Sawmynaden Sunassee: «Je ne crois pas que la méritocratie existe à Maurice»

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Sawmynaden Sunassee, nouveau président de la Mauritius Head Teachers Association. © Beekash Roopun

Sawmynaden Sunassee, nouveau président de la Mauritius Head Teachers Association. © Beekash Roopun

Sélection vs ancienneté : le débat s’enflamme davantage chez les maîtres d’école. Alors que la Government Teachers Union (GTU) monte au créneau, quel est le sentiment des maîtres d’école ? La résistance au changement est-elle implacable ? Sawmynaden Sunassee, fraîchement nommé président de la «Mauritius Head Teachers Association» (MHTA), s’explique.

Une pétition de la GTU pour dénoncer les nouveaux critères de sélection des chefs d’établissements du primaire a réuni 3 000 signataires. Une grève de la faim n’est pas à écarter. Ces revendications sont-elles justifiées ou est-ce beaucoup de bruit pour rien ?
Écoutez, ce n’est pas pour rien. La GTU conteste la sélection pour le poste de maître d’école. Ce poste a toujours été rempli selon le mérite et l’expérience, en se basant sur le système de l’ancienneté. À la MHTA, nous sommes farouchement contre la sélection…

Pourquoi cette opposition si… «farouche» ?
Moi, je m’y oppose farouchement. J’ai été nommé sous l’ancienneté. D’ailleurs, la recommandation pour la sélection date de 2008, et donc du rapport du Pay Research Bureau (PRB). L’argumentation de ce rapport se base sur le fait que ceux assumant le poste de maître d’école sont trop vieux.

Nous ne sommes pas d’accord. Mo paret vié mwa ? On nous accuse de manquer de dynamisme, qu’on est trop vieux…

Donc, les «papis» font de la résistance ?
Regardez au niveau du ministère. Désormais, tous les hauts fonctionnaires sont des vieux. Les maîtres d’école possèdent entre 35 et 40 ans d’expérience dans le service. Idem pour les assistants maîtres d’école. Ils administrent l’établissement.

Ce système d’ancienneté a fait ses preuves. Tout marche à merveille dans les écoles. Par contre, avec la sélection, les contestations se produisent. On a peur. Qui dit sélection, dit opacité, passe-droit. Parfois, ce ne sont pas les personnes méritantes qui décrocheront ces postes. Je le redis : pourquoi ne pas continuer avec le présent système fonctionnel depuis 1993 ?

Vous semblez être totalement réfractaire au changement…
On est opposé au changement pour la promotion et nomination des maîtres d’écoles dans notre système car celui-ci est efficace. On est solidaire avec l’action de la GTU.

D’un autre côté, nous accueillons favorablement les changements de réforme, entre autres. Mais la sélection, je n’y crois pas. Combien de cas sont contestés en cour à la suite des sélections de la Public Service Commission (PSC) ? Avec la sélection, il y aura une frustration générale dans l’enseignement pour ceux qui ne seront pas promus, dont les assistants maîtres d’école qui ont de l’expérience.

Combien sont-ils au juste ?
À Maurice, nous avons les écoles selon le Government Establishment et celles de la Roman Catholic Education Authority. Notre association regroupe celles de l’État. Nous avons 242 maîtres d’école. Quant aux assistants, ils sont environ 600.

Si l’ancienneté demeure votre logique, un jeune ne pourrait donc pas exercer comme maître d’école ?
Le maître d’école est un leader. Il y a une équipe qu’il doit mener. Je n’ai pas dit qu’un jeune ne peut pas. Imaginez une femme avec 40 ans d’expérience et qui connaît tous les rouages. Demain, avec la sélection, elle n’est pas promue. À l’inverse, on a un jeune diplômé avec 12 ans de service. Il postule, est sélectionné et devient maître d’école. La frustration sera évidente.

Pourtant, l’objectif de la sélection est de promouvoir la méritocratie et l’égalité des chances…
Croyez-vous que la méritocratie existe à Maurice ? Je ne le crois pas. Regardez partout autour de vous. Je crois qu’il faut revoir le fonctionnement de la PSC. Il y a une mauvaise perception de l’établissement.

Il faut plus de transparence, d’explications, de communication. Comment les gens sont promus ? Sur quelle base et quels critères ? S’il y a un examen, quel panel préparera le papier ? Vais-je connaître mes points ?

À ce stade, 1 200 à 1 500 personnes en ont fait la demande. Comment les départager ? Il faut faire un examen. Après les résultats, saurais-je pourquoi je n’ai pas été sélectionné ? Tout est ambigu. Voilà pourquoi je parle d’opacité. On préfère l’ancien système.

Si le gouvernement va vraiment de l’avant, il y aura un tel découragement. D’ailleurs combien seront promus ? 75, 100 sur 1 500 à 2 000 applications ? Les gens expérimentés seront démotivés, ce qui est néfaste pour l’éducation.

En revanche, les anciens sont déjà passés par une sélection pour intégrer le service. Ils ont la formation, les certificats académiques et ont upgrade leurs qualifications. Auparavant, vous entriez avec un School certificate et restiez statique.

Le salaire est aussi décrié dans le primaire. Tout comme le «Teacher’s Diploma Primary». Que faut-il faire, selon vous ?
Il faut impérativement démarrer le programme de Bachelor in Education. Que tout enseignant puisse avoir cette licence et suivre ses cours au Mauritius Institute of Education. À ce stade, on n’a pas encore commencé. Un accord en ce sens aurait été fait. Il s’agit d’une recommandation du PRB formulée 30 ans plus tôt. Pourquoi le gouvernement ne le démarre pas ?

Quant aux nouveaux critères, il faut faire un front commun de la GTU, la MHTA et la Deputy Head Teachers Union, une grande assemblée et mobiliser toutes les parties concernées. Il faut faire geler la sélection. Il me semble qu’une injonction en ce sens a déjà été faite en cour.

Cette année, la sécurité dans les écoles a été compromise, notamment avec plusieurs cas agressions du personnel enseignant par des parents d’élèves. Qu’en est-il actuellement ?
Les fléaux de la société se ressentent à l’école. Il y a tant de problèmes que l’on entend chaque jour. Il y a la violence dans la rue et partout d’ailleurs. Puis, les enfants ne sont plus ceux que nous avions autrefois. Beaucoup proviennent de familles brisées. Ils doivent avoir deux parents pour une bonne stabilité et un développement holistique.

L’école doit être un lieu où il fait bon vivre. Le maître d’école doit partager ce bien-être-là avec les enfants. De leur côté, les parents ont aussi vécu la violence et l’exercent. Il y a eu quelques cas au primaire mais ce n’est pas énorme…

Pourtant, une demande de renforcement de la sécurité a été formulée par plusieurs établissements.
En effet, on a fait une demande au ministère de l’Éducation pour un agent de sécurité de jour dans chaque école primaire afin d’en contrôler l’accès. Le gouvernement l’a fait pour une vingtaine d’établissements dits à haut risque. Nous croyons qu’il faut le faire dans toutes les écoles.

En sus de poster un agent de sécurité au portail, il faut un écriteau indiquant les sanctions encourues si un officier est agressé sur son lieu de travail.

L’âge avancé des gardiens a aussi été critiqué. Votre avis ?
Je dénonce cette pratique. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. C’est une société de gardiennage qui détient le contrat. On fait un appel pour que cette entreprise recrute des personnes formées avec des certificats de moralité et armées pour des interventions. L’entreprise recrute des retraités. On a fait part de nos griefs au ministère. Il faut des gens capables.

Vous savez, à l’école, il y a des équipements coûteux, comme 100 à 200 tablettes, des projecteurs valant Rs 500 000, des ordinateurs portables, etc. Il faut des agents vraiment genuine.


Bio express

Sawmynaden Sunassee est le tout nouveau président de la MHTA. Il a été nommé il y a deux semaines. Après sa formation dans les années 1975, il débute sa carrière dans l’enseignement à l’école primaire de Saint-Hubert. En 2006, il est promu au poste d’assistant maître d’école à James Toolsy, à Curepipe. Il devient maître d’école à la Rose-Belle North School vers 2016-2017. Et depuis mai 2018, il est à la tête de la Curepipe Road Government School.

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