Tourisme: Maurice a failli dans sa tentative d’attirer des Chinois ?

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72 951 touristes chinois ont visité l’île en 2017. Soit 8,1 % de moins qu’en 2016.

72 951 touristes chinois ont visité l’île en 2017. Soit 8,1 % de moins qu’en 2016.

Dur, dur de séduire les touristes chinois. Alors que Maurice misait sur la Chine comme l’un de ses principaux marchés de diversification, force est de constater que les Chinois sont de moins en moins à fouler notre sol, et ce depuis 2016. Une tendance à la baisse qui n’a fait que s’accentuer depuis début 2018.

Ils étaient 72 951 touristes chinois à fouler notre sol en 2017, soit 8,1 % de moins qu’en 2016. De janvier à août 2018, les arrivées en provenance de Chine ont reculé de près de 10 %, passant à 48 472 contre 53 793 arrivées à la même période en 2017, selon les derniers chiffres de Statistics Mauritius. Qu’est-ce qui explique cette baisse et comment y remédier ?

Nouvelles lignes aériennes chinoises

Les arrivées touristiques chinoises avaient pourtant connu une impressionnante progression entre 2012 et 2015, passant de 20 885 arrivées en 2012 pour atteindre 89 585 arrivées en 2015. Période faste marquée par une stratégie de lancement sur l’Empire du Milieu avec l’appui d’Air Mauritius et le gouvernement, expliquait Jocelyn Kwok, Chief Executive Officer (CEO) de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) dans notre dossier du supplément économie paru en mars. Cette période était marquée également par le passage éclair des transporteurs aériens China Southern Airlines et AirAsiaX, «deux phénomènes temporaires qui n’ont pu se maintenir», selon le CEO de l’AHRIM.

Après une impressionnante progression entre 2012 et 2015, les arrivées touristiques chinoises démontrent une baisse.

Plusieurs interlocuteurs s’accordent d’ailleurs à dire que l’arrêt des vols de la China Southern Airlines est la principale raison derrière la baisse des arrivées de Chine. Ce que concède également le ministre du Tourisme luimême. Bien qu’Air Mauritius opère déjà sept vols vers différentes régions de la Chine par semaine, Anil Gayan se dit en faveur d’une augmentation de vols directs vers cette destination. Pas forcément venant de notre transporteur aérien local. «Il faudrait que des lignes chinoises viennent à Maurice de manière plus régulière», soutient-il.

Si le ministre préconise les vols directs, c’est parce que les Chinois ont la particularité de ne pas pouvoir prendre de longues vacances contrairement aux Européens, qui constituent notre principal marché. Ils ont donc besoin d’une arrivée rapide afin de profiter au maximum de leur séjour. Le ministère du Tourisme effectue d’ailleurs des démarches pour attirer deux lignes aériennes chinoises à Maurice, annonce le ministre.

La barrière de la langue

Autre raison qui expliquerait cette baisse : une offre touristique pas forcément adaptée à cette clientèle dont la manière de consommer se démarque sensiblement des Européens. À commencer par la langue. «Il faut savoir que la langue constitue une barrière considérable pour les touristes chinois», explique Liu Xin, Deputy General Manager de la Mauritius Jinfei Economic Trade and Corporation Zone Co. Ltd (MJFET). Celle-ci, développeur de la smartcity de JinFei, compte également un service de tour opérateur, qui marche toutefois «très bien» malgré la baisse des arrivées, soutient Liu Xin. L’agence a fait venir pas moins de 8 000 touristes chinois de la province de Shanxi l’année dernière.

Autre stratégie : la MJFET s’attelle à tout mettre en oeuvre dans la smartcity de JinFei afin d’attirer touristes et investisseurs chinois. L’Eden Garden Culture and Entertainment Square ainsi que la construction prochaine d’un appart hôtel 5-étoiles, suivi d’un grand centre commercial et de projets immobiliers de luxe au coeur de la smartcity convergent tous vers cet objectif.

Pour Umarfarooq Omarjee, directeur commercial et du développement chez Omarjee Holidays, il n’est pas vrai de dire que Maurice n’a pas une offre suffisamment adaptée. «Sinon, comment aurions-nous pu continuer à accueillir autant de touristes chinois jusqu’ici ?» se demande-t-il. D’ajouter que la barrière de la langue devrait de moins en moins être un problème, notamment avec l’apport de la technologie, comme des traducteurs électroniques. Pour lui, la situation s’explique par l’arrêt des vols de la China Southern Airlines et d’AirAsiaX.

Des touristes à l’affût des dernières tendances

Dressant le profil du touriste chinois, Umarfarooq Omarjee fait ressortir que celui-ci est à l’affût des dernières tendances et des grandes marques. «Ils voyagent en groupe, aiment visiter des endroits iconiques, prendre des photos et faire du shopping.» De plus, le marché touristique européen est bien rodé tandis que la venue des touristes chinois est plutôt récente, avec le développement économique fulgurant et la stratégie d’ouverture de la Chine depuis ces dernières années.

Les touristes chinois sont également connus pour leur forte consommation lors de leurs voyages. Malgré une baisse de leur nombre, la «dépense unitaire » par client chinois était presque deux fois plus élevée que la moyenne du marché en 2016 (Rs 8 000 la nuitée pour les clients chinois contre Rs 4 200 en moyenne sur le marché), indique Jocelyn Kwok. Au vu de leur goût accru pour le shopping et la cuisine, Anil Gayan se dit ainsi d’avis que Maurice devrait davantage développer des centres commerciaux haut de gamme tout en proposant une offre gastronomique plus variée, notamment du Sichuan ou de Beijing.

Autre facteur : contrairement aux Européens, les Chinois ne sont pas des repeaters. «Ce sont des touristes qui aiment découvrir de nouveaux endroits à chacun de leurs voyages», avance Umarfarooq Omarjee. D’ajouter que pour des raisons culturelles, les Chinois ne sont pas férus de bronzage en bord de mer comme les touristes occidentaux. Comment donc attirer ce type de touriste ?

Pour l’AHRIM, Maurice devrait poursuivre ses efforts vers ce marché porteur en agissant sur tous les fronts : amélioration de la connectivité aérienne, dialogue en B2C (Business to Client), maîtrise de canaux de distribution et de vente ou encore promotion des autres segments touristiques comme le golf. Intervenant dans la première newsletter de l’AHRIM en novembre 2017, Julie Lefort, d’Alteo Properties et ex-enseignante de mandarin dans le milieu universitaire, soutient que «les Chinois sont sensibles à l’exclusivité autant qu’à l’effet de mode. Il y a un juste équilibre à trouver».

D’ajouter que s’il y a moins de touristes, Maurice peut cibler des marchés plus sophistiqués. Julie Lefort donne par ailleurs sept pistes pour attirer les touristes chinois : l’apprentissage du mandarin, servir des produits frais, être ponctuel, promouvoir le all-inclusive et une multiplication d’activités entre autres.


Le chiffre 89 585

C’est le nombre des arrivées chinoises en 2015, soit 41,4 % de plus qu’en 2014. Un pic spectaculaire qui ne s’est pas répété par la suite. Le marché chinois demeure tout de même dans le Top 10 de nos plus gros marchés touristiques derrière l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’île de La Réunion et la France.

Offre combinée Maurice-Réunion

Donner une offre plus variée aux touristes chinois en combinant les atouts de Maurice et de La Réunion. C’est sur quoi travaille actuellement le ministère du Tourisme, annonce Anil Gayan. Ce projet devrait se faire de concert avec la Région Réunion, explique-t-il. Le ministère compte également tenir des «roadshows» avec des opérateurs locaux dans plusieurs villes en périphérie des grandes métropoles chinoises en novembre.

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