Travaux à Agalega: l’absence d’EIA fait peur

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Agalega est réputée pour abriter une faune et une flore très riches.

Agalega est réputée pour abriter une faune et une flore très riches.

Les premiers Indiens débarquent à Agalega le mois prochain pour préparer le terrain avant le début des travaux prévus en février. Au Parlement mardi, la ministre des Collectivités locales, Fazila Jeewa-Daureeawoo, a laissé entendre que l’Inde, qui est derrière le projet, n’aura pas besoin de permis d’Environment Impact Assessment (EIA) pour la construction d’une jetée et une piste d’atterrissage de trois kilomètres à l’île du Nord. Mais elle aura à soumettre un document au ministère de l’Environnement sur le type des travaux qu’elle réalisera.

Cette décision surprend dans la mesure où la faune et la flore de l’île sont très riches. Un professionnel de l’environnement, qui a travaillé à Agalega, insiste sur le fait que le promoteur aurait dû avoir ce permis pour protéger la riche biodiversité de l’île. Il cite l’exemple de Rodrigues. «Quand le consultant faisait une étude pour avoir le permis EIA afin de rallonger la piste de Plaine-Corail, il a découvert que le site initial était sur des caves abritant des oiseaux. Un endroit alternatif a finalement été identifié pour les protéger», indique-t-il.

Pour sa part, Aadil Ameer Meea, le député de l’opposition à l’origine de la question parlementaire, maintient qu’il n’est pas contre ce projet, mais il se de- mande pour quelle raison les travaux sont exemptés de ce permis. «L’île est vierge. Il ne faut pas la défigurer ou encore détruire la nature», insiste-t-il. Un des habitants d’Agalega, Arnaud Poulay, confirme que l’eau entourant l’île est riche en fruits de mer et que les coraux sont intacts. Les buissons sont également des abris préférés des oiseaux.

Cependant, Alain Langlois, le porte-parole de l’Association des amis d’Agalega, croit comprendre que même s’il y a une demande d’EIA, il sera difficile de contester ce que l’Inde proposera d’y construire. «Il n’y a pas d’autres sites alternatifs. Je ne pense pas que ce permis servira à grand-chose, mais le gouvernement doit surveiller à ce que le constructeur n’endommage pas l’écosystème», observe-t-il.

Au compte-gouttes

Mais le doute plane. Le gouvernement aura-t-il vraiment le contrôle sur les travaux entrepris dans l’île ? s’interroge Aadil Ameer Meea. Depuis plusieurs années, dit-il, il a soulevé plusieurs questions au Parlement sur ce projet, mais les réponses sont arrivées au compte-gouttes. Mardi à l’Assemblée nationale, il a interpellé la ministre pour savoir quel contrôle le gouvernement mauricien peut exercer sur le projet. Fazila Jeewa-Daureeawoo a répondu que des réunions sont en cours avec l’Inde. Ce pays a choisi le constructeur, à savoir Afcons Insfrastructure Ltd, pour les travaux.

Le député de l’opposition n’est pas convaincu. Est-ce que les 18 millions de dollars assignés de l’Inde seront suffisants ? À ce stade, le gouvernement mauricien n’en sait rien. Arnaud Poulay demande aux autorités de donner des détails du projet aux Agaléens. «Nous ne sommes pas contre ce projet de développement, mais il est important de savoir ce qu’ils feront sur l’île», fait-il remarquer.

Toutefois, Alain Langlois affirme avoir rencontré des représentants du haut-commissariat indien et des cadres d’Afcons Insfrastructure Ltd. Ces derniers, affirme-t-il, lui ont promis que la priorité sera accordée aux Agaléens quand il faudra recruter des travailleurs. «Nous sommes également tombés d’accord que les habitants de l’île se regrouperont en coopérative pour fournir des légumes, du poisson et du poulet aux ouvriers», souligne-t-il. Les habitants, selon lui, souhaitent participer pleinement au développement de l’île.

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