Les «nouveaux Suédois» sont tentés par l’extrême droite

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Bureau de vote à Stockholm le 9 septembre 2018

Bureau de vote à Stockholm le 9 septembre 2018

Un nombre croissant de Suédois d’origine étrangère sont attirés par l’extrême droite qui devrait enregistrer un score sans précédent aux élections législatives dimanche.

Selon une enquête de l’institut statistique national (SCB), 11,3% des Suédois nés à l’étranger exprimaient en mai leur sympathie pour les Démocrates de Suède (SD), un parti anti-immigration aux racines néonazies, contre seulement 1,8% avant les précédentes élections il y a quatre ans.

Une quête de «respectabilité» pour ces immigrés souvent blancs et chrétiens, mieux intégrés que les dernières vagues d’arrivants venus du Sud, explique Anders Neergaard, professeur à l’Université de Linköping et co-auteur d’un rapport intitulé «Une contradiction de base? Les immigrés militant dans le parti des Démocrates de Suède».

Q. De plus en plus de Suédois d’origine étrangère soutiennent SD. Comment évoluent les choses?

R. Globalement, on peut dire que les personnes blanches ou les Suédois de première génération, particulièrement les hommes, sont le groupe qui soutiennent le plus les Démocrates de Suède tandis que les femmes le font moins.

Mais, parallèlement à la montée de SD, on observe une tendance montrant que la progression est plus forte parmi les personnes nées à l’étranger. C’est en partie parce que (la formation d’extrême droite) semble atteindre une sorte de plafond parmi les Suédois nés en Suède.

Q. Quelles conclusions en tirer?

R. Nous n’avons pas de statistiques détaillées mais, selon nos indications, différents groupes enclins à soutenir SD se dégagent. Un premier groupe, ce sont les travailleurs nordiques immigrés en Suède, tels que les Finlandais venus nombreux dans les années 1950, 1960 et jusque dans les années 1970.

Un second groupe rassemble les immigrés européens, principalement d’Europe de l’Est, venus pour travailler ou en tant que réfugiés politiques fuyant le bloc de l’Est.

Troisièmement, les chrétiens de pays du Moyen-Orient où ils ont subi l’oppression de régimes musulmans: ce dernier groupe semble plus fluctuant (dans les rangs de SD, ndlr).

Et puis il y a un autre aspect (...): SD mobilise fortement les électeurs opposés aux droits LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans, ndlr) et aux droits liés au genre. On retrouve aussi cet électorat dans certains groupes d’immigrés parfois farouchement hostiles à l’homosexualité.

Q. Généralement, qu’est-ce qui les pousse à voter SD?

R. Notre étude emploie le concept de respectabilité. On a remarqué que, souvent, leur argument est de dire qu’ils se sont bien comportés. Ils sont arrivés ici dans des circonstances difficiles, se sont bien comportés et ont peu coûté à l’État suédois.

Cela s’applique en particulier aux deux premiers groupes. Ils sont venus en Suède quand il y avait une pénurie de main d’oeuvre et ils disent 'regardez les autres qui arrivent ici et qui vivent des prestations sociales'. C’est une façon de dire qu’eux vivent des vies respectables et que ce n’est souvent pas le cas de ceux qui viennent du Sud.

Un autre aspect est lié à la blancheur de la peau, à la nordicité --spécialement chez les Finlandais--, l’européanité ou la chrétienté. Ils bâtissent un 'nous' (...). Beaucoup de ceux-là ont connu le racisme et la discrimination en Suède: pour les Finlandais dans les années 1960, c’était difficile même s’ils étaient blancs. Et maintenant, on voit qu’ils essaient de se définir comme une entité du 'nous' suédois, du 'nous' nordique, du 'nous' européen ou du 'nous' chrétien.

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