Rapport Lam Shang Leen: Sanjeev Teeluckdharry irrite la majorité

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Sanjeev Teeluckdharry ne serait plus en odeur de sainteté auprès de la direction du MSM. © Rishi Etwaroo

Sanjeev Teeluckdharry ne serait plus en odeur de sainteté auprès de la direction du MSM. © Rishi Etwaroo

L’ancien Deputy Speaker Sanjeev Teeluckdharry a été appelé à s’expliquer cette semaine devant le Bar Council sur sa conduite. L’avocat qui multiplie les allégations contre le président de la commission d’enquête sur le trafic de drogue Paul Lam Shang Leen commence à irriter plus d’un au sein du gouvernement. «On peut bel et bien contester et tenter de laver son honneur mais il y a une manière de le faire», affirme un député de la majorité.

Sanjeev Teeluckdharry a réclamé une injonction en Cour suprême sur le paiement des honoraires de l’ancien juge Lam Shang Leen. «C’est de la bassesse, commente un de ses collègues du Mouvement socialiste militant (MSM). Ces actions ne causent pas du tort uniquement à l’intégrité de l’ancien juge mais gênent aussi le gouvernement qui avait institué cette commission d’enquête et nommé Paul Lam Shang Leen.» Surtout que celui-ci sera appelé à présider une autre commission d’enquête sur la «disparition» de 16 kilos d’héroïne des Casernes centrales.

Odeur de sainteté

Dans les milieux informés, l’on est d’avis que si Sanjeev Teeluckdharry s’agite autant, c’est parce qu’il sait que politiquement il est dans une fâcheuse situation et risque d’être écarté définitivement de la liste des candidats pour les prochaines élections. En revanche, l’autre démissionnaire, Roubina Jadoo-Jaunboccus, aurait toutes les chances de retrouver la faveur du leader du MSM Pravind Jugnauth si elle parvient à obtenir un jugement favorable.

Outre les conclusions de la commission d’enquête et les allégations d’indiscipline venant du Bar Council, Sanjeev Teeluckdary serait sous pression dans sa propre circonscription. «Le congrès du Parti travailliste à Triolet il y a deux semaines serait derrière cette agitation du député», souligne un activiste politique au n°5, Pamplemousses-Triolet.

Au niveau du Sun Trust, Sanjeev Teeluckdharry qu’on qualifie de récent adhérent du MSM et qui, en 2014, en était à sa première participation à une élection générale, ne serait plus en odeur de sainteté auprès de la direction. Le parlementaire qui n’aurait pas lésiné sur les moyens lors de la dernière campagne électorale serait d’ailleurs en rogne avec le parti qui l’aurait lâché à la suite du rapport de la commission d’enquête.

Que pense le Premier ministre du comportement de son député et des allégations faites contre l’ancien juge Lam Shang Leen ? Au bâtiment du Trésor, l’on ne veut se prononcer pour ne pas «aggraver une situation déjà compliquée». Quid du sort de l’avocat parlementaire au cas où il obtiendrait gain de cause par la justice ? «Il faudra attendre la décision de la Cour suprême», ajoute la source. Entre-temps, ses collègues de la majorité éprouvent du mal à cacher leur irritation.


L’avocat refuse de s’expliquer au Bar Council

«Je ne peux comparaître devant votre conseil, étant donné que l’affaire est sub judice (NdlR : en cours de jugement).» Sanjeev Teeluckdharry ne compte pas fournir d’explications au Bar Council. L’Ordre des avocats l’a convoqué, dans le courant de la semaine, pour violation du code d’éthique. L’avocat et député a adressé deux correspondances au conseil, lundi 10 septembre, pour justifier son refus d’y être présent.

«En réponse à votre lettre non datée (…), je suis d’avis que, vu que l’affaire est devant l’instance juridique de la Cour suprême, depuis jeudi 6 septembre 2018, il m’a été conseillé de ne pas compromettre ma position juridique de matière précipitée.» Tels sont les propos de Me Teeluckdharry.

Il argue avoir juré un affidavit contre le ministre des Finances et l’Attorney General, dans lequel il réclame que les honoraires du président de la commission d’enquête sur la drogue, l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, soient gelés. L’homme de loi soutient avoir demandé une injonction sur le paiement des honoraires, qui proviendra des contribuables. Il a porté cette affaire devant la Cour suprême.

«La demande d’injonction pour le gel des honoraires de Paul Lam Shang Leen et sa convocation pour violation du code d’éthique devant le Bar Council sont deux choses différentes. Pourquoi a-t-il peur de se présenter devant le conseil ? Un avocat ne doit pas diminuer la confiance du public dans l’administration de la justice», dit une source proche du dossier.

Une autre source nous révèle que c’est une première. «Il n’y a jamais eu de cas dans le passé où un avocat refuse de comparaître devant le Bar Council.» Quid des sanctions dans un tel cas ? Le Bar Council s’y pencherait.

Un Senior Counsel explique, lui, que seule la Cour suprême a le pouvoir de prendre des sanctions, à condition que le Bar Council lui réfère l’affaire. «Il peut écoper d’un avertissement.»

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Le rapport de la commission d’enquête sur la drogue a été rendu public vendredi 27 juillet. Et les répercussions sont nombreuses. Le barreau notamment y est mis à mal ; les noms de plusieurs avocats, dont Me Raouf Gulbul, sont cités, la commission Lam Shang Leen recommandant des enquêtes approfondies. Le gouvernement n’est pas non plus sorti indemne. Cités dans le rapport, la ministre Roubina Jadoo-Jaunbocus et le Deputy Speaker Sanjeev Teeluckdharry ont dû «step down». Diverses institutions sont également montrées du doigt.

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