Patron emblématique du chinois Alibaba, Jack Ma annonce sa retraite

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Jack Ma, co-fondateur du géant chinois Alibaba, le 19 avril 2018 à Bangkok

Jack Ma, co-fondateur du géant chinois Alibaba, le 19 avril 2018 à Bangkok.

Jack Ma, président et co-fondateur emblématique du géant chinois du commerce en ligne Alibaba, a annoncé son départ en retraite à compter de lundi, jour de ses 54 ans, dans une interview au New York Times publiée vendredi.

S’il abandonne son poste de «président exécutif», ce départ n’est pas la fin «mais le début d’une ère», a déclaré au quotidien américain l’homme le plus riche de Chine, qui a co-fondé en 1999 Alibaba, devenu un mastodonte technologique.

Son groupe non seulement domine le commerce électronique en Chine, mais est également présent dans l’informatique en nuage («cloud»), le divertissement et la finance, mélange --et concurrent-- des géants américains Amazon, eBay et Google.

Egalement derrière le service de paiement électronique mobile Alipay, aujourd’hui omniprésent en Chine, Jack Ma a largement contribué à transformer la façon dont ses compatriotes font leurs achats et les payent.

Jack Ma prévoit de se consacrer désormais à des projets philanthropiques dans l’éducation, mais continuera à conseiller le groupe, a-t-il précisé au New York Times.

Contacté samedi, Alibaba n’a pas immédiatement répondu aux questions de l’AFP.

Ex-professeur d’anglais, véritable «self made-man» adulé par ses employés, Jack Ma est la 21ème fortune mondiale, avec un pactole évalué par le magazine Forbes à 36,5 milliards de dollars. A la clôture vendredi, Alibaba pesait quelque 417 milliards de dollars de capitalisation boursière à Wall Street.

L’exemple Bill Gates 

Le milliardaire a annoncé sa retraite d’une façon singulière en s’adressant au New York Times, un quotidien bloqué par la censure sur l’internet chinois, sans aucun communiqué officiel de l’entreprise, et alors que lui-même possède le journal hongkongais South China Morning Post.

Certes, son départ n’est pas vraiment une surprise: l’entrepreneur avait distillé ces derniers jours des indices laissant présager d’un départ prochain.

Dans un entretien à Bloomberg TV diffusé jeudi, il indiquait ainsi vouloir suivre les pas du fondateur de Microsoft, Bill Gates, retiré des affaires pour devenir l’un des plus généreux philanthropes du globe.

«Je peux beaucoup apprendre de lui. Je ne pourrai jamais être aussi riche, mais je peux prendre ma retraite plus tôt (...) Bientôt, je retournerai à l’enseignement», avait-il glissé.

A l’image du couple Gates, Jack Ma avait établi en 2014 une fondation à son nom, vouée à soutenir l’éducation des enfants dans les campagnes chinoises; il avait abordé ce sujet début septembre lors d’une conférence caritative.

Ce départ prématuré demeure néanmoins exceptionnel dans les milieux d’affaires chinois, où la tradition de philanthropie reste neuve, et où les grands patrons tendent à rester aux manettes jusqu’à leurs derniers jours, à l’image du magnat hongkongais de l’immobilier, retraité depuis mai... à 89 ans.

Mais Jack Ma avait déjà soigneusement préparé sa succession depuis 2013, en laissant son poste de directeur général à Jonathan Lu, puis Daniel Zhang. Lui-même restait président, chargé de la direction stratégique.

Le contraste est flagrant avec son grand concurrent chinois dans l’e-commerce, JD.com -- les récents déboires de son PDG Richard Liu, arrêté pour viol aux Etats-Unis, ayant montré la cruelle absence d’un numéro deux derrière lui.

Débuts modestes 

Les médias chinois rappellent volontiers l’enfance défavorisée et les débuts modestes de Jack Ma, qui avait quitté l’enseignement pour créer en 1999 Alibaba depuis son appartement de Hangzhou (est), en empruntant 60.000 dollars à des amis.

Rejeté à l’époque par des investisseurs américains, Jack Ma avait pris une revanche retentissante en réalisant en 2014 à Wall Street la plus grosse entrée en Bourse de l’histoire en y levant 25 milliards de dollars.

Il laisse aujourd’hui un groupe diversifié en robuste forme financière: Alibaba a récemment annoncé un bond de 61% de son chiffre d’affaires trimestriel, à 12,2 milliards de dollars, toujours dopé par de solides recettes publicitaires.

Ses plateformes Taobao et Tmall contrôlent environ 60% du marché chinois du commerce de détail sur internet, selon le cabinet eMarketer. Le groupe profite de l’essor des transactions mobiles et a massivement investi dans l’intelligence artificielle pour mieux cibler les publicités.

Outre le divertissement, via des investissements à Hollywood et surtout sa plateforme vidéo Youku, Jack Ma a voulu multiplier les passerelles avec les magasins en dur, tout en lançant des supérettes hyper-connectées.

Alibaba compte sur son avance technologique pour maintenir son rang face à des rivaux chinois en plein essor sur l’e-commerce, de JD.com à Pingduoduo, une plateforme d’articles vendus à petit prix et en lots.

Son application de paiement mobile Alipay, qui propose également des produits de placement, affronte par ailleurs le système concurrent WeChat Pay, développé par l’autre géant chinois de l’internet Tencent. Et ce à l’heure où Pékin durcit fortement sa réglementation sur la finance en ligne.

Alibaba compte plus de 85.000 employés, après l’intégration de la plateforme de livraison de repas à domicile Ele.me.

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