Toujours revendicative, la Techno Parade monte le son pour ses 20 ans

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Des participants à la Techno Parade, le 23 septembre 2017 à Paris.

Des participants à la Techno Parade, le 23 septembre 2017 à Paris.

Vitrine festive de l’électro, la Techno Parade célèbre ses 20 ans samedi à Paris avec un allié de poids, symbole de la reconnaissance d’un courant musical longtemps diabolisé: pour la première fois, la Sacem affrète un «sound system» avec la crème des DJs.

Chargé de la répartition des droits d’auteurs, l’institution rejoint le grand charivari musical en s’associant avec le Rex Club, temple parisien de la techno, et le magazine spécialisé Trax. Signe de la place nouvelle de la musique électronique, trois mois après avoir été invitée pour la première fois à l’Elysée pour la Fête de la musique.

«La Sacem est aussi la maison de l’électro, qui fait rayonner la France dans le monde. Il était naturel d’être aux côtés de nos amis de la Techno Parade pour fêter leurs 20 ans», explique à l’AFP son directeur général Jean-Noël Tronc. «Trop souvent, l’électro a été laissée de côté.»

Aux platines du char de la Sacem, un pionnier de la «rave» française Electric Rescue et Arnaud Rebotini, compositeur de la BO de «120 Battements par minute» récompensée par le César 2018 de la meilleure musique.

Difficultés administratives

Avec le soutien de Jack Lang, la première Techno Parade, créée pour mieux faire connaître cette musique et dénoncer les difficultés administratives dans l’organisation des soirées techno, s’est déroulée le 19 septembre 1998 sur près de 6 km.

Quelque 200.000 jeunes avaient accompagné les 30 chars animés par 200 DJs, au rythme des différents courants de la techno comme la house, la trance et le drum’n'Bass.

Trois ans auparavant, Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, avait pris une circulaire classant les «rave parties» en «situation à hauts risques», dans un amalgame entre «free parties» et soirées organisées.

En 1996, Polaris, soirée électronique prévue à Lyon, fut interdite par le Préfet du Rhône. L’événement cristallisa la colère des acteurs de la scène électro. Technopol, association pour la défense des musiques électroniques, fut fondée dans la foulée notamment par Henri Maurel, alors président de Radio FG, station pionnière dédiée aux musiques électroniques.

«Le rock a été lui aussi l’objet de méfiance et de rejet par des maires qui interdisaient des concerts dans les années 60. La techno et le rap ont été victimes de la même diabolisation», souligne à l’AFP Jack Lang.

Censure économique

«C’est pour cela que j’ai décidé très tôt de me dresser contre ces interdits artistiques en m’engageant auprès des acteurs des musiques électroniques», se souvient l’ancien ministre de la Culture. «La techno n’est pas la musique du diable. Il n’y a pas un public plus chaleureux et fraternel que celui de la techno.»

Sur le modèle de la «Love Parade» de Berlin, Jack Lang obtient en 1998 l’accord de Jean-Pierre Chevènement, devenu entre temps ministre de l’Intérieur, pour organiser une première Techno Parade à Paris.

Depuis, chaque année, cet événement festif et revendicatif accueille des dizaines de milliers de jeunes dans les rues de la capitale.

«Rien n’empêche un peuple de danser!» sera le slogan de cette 20e édition sur un parcours de 5 km, du Louvre à la Place d’Italie, avec 16 chars mobilisant 120 Djs qui feront la part belle au hardcore, la techno la plus radicale.

«La techno bénéficie d’une bien meilleure acceptation qu’il y a 20 ans, mais des soirées sont encore annulées sans justification, surtout en province où les maires ont le dernier mot», constate Tommy Vaudecrane, président de Technopol.

«On n’est plus aujourd’hui dans une censure culturelle mais dans une censure économique. Le ministère de l’Intérieur vient de décider de faire payer l’encadrement policier. Les petits organisateurs ne peuvent pas suivre», déplore-t-il.

Autre doléance, une meilleure prise en compte à la télévision et à la radio de la techno dans toute sa diversité: «A part la techno commerciale, rien ne passe».

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