’aurai fini chez vous. Je retourne au Brésil le 15 décembre prochain. Puis, direction Macau à nouveau en janvier 2019 avant de faire le saut au Canada en mars.

L’écurie Rameshwar Gujadhur a fait appel à vous pour monter Hard Day’s Night dans la Coupe d’Or. Vous avez monté le cheval ce matin (NdlR : mardi). Comment entrevoyez-vous sa course qui arrive dans la Coupe d’Or samedi ?
Je l’ai fait travailler. Il m’a laissé une belle impression. J’ai essayé de le relaxer aux cotés d’Ouzo. J’ai essayé quelques trucs pour voir ce que j’avais sous la selle. He’s a lovely horse. J’ai vu toutes ses courses. Cela dit, son entraîneur devrait m’en dire plus. Il connaît le cheval plus que moi.  

Une dernière question sur les résultats des élections au Brésil. Le candidat d’extrême droite Jair Bol-sonaro a été élu. Etes-vous optimiste ou pessimiste sur l’avenir de votre pays ?
Tout le monde attendait un changement. Ils étaient plusieurs à vouloir que le Parti des Travailleurs soit botté hors du gouvernement. Ce parti est là depuis bien trop longtemps. Il y a eu plusieurs cas de corruption depuis ces deux dernières années. Des politiciens sont allés en prison. Hopefully, Bolsonaro can be a good thing for Brazil. Je crois en lui et en sa capacité à redresser la barre. 

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