Gard: 10 ans de réclusion requis contre une jeune femme parricide

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Dix ans de réclusion criminelle ont été requis mardi devant les assises du Gard contre Carmen, 22 ans, jugée pour avoir tué son père d’une balle dans la nuque en 2016 dans un contexte de violences intra-familiales.

Tyran domestique, violent et menaçant, ou travailleur irréprochable faisant tout pour les siens ? Devant la cour d’assises, deux familles - celle du père tué et celle de sa femme - qui ne se sont jamais acceptées et deux thèses s’affrontent depuis lundi autour de la personnalité du chef de chantier de 41 ans, un gitan d’origine espagnole.

La jeune femme, qui encourait la réclusion criminelle à perpétuité, «a commis un crime émotionnel» pour «libérer sa famille», a estimé l’avocat général Alexandre Rossi, assurant que «l’intention homicide» était caractérisée et que Carmen, qui affirme n’avoir pas voulu tuer et n’avoir pas su que l’arme était létale, a «menti». Carmen n’a pas «tiré en l’air» mais «dans la tête de son père qui était assis, de dos, seul et sans défense», a-t-il souligné.

L’avocat général n’a pas nié «le contexte» de violences mais a estimé que le père aurait dû être jugé pour ces faits et non «exécuté». Il a refusé que l’on «noircisse» la victime pour «sauver Carmen», y compris avec des «clichés nauséabonds» visant les gitans.

M. Rossi a requis une peine complémentaire d’interdiction de séjour dans le Gard, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse, parlant de «mesure de sûreté» alors que Carmen a dû être transférée de la prison de Nîmes à Saint-Étienne et sa mère et ses cinq frères et sœurs quitter Beaucaire après des «menaces».

- «Énorme gifle» -

«Je ne veux pas que ce soit un procès caricature», a martelé l’avocat général, parlant en toile de fond d’une atmosphère de «règlements de compte entre les Montaigu et les Capulet» dès le soir du drame et tout au long du procès.

«Au début, il ne parle pas, après il insulte, puis il tape», avait décrit mardi matin Carmen, 22 ans, incapable de parler au passé d’un père qu’elle «aime encore». Le 1er avril 2016, a-t-elle décrit, son père est énervé et met «une énorme gifle» à sa femme en fauteuil roulant, Emmanuelle, qui souffre d’une myopathie. Les enfants s’interposent.

Le père ordonne alors à Carmen d’aller chercher son pistolet et d’y mettre une balle. Alors qu’ils sont dans le salon, la jeune fille tire dans sa direction pour «le calmer». Touché à la nuque, le chef de chantier dans le bâtiment de 41 ans était mort presque immédiatement après.

D’une voix faible, entrecoupée de sanglots, sa mère, 43 ans, avait décrit lundi soir le calvaire vécu pendant une vingtaine d’année auprès de Miguel, dont elle était tombée «folle amoureuse» à 17 ans et avec qui elle a eu six enfants. «Si tu pars, je te mets une balle dans la tête, tu es à moi», la menaçait-il. Elle n’ose pas partir ou demander de l’aide par «peur des représailles».

La famille Gabarri s’est, elle, inscrite radicalement en faux contre la description faite de la victime. Son père et ses frères décrivent un «travailleur qui voulait le bien de sa famille». Son meurtre ? Le fruit d’un «complot», les problèmes ayant surgi selon lui parce que Carmen «aimait un garçon», ce que la jeune femme dément.

Provoquant plusieurs interruptions d’audience, la famille gitane, dont de nombreux membres sont présents dans la salle d’audience, n’accepte pas que la mémoire du défunt soit «salie» et a exprimé sa «douleur» par l’intermédiaire de ses avocats.

Lundi, deux psychiatres ont souligné qu’ils n’avaient relevé «aucune velléité de manipulation» de la part de Carmen, aînée de la fratrie traitée comme «la bonniche» et souffrant de «stress post-traumatique» après avoir grandi «dans une ambiance insupportable».

Le verdict est attendu mardi. 

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