Développement immobilier: des anciens racontent le nouveau visage de Moka

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Côte-d’Or, à Moka, est de nos jours un vaste chantier à ciel ouvert, qui connaît un développement tous azimuts. Les habitants sont, eux, partagés.

Côte-d’Or, à Moka, est de nos jours un vaste chantier à ciel ouvert, qui connaît un développement tous azimuts. Les habitants sont, eux, partagés.

Sur les brochures, la nature verdoyante, le climat doux et la tranquillité sont mis en avant. Moka, le coeur de l’île, attire depuis une dizaine d’années des investisseurs immobiliers, entraînant ainsi une transformation accélérée de la région. Le groupe ENL, dont la présence est très conséquente dans la région, a fait développer ses terres qui se trouvaient, pour la plupart, anciennement sous culture de cannes à sucre. D’autres promoteurs ont aussi flairé la bonne affaire. Ces développements ne laissant personne de marbre, surtout pas des anciens de la région…

La liste des projets immobiliers ayant vu le jour durant les dix dernières années est longue. La transformation de Moka, passant d’une région campagnarde à une Smart City moderne, a démarré il y a quelques années avec la fermeture de l’usine sucrière de Mon Désert Alma, en 2007. Il y a eu la création du centre commercial Kendra, à St-Pierre, d’un centre des affaires dans l’enceinte de l’ancienne usine sucrière, le projet commercial et résidentiel des Allées d’Helvétia, entre autres.

Parmi les nouveaux projets du groupe ENL, l’on compte les résidences Rive Sud-Courchamps, à Côte d’Or, projet qui vise une clientèle de professionnels de moins de 40 ans. En plus de ces projets résidentiels luxueux, le centre de l’île accueillera bientôt, des appartements huppés pour personnes âgées. Un projet baptisé Royal Green, qui se fera sur cinq arpents de terre loués à bail par le NG Group. À quelques kilomètres de là, la maison de retraite Les Jardins de Chantenay a lancé une autre phase de développement appelée Les terrasses de Chantenay. Le projet sortira de terre en juin 2019.

Cyril Edoo, 73 ans, a été le témoin privilégié de cette métamorphose. Cet ancien maçon a habité à différentes régions de Moka depuis maintenant 40 ans. «Mo pa ti atann momem ki Moka ti pou vinn koumsa. L’endroit a complètement changé. Il y a énormément de développement en peu de temps. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose mais le Moka d’antan me manque un peu», nous dira-t-il avec un brin de nostalgie.

Rien pour les «Ti dimounn»

Le maçon, qui s’est reconverti en fermier, nous explique qu’il a d’ailleurs travaillé sur un des chantiers de construction de villas de la région. «Tousala ti bwa sa ! À présent, il y a beaucoup de gens aisés qui sont venus habiter ici», soutient-il.

Si, pour Cyril Edoo, les développements sont positifs, une dame d’un certain âge, commerçante depuis 60 ans, trouve, elle, que ces changements n’ont rien apporté aux «ti dimounn». Lorsque nous l’avons rencontrée dans sa boutique qui a résisté à l’implantation du géant Bagatelle et aux autres complexes commerciaux dans la région, la vieille dame s’est d’abord montrée réticente à nous parler. Elle ne voulait ni nous adresser la parole, ni se présenter. Un peu plus tard, elle nous dira quand même que le développement n’a rien apporté aux villageois.

«Nous ne les avons jamais rencontrés, les propriétaires de ces maisons. Ils ne viennent jamais frapper à notre porte. Ils n’ont aucune raison d’ailleurs de venir chez nous. Nous opérons un petit commerce pour les gens du quartier qui viennent de temps en temps. Si je devais payer un loyer mensuellement, il y a longtemps que j’aurais fermé boutique», soutient la commerçante. Elle va plus loin en disant que ceux qui vivent dans ces «gated communities» sont des gens qui sont de plus en plus individualistes.

«Il y a toute une génération de jeunes que nous ne connaissons pas. Les enfants ne viennent plus à la boutique du coin parce qu’ils vont tous à l’école en voiture. Que voulez-vous, c’est ça le développement, il faut l’accepter. Mais si on me demande ce que ces projets immobiliers ont changé à ma vie, je répondrai, rien de bon», réplique celle qui se souvient encore du temps où, devant sa boutique, passaient encore des charrettes tirées par des boeufs.

Vijay Busawon: «Golden age inn alé sa !»

Le président du conseil de district de Moka, Vijay Busawon, est d’avis que la région a connu une métamorphose nécessaire. Pour lui, la façon de vivre des gens aurait inévitablement changé même si le développement n’avait pas été là. «C’est aux habitants de s’adapter, aux commerçants aussi. Les gros commerces ont eu un impact sur les petites boutiques. Mais comment éviter cela ? Le gouvernement a tenté d’atténuer les répercussions mais on ne peut empêcher le développement. Golden Age inn alé sa !», soutient-il.

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