Jean-Michel de Senneville: «L’âge n’est pas une raison pour ne pas faire certaines choses»

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Le Mauricien a tenté un coup de poker en validant sa victoire en trois essais.

Le Mauricien a tenté un coup de poker en validant sa victoire en trois essais.

Il s’était fixé un défi depuis plus de deux ans et demi. Malgré ses 70 ans, l’ex-politicien Jean-Michel de Senneville la voulait, cette médaille d’or au saut à la perche. Une médaille qu’il est parvenu à décrocher, dans la catégorie des 70-74 ans, lors des Championnats du monde masters à Malaga, en Espagne.

Cette aventure, Jean-Michel de Senneville la débute il y a plus de deux ans et demi, en allant rencontrer Vivian Gungaram, président de l’Association mauricienne d’athlétisme. «Au lieu de courir à Jin Fei sur le tartare, je suis allé chercher ma carte d’athlète auprès de Vivian et je nis par être enregistré comme athlète, c’est là où tout commence», confie le septuagénaire.

Ses deux frères, sa belle-sœur et Sylvie Ah Kang étaient présents pour supporter Jean-Michel de Sennevile durant la compétition.

Jean-Michel de Senneville forme une petite équipe pour voir ses fautes en compétition locale. Petit à petit, l’objectif de Malaga 2018 prend naissance. Compétiteur dans l’âme, il met en place un programme et un régime d’entraînement spécifique qui le mènent vers l’une des clés de sa réussite. «Ce que je recommande à tout le monde, c’est de connaître ses adversaires. Leurs antécédents, leur progression pour avoir un prol type bien clair des compétiteurs. J’étais le premier inscrit car j’attendais cela et puis sont venus s’ajouter 13 compétiteurs. Et j’ai fait ce qu’il fallait pour avoir un maximum d’information sur eux.»

S’il avoue avoir étudié en profondeur ses adversaires, il était loin de se douter qu’Air France allait perdre sa perche lors de son transit à Charles de Gaulles pour rejoindre Malaga. «On me dit qu’il n’y a pas de perche et qu’on ne sait pas où est ma perche. Là, je ne pouvais pas perdre de temps avec cela et je devais faire comme si tout était correct», se souvient-il.

Le Mauricien aura étudié tous ses adversaires pendant ces deux dernières années.

Alors qu’il était pris d’un sentiment qu’il estime fataliste, au matin de la compétition, un Anglais qui avait concouru chez les moins de 40 ans décide de lui prêter son sac. Il n’arrive toutefois pas à l’ouvrir.

Une dénommée Anna, s’occupant des équipements, lui propose alors de regarder dans le store, sous les gradins, où il trouve une perche en rien similaire à la sienne. «Tu as travaillé deux ans et demi pour cela mais là on te coupe les jambes», se remémore-t-il.

Toutefois, de cette mésaventure viendra sa gestion incroyable de cette compétition. «12 à 15 sauts, ce n’était pas envisageable. Je devais compter sur 2 à 3 sauts dans l’inconfort total car je ne savais pas ce qui allait se passer avec la perche», relate Jean-Michel de Senneville. Ce qui le pousse à démarrer directement à 2 m 60.

Il passe la barre «comme une eur», s’attirant l’attention des compétiteurs. «La suite, je ne fais pas 2 m 70 ni 2 m 80 mais directement 2 m 90. Valdis Cela regarde ce cinéma et se laisse prendre au jeu car il s’est fatigué en sautant jusqu’aux 2 m 80. Mes 2 m 90 commencent à le travailler et il casse son premier essai à 2 m 90.»

Jean-Michel de Senneville posant fièrement avec sa médaille d’or dans les locaux de La Sentinelle.

Jean-Michel de Senneville explique que c’est là où il gagne et c’est là où le Letton perd cette compétition car «après 2 m 90, l’élévation passe à 5 centimètres mais je décide de passer directement à 3 m 00. Il ne veut pas me lâcher et dit qu’il va sauter à 3 m 00 lui aussi. Comme un ballon d’oxygène pompé

par l’adrénaline, je passe les 3 m 00 et lui aussi. Plus tard, à la dernière minute, je signale à l’ofciel que je ne vais pas sauter 3 m 05 mais aller à 3 m 10. Il entre dans le piège car il fait la même chose, sachant qu’il aurait pu passer à 3 m 05. On casse tous les deux à 3 m10, donc on redescend où on est ex-aequo à 3 m 00. On redescend encore à 2 m 90 où moi je suis passé et lui a cassé à son premier essai».

Placé sur la plus haute marche du podium à Malaga, Jean-Michel de Senneville indique : «C’est quelque chose qui prend du temps à réaliser mais que tu prends humblement. Je peux aussi dire que le prisonnier aime sa prison car je suis retourné au stade les deux jours suivants. Tu ne peux pas être champion, ni en un jour, ni pour un jour. Tu te coupes de la société et c’est un voyage personnel car c’est un engagement dans une espèce de tunnel ou tu es en train de te gérer», explique l’ancien membre du PMSD devenu champion du monde.

Enfermé dans cette bulle, il souligne le soutien de sa famille, de Sylvie Ah Kang et de ses proches auprès de lui. «On a créé un lien et même une petite Pole vault Academy avec des jeunes comme Jordan Jolicoeur, Juliano Lache, Nathan Lebon et deux garçons sourds-muets qui peuvent se débrouiller. Ils sortent de rien et badinent maintenant entre 2 m 50-2 m 60. Je côtoie ces jeunes tous les jours. C’est cette énergie que je pompe et qui fait que je suis ce que je suis», reconnaît-il.

«Maurice a un potentiel énorme qui demande à être canalisé. L’administration n’a toutefois pas encore compris qu’il y a les Masters qui peuvent prendre en charge, sur le plan motivation, des athlètes et toute la population à partir de 35 ans. Cela va motiver toute une population et va se répercuter au niveau de la productivité au travail, la santé et tout un ensemble. L’âge est une mauvaise raison pour les gens de ne pas faire certaines choses. Si moi j’ai pu le faire, tous les Mauriciens peuvent le faire sans aucun doute», conclut Jean-Michel de Senneville qui vise désormais la reconquête de son titre à Toronto en 2020.

Bio Express

Outre sa courte carrière sportive, Jean-Michel de Senneville, né à Curepipe, s’était lancé dans la politique dans les années 60. On se souvient de lui comme l’homme ayant recueilli Rs 5 millions pour la campagne électorale de 1976 pour le compte de feu sir Gaëtan Duval. Ancien membre du PMSD, Jean-Michel de Senneville avait égalé le record de Maurice au saut à la perche en 1965 avant de poser sa perche pendant plus de 50 ans.

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