Human story: Je vous raconte mon cancer du sein

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Les thérapies de groupes à Link to Life permettent aux femmes de partager leurs expériences.

Les thérapies de groupes à Link to Life permettent aux femmes de partager leurs expériences. 

Octobre, ce mois rose, mois où les projecteurs, braqués sur le cancer du sein, font ressortir l’étendue d’une maladie en nette progression à travers le monde. Le cancer du sein est le plus courant à Maurice, selon les responsables d’ONG concernées. Pour celles qui le vivent de plein fouet, il est souvent difficile d’en parler.

«Cette maladie a laissé une empreinte très forte sur moi jusqu’aujourd’hui. Je n’arrive pas à l’appeler par son nom, à prononcer le mot qui la qualifie et que tout le monde prononce si facilement.» Vijam (qui ne souhaite pas donner son nom complet) a choisi de vivre son combat plus ou moins seule dès le début. En tous cas, dit-elle, elle n’a pas vraiment sollicité son entourage pour l’accompagner dans les différentes phases de traitement. Parce qu’elle a estimé qu’il s’agissait de son combat à elle. Parce qu’elle n’a pas souhaité imposer le choc de la nouvelle et la difficulté du traitement à ses proches. Elle a néanmoins accueilli à bras ouverts le soutien venu de différentes ONG.

«À Maurice, on ne parle pas ouvertement du corps, et encore moins du sein...»

Pour Selvina Moonesawmy, coordinatrice de l’association Link to Life, il est réconfortant pour certaines personnes souffrant d’un cancer du sein de se renfermer dans leur cocon. «Le regard des autres les effraie et elles ne souhaitent pas faire face aux multiples questions des amis et de la famille. Elles peinent déjà à supporter la maladie elle-même et ses différentes étapes, et pensent que partager leur vécu amplifiera leur souffrance. En gros, elles préfèrent la solitude qu’un trop-plein de questions qui leur compliqueraient la vie.» Pour Lise Salmy, qui a encaissé l’annonce du diagnostic officiel de cancer du sein il y a sept ans (voir encadré), en parler n’est pas si dur car elle est plutôt de nature ouverte. «Mais il faut faire attention, surtout au début, car il y a certaines personnes qui disent les choses maladroitement.»

Lise dit n’avoir reçu, pour sa part, que des réactions positives autour d’elle. «Je sais que ce n’est pas le cas pour d’autres personnes. Parfois, les perceptions autour du cancer sont fausses, stigmatisantes ou exagérées. J’ai déjà entendu des personnes autour de moi qui ne savaient pas ce que j’avais vécu et qui disaient que telle personne avait eu un cancer et qu’elle avait probablement dû faire quelque chose de mal pour que cela lui arrive. Comment on peut dire des choses pareilles ? La maladie ne s’achète pas.Il vaut mieux ne rien dire que de dire des paroles négatives quand on s’adresse à une personne malade.»

Et puis, indique Shamima Patel-Teeluck, présidente et fondatrice de l’association Breast Cancer Care, la difficulté d’en parler pour les principales concernées vient du fait que le cancer du sein touche la femme dans son intimité. «Le sein, c’est le symbole de la féminité. Alors évidemment, lorsque l’on subit une mutilation de ce membre, c’est tout un monde qui s’écroule. D’autant qu’à Maurice, selon nos cultures, on ne parle pas ouvertement du corps, et encore moins du sein et tout ce qui tourne autour.»

Selvina Moonesawmy, coordinatrice de Link to Life.

Pourtant, entre 500 et 600 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués par an à Maurice, selon les dernières statistiques du National Cancer Registry et de Statistics Mauritius. Même aujourd’hui alors qu’elle a bien avancé dans son traitement et commence à se sentir beaucoup mieux, Vijam a du mal à parler de cette partie de sa vie. «Je sais que j’ai eu beaucoup de chance et cela m’affecte d’entendre ou de lire dans les journaux que des personnes perdent leur combat contre cette maladie, parfois à un très jeune âge.»

Mais Vijam (voir encadré) est consciente de l’importance d’arriver à s’ouvrir sur le sujet. Ne serait-ce que pour partager des messages positifs de conscientisation sur le dépistage précoce, qui pourraient aider ou faire une différence, même minime, dans la vie d’autres personnes. «D’après mon expérience personnelle, j’encourage les gens à insister auprès des services de santé s’ils sentent que quelque chose ne va pas car plus tôt la maladie est dépistée, plus tôt le traitement pourra débuter. C’est un combat pour la vie !» Shamima Patel-Teeluck est d’avis qu’«en parler, c’est aider les autres, donner l’exemple, être leur modèle par rapport au chemin à emprunter vers la guérison. En parler ouvertement, c’est pouvoir atteindre plus de monde!»

Plus que d’aider les autres, la patiente s’aide elle-même en extériorisant ses émotions et son vécu, souligne Selvina Moonesawmy. «En parlant de leur maladie, elles essaient de raconter leur parcours aux autres et de ce fait, d’engager le soutien de leur entourage proche. En gros, pouvoir parler de sa maladie constitue la première étape d’une auto prise en charge, car la patiente démontre qu’elle est confiante et qu’elle fait face à sa maladie

Breast Cancer Care fait beaucoup de sensibilisation à propos du cancer du sein.

Le rôle du conjoint et de la famille dans le parcours d’une femme atteinte de cancer du sein est primordial, soutient Shamima Patel-Teeluck. «Malheureusement, aujourd’hui encore, un nombre considérable de femmes sont livrées à elles-mêmes, alors que les conjoints vont voir ailleurs. Elles doivent affronter la maltraitance subie par rapport à la mutilation de leur corps et les mots très durs qui viennent souvent des conjoints euxmêmes. Leur féminité est remise en question et les cas ne sont pas isolés. Beaucoup de femmes vivent cela, et ça a été mon cas. C’est ce qui explique ma compréhension pour ces femmes, leur solitude et désespoir. C’est pour cela qu’à notre niveau, à Breast Cancer Care, nous nous faisons un devoir d’encadrer aussi les conjoints et la famille

Vijam a surtout souhaité être épaulée par des personnes externes, venant notamment du personnel médical et d’ONG. «Dès l’annonce du médecin, je lui ai dit que je lui faisais confiance et que je suivrai les étapes qu’il m’indiquerait. Un ami maintenant décédé, m’a poussée à me joindre aux groupes d’écoute de l’association Befrienders. À partir de là, il y avait toujours quelqu’un de Befrienders qui venait me rendre visite à l’hôpital. De plus, ils avaient contacté l’association Link to Life, qui envoyait aussi quelqu’un. Donc, je me suis sentie bien soutenue

 Quant à ses proches qu’elle a souhaité protéger des dommages collatéraux de la maladie, ils sont restés forts devant elle et c’est de cette manière qu’elle a réussi à puiser le courage nécessaire pour avancer car, dit-elle, «finalement, cette force combative doit surtout venir de vous-même.»

Contacts utiles : Link to Life : 686-0666

 Breast Cancer Care : 698 6710

Cancer Association of Mauritius : 464 5777

 Le Clos de l’Espérance : 465 6128


Témoignages

Vijam : une force qu’elle puise en elle

«J’ai d’abord remarqué une grosseur un jour que j’étais sur mon lieu de travail. Je me suis dit qu’elle s’en irait sûrement toute seule… Mais elle est restée. J’ai été à l’hôpital et ai consulté un généraliste, qui n’a rien trouvé d’anormal. J’ai pensé que c’était une inflammation ou quelque chose du genre. Je ne savais même pas ce que signifiait le mot ‘cancer’. Je manquais beaucoup d’information sur le sujet, même si ma mère en avait souffert.

Plusieurs mois après, je suis repartie consulter car je savais que cette grosseur était anormale. J’ai été examinée par un jeune médecin qui m’a référée au département de chirurgie. C’est à partir de là qu’on a finalement détecté le cancer du sein. Le jour de l’annonce, le médecin m’a expliqué ce qui m’attendait et les étapes du traitement. Quelque temps après, j’ai subi une ablation, puis eu des traitements de chimiothérapie, et ensuite de radiothérapie, chacune avec son lot de difficultés, mais j’ai choisi de ne pas imposer ces différentes étapes à mes proches. Même si j’ai encore ma famille, je vis seule et je suis allée seule à mes séances de chimio et de radio.

J’ai commencé à fréquenter le centre Breast Cancer Care qui m’a bien accueillie et je me suis jointe aux activités de l’association. Aujourd’hui, j’ai bien avancé dans le traitement, je me sens beaucoup mieux, et mes cheveux ont fini par repousser. Mais je ne suis plus celle que j’étais. Les changements sont phénoménaux... Je ne souhaite pas m’étendre davantage dessus.»

Lise : s’armer du soutien des autres

«C’était un lundi soir, il y a sept ans, j’ai découvert une grosseur dans mon sein. De là, tout est allé très vite. Le lendemain, première auscultation au dispensaire, je suis référée vers un spécialiste à l’hôpital, j’y vais tout de suite. On me fait passer une biopsie deux jours après et une dizaine de jours plus tard, le résultat tombe: cancer du sein…

Je dois souligner le grand professionnalisme et l’approche très humaine du médecin à ce moment-là. Avant l’annonce, il m’a beaucoup préparée, m’a confirmé la présence d’une grosseur, m’a parlé de tous les traitements possibles, m’a rassurée, et seulement après toutes ces explications, qu’il m’a dit qu’il s’agissait d’un cancer et qu’une ablation était nécessaire. On était mardi. Il m’a dit de rentrer chez moi, de faire tout ce que je voulais faire, de bien me préparer psychologiquement et de revenir le lundi suivant pour l’opération.

Sur le coup de l’annonce, c’était comme si le monde s’écroulait autour de moi. La première chose que j’ai voulu faire en rentrant était d’aller voir ma maman. À 52 ans, j’avais besoin du réconfort de ma maman de plus de 80 ans. Il fallait déjà que je lui annonce. Malgré son âge avancé, ma maman m’a tout de suite apporté son soutien. Elle m’a dit: «Pourquoi tu pleures ? Remercies Dieu de l’avoir découvert à temps!» Mes sœurs, mon mari, mes deux enfants m’ont tous apporté leur soutien. Mes fils cherchaient beaucoup d’infos sur le net.

Le jour de l’opération, juste avant de par- tir en salle, le médecin est encore venu me voir, m’a dit que tout irait bien, a posé une main rassurante sur ma tête. Ces gestes et ces paroles m’ont beaucoup aidée.

L’opération s’est bien passée. L’année qui a suivi a été très dure. Il y a eu la chimiothérapie, un moment très difficile. Il y a eu des fois où j’ai voulu laisser tomber la séance de chimio, mais mes enfants et mon mari m’ont poussée à y aller. La radiothérapie était moins dure. Aujourd’hui, j’ai encore des cachets à prendre mais je vais bien.

Mon mari m’a toujours énormément soutenue mais ce n’est que plus tard que j’ai réalisé à quel point il avait aussi souffert. Lui, ma mère et les enfants ont été très forts et ne me laissaient pas voir leur peine. Longtemps après que ma santé se soit améliorée, ma voisine m’a dit que mon mari lui avait confié ne plus pouvoir me voir souffrir autant, et qu’il aurait voulu pouvoir prendre une part de cette souffrance sur lui. Sur leurs visages, on pouvait voir que c’était dur pour eux mais ils n’en parlaient pas pour que je ne sois pas découragée. Cela me faisait mal aussi alors j’en parlais avec les thérapeutes des associations auprès de qui j’étais allée chercher du soutien, notamment Link to Life et Le Clos de l’Espérance. Il y a certaines réponses que la famille et les proches ne peuvent apporter. Les ONG et leur équipe paramédicale aident beaucoup à ce niveau. On se sent davantage encadrés.

Je suis consciente que j’ai eu énormément de chance d’avoir autant de soutien. Il y avait des personnes autour de moi qui étaient seules dans leur combat contre le cancer du sein, car leurs proches ne pouvaient plus supporter la pression.

 Aujourd’hui, je vois la vie différemment. Auparavant, je me souciais de toute chose, je réfléchissais beaucoup trop, je planifiais tout ! Maintenant, je prends la vie comme elle vient, je vis au jour le jour. Si un problème survient, on verra ce qu’on peut faire. Aujourd’hui, c’est aujourd’hui. Pour demain, on verra le temps venu ! C’est comme si une nouvelle vie commence pour moi, comme une deuxième naissance ! J’ai beaucoup plus confiance en moi, je me sens plus forte pour affronter toutes les situations. Si d’autres femmes comme moi font face au cancer du sein et qu’elles ont peur de sortir de leur cocon, j’ai envie de leur dire de ne pas avoir peur de parler, de s’ouvrir et de profiter de la vie!»

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