Henry Li Wan Po: la considération familiale avant tout

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Henry Li Wan Po, CEO du groupe Li Wan Po Co. Ltd

Henry Li Wan Po, CEO du groupe Li Wan Po Co. Ltd

Le détaillant alimentaire Li Wan Po & Co Ltd fête, cette année, son centième anniversaire. Voici les grandes lignes de cette saga familiale à travers les yeux de son Chief Executive Officer, Henry Li Wan Po.

Un septuagénaire affable et franc, mais surtout soucieux de ménager les susceptibilités de tous en raison de la considération qu’il a pour la famille. C’est ainsi que nous apparaît Henry Li Wan Po. Au cours de l’entretien, des phrases telles que «family priority comes before business priority» ou encore «family duty calls» reviennent régulièrement sur le tapis.

L’implantation de la famille Li Wan Po à Maurice débute avec Li Ren Xing et Emmanuel Li Wan Po, respectivement arrière-grand-père et grand-père de notre interlocuteur. Li Ren Xing est un intellectuel originaire du village de Mei Xian, dans la province de Canton, en Chine. Il y exerce comme maître d’école, tout en rêvant d’une meilleure vie pour les siens. Et lorsqu’il voit des Chinois partis chercher fortune ailleurs et à Maurice, revenir au pays et ramener de l’argent, il se dit qu’il est temps de franchir le pas.

Li Ren Xing emmène avec lui son fils Emmanuel, qui n’a que 15 ans. Les deux posent pied à Maurice en 1901. Li Ren Xing tente d’abord d’enseigner le hakka aux enfants nés de parents chinois. Ses élèves sont peu nombreux, malgré ses efforts. Il doit faire contre mauvaise fortune bon coeur et se lancer dans le commerce. C’est ainsi qu’il va s’installer à Bel-Ombre et ouvre une boutique de commerce au détail non loin de la sucrerie. Li Ren Xing finit par s’adapter à sa nouvelle vie et avec l’aide de son fils Emmanuel, la boutique prospère.

Un résultat positif qui l’incite à déménager et à ouvrir une boutique à la rue Magon, à Port-Louis. Il réussit à fidéliser une clientèle importante. Il doit retourner en Chine à cause de sa santé défaillante, mais il est confiant que son fils Emmanuel, qui a un sens très développé des affaires, est capable de reprendre les rênes du commerce. Li Ren Xing regagne sa terre natale en 1915.

Emmanuel Li Wan Po veut avoir pignon sur rue au centre de la capitale. Si bien que lorsque l’occasion se présente, il loue un emplacement au 19, rue de La Reine à Port-Louis. On est en 1918. C’est le début de la boutique Li Wan Po, qui va se lancer dans la vente de produits alimentaires de base, de cigarettes et de petits articles de quincaillerie et d’autres produits de première nécessité.

Emmanuel Li Wan Po se marie et a 16 enfants, soit 13 garçons, Raoul, Michel, André, James, Fernand, Cyril, Ahvee, Ahpit, Danny, Jacques, Paul, Alain, et Georges, puis trois filles Ahchoon, Suzy et Jacqueline. Raoul, le fils aîné, est le premier manager de Li Wan Po & Cie. Par la suite, ses autres fils, Michel, Ahvee, Jacques, prendront le relais.

Chez les Li Wan Po, on respecte scrupuleusement les traditions ancestrales, notamment celles des promesses d’union. Raoul Li Wan Po a été promis à Hwang Kun Yun alors qu’il n’a que six ans, et cette dernière, quatre ans. Leurs deux familles ont d’ailleurs scellé leur accord en échangeant un coq et une poule. Henry Li Wan Po est admiratif devant le fait que les deux promis que sont ses parents aient tenu, à l’âge adulte, les engagements pris par leurs aînés. Raoul et Kun Yun Li Wan Po se marient et ont cinq enfants, Alice, Philippe, Kin Sen, George Raoul et Henry.

Leur grand-père Emmanuel est un homme d’affaires avisé qui part régulièrement en Chine pour ramener de l’argent au reste de la famille et veiller à l’entretien de la maison familiale en bois qui existe toujours dans le village de Mei Xian. Il présidera d’ailleurs, en 1940, la Chambre de commerce chinoise.

Raoul Li Wan Po veut larguer les amarres et lancer son propre business mais sans coup d’éclat et sans gêner la famille. S’étant assuré de la relève de la boutique Li Wan Po, il s’en va pour Hong Kong pour ouvrir un bureau de représentation de grandes marques. Par la suite, les autres managers, Michel, Ahvee et Jacques assurent la relève de la compagnie à la rue La Reine. Philippe, l’aîné de Raoul, ouvre un autre magasin, le Hong Kong Store, pour vendre des produits non alimentaires afin de ne pas concurrencer son grand-père, à la rue Louis Pasteur.

Après une scolarité primaire à l’école de la Salle à Port-Louis, Henry Li Wan Po obtient son admission au collège St Esprit. Étant à l’affût de tout ce qui se passe autour de lui, lorsqu’il obtient son Higher School Certificate, il veut étudier le marketing, qui est un domaine nouveau pour Maurice. Avant d’intégrer la London Polytechnic, en Grande-Bretagne, Henry Li Wan Po donne un coup de main chez Hong Kong Store. Une fois installé à Londres, il entame et complète ses études de marketing. Un choix qui lui réussit.

«Tour de l’Asie»

Dans l’optique de lui donner une plus grande ouverture sur le monde, son père Raoul l’encourage à le rejoindre à Hong Kong et à faire un tour de l’Asie. «J’avais cru au départ qu’il voulait me marier. En fait, il avait l’habitude de dire que si on veut se pendre, il vaut mieux le faire à un grand arbre plutôt qu’à un arbrisseau. Il voulait que j’aie plus d’exposure.» Ensemble, ils visitent aussi Taiwan et Singapour. Au bout de trois mois, Henry Li Wan Po regagne Maurice.

Voulant faire ses preuves ailleurs que dans le business familial, il songe à un moment à répondre à un appel de candidatures du ministère du Commerce qui cherche un Marketing Executive. Après mûre réflexion, il se ravise en pensant à son frère Philippe qui porte tout seul la responsabilité de Hong Kong Store. «Cela aurait été injuste de le laisser continuer à porter tout sur ses épaules. Ensuite, comme je rentrais de mes études, j’avais de nouvelles idées que je voulais appliquer.»

Il rejoint Hong Kong Store. Son frère et lui travaillent sept jours sur sept. «J’étais venu avec l’enthousiasme d’appliquer tout ce que j’avais appris en Grande-Bretagne mais je n’ai réussi à mettre en pratique que 30 % en raison de la petitesse du marché mauricien et de sa sophistication moindre. J’ai dû me calmer, d’autant que Philippe a un caractère fort.»

Sous cette double direction, les ventes à Hong Kong Store cartonnent, surtout les jours de soldes annuelles. À la fin des années 80, Henry Li Wan Po se joint à Li Wan Po & Co pour renforcer l’équipe existante, qui comprenait ses cousins, Denys et Peter Li Wan Po.

Ce que Henry Li Wan Po apporte à la boutique centenaire, c’est un meilleur contrôle et plus de rigueur comptable. C’est aussi lui qui introduit les pâtes de la marque San Remo à Maurice. On lui reproche parfois la scission de son temps entre les deux affaires. Il réplique qu’il est toujours présent lorsqu’il y a du «trouble shooting» et que le «quality time est plus important que le quantity time».

Dans les années 90, Philippe s’est aussi lancé dans le textile et cela a donné la création de RT Knits, classée à la 69e place dans le Top 100 Companies en 2017. Cette usine est talonnée, la même année, par Li Wan Po et Cie.

En sus d’étendre les gammes de produits alimentaires vendus par Li Wan Po et Cie, le CEO a décentralisé les entrepôts et les bureaux de vente et de marketing à Riche-Terre. Il a aussi pour projet de rénover la boutique, à la rue La Reine.

«Ce ne sera pas une démolition mais une rénovation majeure qui conservera l’aspect bois du bâtiment mais avec une nouvelle architecture. Nos plans sont prêts et nous avons fait nos demandes de permis depuis plusieurs mois. Nous devions commencer cette rénovation en mai mais nous attendons encore les permis de la mairie.» Il voudrait aussi voir Li Wan Po et Cie se lancer dans la production et la fabrication et dans d’autres nouvelles lignes. Nous n’en saurons pas davantage.

Henry Li Wan Po pense que sa retraite est «long overdue». Il estime que les plus jeunes de la quatrième génération pourront, d’ici peu, assurer la relève, car les membres de la famille doivent avant tout acquérir assez d’expérience pour assumer d’importantes responsabilités. «Très souvent et à tort, on a tendance à se dire : sé nou dimounn ek met li responsab. They should prove themselves.» On l’a bien compris, chez lui la méritocratie doit primer.

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