Chagos: retourner oui, mais pour quoi faire?

Avec le soutien de

Ceux qui veulent retourner sur place se disent prêts à tout reconstruire

Il ne s’agit pas de mettre la charrue avant les bœufs. Personne, d’ailleurs, ne veut spéculer sur les répercussions qu’aura la décision de la CIJ qui, rappelons-le, ne peut émettre qu’un avis consultatif.

Mauriciens et Chagossiens ne peuvent toutefois s’empêcher d’espérer que cela provoquera un déclic. Et que bientôt, de fil en aiguille, ils pourront rentrer au bercail. Si tel est le cas, qu’iront-ils faire là-bas ? Ceux qui possèdent le passeport britannique, notamment, sont-ils prêts à tout sacrifier ?

«Zamé kikenn inn per pou rétourn kot li!» La réponse est catégorique, cinglante. Rosemond Saminaden, 82 ans, fait partie de ceux qui ont été expulsés de l’archipel. Depuis son départ, il n’a pas abandonné l’idée d’y retourner. Certes, il aurait préféré revoir son île avant, à l’époque où il était toujours rempli de courage et de vigueur. Aujourd’hui, il ne se fait pas d’illusion. Il n’a plus l’énergie qu’il faut pour travailler.

«Ce passeport britannique est un outil, rien de plus. Cela nous permet de mener le combat ici. Il est important pour la lutte, mais une fois que nous obtiendrons le droit de retour, je peux y renoncer sans regret.»

Ce n’est pas pour autant qu’il restera les bras croisés quand il rentrera à Diego Garcia. Son plan est tout tracé : il va former les jeunes. Il leur apprendra à pêcher, comment «travay koko», comment vivre en harmonie avec la nature.

Mais les plus jeunes, veulent-ils y retourner ? Sans l’ombre d’un doute, à en croire Jean-Paul France, 35 ans. Il fait partie de la communauté chagossienne qui habite en Angleterre. Et se dit prêt à renoncer à son passeport britannique pour rentrer chez lui. «Ce passeport est un outil, rien de plus. Cela nous permet de mener le combat ici. Il est important pour la lutte, mais une fois que nous obtiendrons le droit de retour, je peux y renoncer sans regret.»

Que fera-t-il une fois là-bas ? Reconstruire, dit-il sans détour. Il faudra mettre en place le plan de «resettlement», voir comment organiser, réorganiser la vie sur l’île, dégager les priorités pour les Chagossiens, les idées ne manquent pas. «Puis, on va aussi se battre pour avoir une assemblée régionale pour être autonome, comme Rodrigues…»

Eliane Baptiste, elle, a 25 ans et vit en Angleterre depuis 10 ans. La jeune fille fait des études en cinéma. Pour elle aussi, cependant, étonnamment, cela ne fait aucun doute : elle retournera sur l’île de ses ancêtres dès que le droit de retour sera obtenu. Oui, il y aura tout à faire, mais ce n’est pas les projets qui manquent. Pour l’heure, elle ne sait pas précisément quoi, mais elle verra sur place.

Puis, il ne faut pas croire que les Chagossiens se retrouveront dans la brousse. Il y a bien quelques ruines, mais une partie de l’île est très bien entretenue. Les militaires ont bien des endroits où ils habitent, et ces parties sont développées et possèdent déjà des infrastructures adéquates, avancent nos interlocuteurs. Il en faudrait peu pour que l’église soit remise en état, affirment ceux qui ont participé à la visite en 2006.

Ainsi, même si le gouvernement mauricien n’a pas encore donné les détails sur le plan de «resettlement», il ne fait de doute que l’archipel reprendra «vie». Les Chagossiens feront en sorte que ça soit le cas. À la force du cœur et des bras, disent-ils.

Publicité
Publicité

Maurice a remporté une première bataille avec le vote de la résolution sur les Chagos à l’Assemblée des Nations unies le jeudi 22 juin. Une résolution adoptée avec 94 voix en faveur de la résolution, 15 voix contre et 65 abstentions. Prochaine étape : la Cour internationale de justice…

D'autres articles »
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires