Journée mondiale: des malentendants font parler leur talent

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(De g. à dr.) Nawful Allybocus, Yasheem Sumun et Mervyn Anthony.

  (De g. à dr.) Nawful Allybocus, Yasheem Sumun et Mervyn Anthony.  

Atteints de surdité, ils n’ont pas pour autant renoncer à leurs ambitions. Exerçant dans la conception graphique, le coaching et le sport respectivement, Nawful Allybocus, Mervyn Anthony et Yasheem Sumun ont trouvé une autre voie pour se faire entendre. Rencontre à l’occasion de la Journée mondiale des sourds célébrée ce dimanche 23 septembre.

Assis à une table à la Society for the Welfare of the Deaf, Nawful Allybocus, 24 ans, pianote sur son clavier d’ordinateur. Sourd et souffrant d’une malformation à la main gauche depuis la naissance, le jeune homme ne se laisse pas pour autant abattre. Sur un site de vente en ligne, il nous montre ses créations graphiques. Affiches, logos et autres travaux portent sa griffe.

«Depuis l’enfance, j’ai vécu les choses normalement. J’ai effectué ma scolarité à l’École des sourds où j’ai appris la langue des signes. Après le primaire, j’ai débuté un programme préprofessionnel», explique-t-il à travers Artee Bissoonauthsing, gestionnaire du centre et interprète du jour.

«Vers mes 18 ans, j’ai entamé des cours avancés en conception graphique et des sites web. Je travaille sur des logiciels tels que Photoshop, Indesign, Illustrator. J’adore l’informatique car c’est visuel et je m’adapte bien. Exercer un autre métier serait bien plus difficile», indique-t-il.

Complétant son programme après deux ans, il intègre l’Inova Business Park. Au départ, il esquisse des croquis pour les travaux. Puis, l’employeur lui demande de les concevoir graphiquement. Un défi que Nawful Allybocus relève haut la main. Travaillant aujourd’hui au sein d’une équipe de quatre personnes, le jeune homme veut désormais créer sa propre entreprise, motivé par la multitude d’idées qu’il veut concrétiser.

«Rien d’alarmant à être handicapé»

Comme lui, Mervyn Anthony, 40 ans, n’a pas baissé les bras. Né avec un handicap moteur et des difficultés d’élocution, il souffrait d’une surdité à l’oreille gauche qui s’aggrave graduellement. «Je suis devenu complètement sourd à 13 ans», confie-t-il.

Issu d’une famille modeste, sa mère et sa grand-mère l’encadrent au mieux pour une enfance heureuse. Fréquentant les collèges Windsor et Hamilton dans le sud de l’île, il est entouré d’amis et d’enseignants inclusifs, respectueux, tolérants.

Assoiffé d’apprentissage, Mervyn Anthony effectue une maîtrise en administration des affaires à la Management College of South Africa. «Il n’y a rien d’alarmant à être handicapé.» Et même si sa route est parsemée d’embûches, Mervyn Anthony en sort grandi.

Fort de ses expériences dans les domaines légaux et de la gestion, Mervyn Anthony a lancé sa startup depuis 2010. Celle-ci se base sur le Disability International Coaching. Une autre spécialisation – l’Interactive Communication – cible le marché de la publicité et la gestion de la relation clientèle. «Ma start-up repose sur une stratégie visant à renforcer l’image d’une personne autrement capable. À travers la mienne, je peux attirer l’attention des investisseurs locaux et internationaux.»

«Certains me regardaient différemment…»

De son côté, Yasheem Sumun, 27 ans, s’est tourné vers le sport. Depuis janvier 2018, il est professeur d’éducation physique au sein de l’Association des parents des déficients auditifs (APDA). Sourd à la naissance, il fait face à des moqueries des voisins : «Certains d’entre eux me regardaient différemment et gardaient leurs enfants loin de moi. J’en avais assez et je voulais arrêter l’école.»

Heureusement, sa maman et sa sœur lui apportent leur soutien dans le tutorat et le rattrapage à la maison tandis que ses cousins le protègent des médisances. Au cycle primaire, Yasheem Sumun étudie à l’APDA et réussit à obtenir son Certificate of Primary Education.

En l’absence d’un établissement secondaire pour les sourds, il intègre le collège Aleemiah Boys parmi les élèves entendants. Mais il se heurte à moult difficultés : «Il n’y avait pas d’interprète. Je devais donc lire sur les lèvres des enseignants et prendre les notes sur les cahiers des amis. Certains se moquaient de moi et essayaient de jouer avec mon appareil auditif, croyant que c’était des écouteurs.»

Le jeune homme s’accroche et obtient son Higher School Certificate. Il s’inscrit alors à l’université de Maurice en 2012 pour un programme en web design et multimedia. Il abandonne toutefois après un an, ayant du mal à suivre les cours. «Ces domaines m’ont toujours passionné. Nous utilisons souvent la technologie pour communiquer, lire les informations, regarder les vidéos soustitrées, etc.», explique-t-il.

Après avoir quitté l’université, il se lance dans l’athlétisme au sein d’un club de sport pour les sourds. Il a d’ailleurs participé aux compétitions pour les sourds et a décroché des médailles. Parallèlement, Yasheem Sumun participe à des conférences et ateliers de travail pour la fédération sportive pour les sourds. Intégrant l’APDA, le jeune homme initie les enfants des Grade 1 à 9 au football, badminton, handball, à l’athlétisme et la natation, assisté par des entraîneurs de la fédération.

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