Cour internationale de La Haye: troisième jour des auditions sur les Chagos

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Depuis le 3 septembre et jusqu’au 6 septembre, la Cour internationale de La Haye entend 22 pays plus l’Union africaine sur la question chagossienne soulevée par Maurice. Les auditions reprennent ce mercredi 5 septembre avec les Etats-Unis. Ils seront suivis du Guatemala, des îles Marshall, de l’Inde, d’Israël, du Kenya, du Nicaragua et du Nigeria. 

Retrouvez la retransmission en live ainsi que les points forts du jour.


Les plaidoyers de ce mercredi 5 septembre sont terminés

 

Le juge Cançado Trinidade a terminé la séance en posant une question aux pays qui souhaitent s’exprimer sur le sujet : la requête de l’Assemblée générale des Nations unies soumise pour l’avis consultatif de la cour fait référence aux résolutions 1514/15, 2232/21 2357,22. Le juge demande comment ces résolutions vont aider dans l’émission d’un avis consultatif. Les réponses doivent être soumises à la cour avant le lundi 10 septembre à 18 heures au plus tard.

 

Des plaidoyers de ce jour, il ressort que les Etats-Unis et Israël sont les deux pays sur les huit qui ont parlé ce jour à être dans le camp du Royaume-Uni. Les autres (Guatemala, îles Marshall, Inde, Kenya, Nicaragua et Nigeria) ont, d’une façon générale, affirmé qu’il s’agissait d’un problème qui allait au-delà d’un litige bilatéral et qui impliquait la question de la décolonisation et le démembrement d’un territoire, allant à l’encontre du droit à l’autodétermination.

 

La Cour internationale de justice reprend ses travaux demain à 12 h 40, heure de Maurice, avec la Serbie. Suivront la Thaïlande, le Vanuatu, la Zambie et l’Union africaine. C’est elle qui clôturera ces auditions.

 

Le Nigeria donne son point de vue

C'est Dayo Apata, Sollicitor General de la République fédérale du Nigeria, qui avance les arguments de ce pays.

L'Allemagne a dit que la résolution a été présentée par Maurice uniquement. Ce n’est pas correct. Elle a été présentée par 54 pays africains. Il y a eu des consultations extensives avec les pays. Les termes ont été bien choisis, estime le dernier pays à parler, ce mercredi 5 septembre.

 

 

Les plaidoyers de ce matin en ligne

 

Retrouvez les plaidoyers des quatre pays qui sont intervenus ce matin : Etats-Unis, Guatemala, îles Marshall et Inde.

https://www.icj-cij.org/en/case/169/oral-proceedings

 

Le Nicaragua avance ses arguments

José Argüello Gomez, ambassadeur du Nicaragua aux Pays-Bas, prend la parole.

Ce différend n’affecte pas deux ou trois Etats mais la communauté internationale, y compris le Nicaragua. Le Royaume-Uni a dit que la manière dont les Chagossiens ont été déportés est honteuse et regrettable. Nous avons cru que la suite du discours serait qu'ils rendent les îles, mais ils n'ont parlé que de compensation et réparation. Mais on ne parle pas de réparation ici. On parle de la perte d'une patrie et du démembrement de Maurice

Le Royaume-Uni était au courant des conséquences de ce qu’il faisait, surtout auprès des Nations unies. Sinon, il n'aurait pas pris toute cette peine pour agir dans l'ombre.

L'accord de 1965 est invalide selon la charte des Nations unies. L'avis des Mauriciens n'a pas été demandé, encore moins l'accord des Chagossiens, estime le réprésentant du Nigaragua, pays qui s'aligne sur Maurice.

Pause de 15 minutes

Les auditions d'Israël et du Kenya sont terminées. Le deux derniers pays à parler aujourd'hui sont le Nicaragua et le Nigeria.

Place au Kenya

Les représentants d'Israël ont terminé. C'est maintenant au tour de Pauline Mcharo, conseillère juridique principale adjointe de l'Attorney General du Kenya de parler.

Le Kenya se range du côté de Maurice. Pour sa représentante, l’avis consultatif sert à guider les Nations unies. La résolution a été votée par 94 pays et rejetée par 15, donc moins de 10 %.

La décolonisation n’est pas complète et c’est un fait. Le peuple mauricien n’a pas eu le droit de s’exprimer. Il n’a pas pu exercer son droit à l’autodétermination.

La résolution des Nations unies sur la décolonisation datant de 1960 est claire. Le démembrement partiel ou total d’un territoire avant la décolonisation est prohibé.

 

Roy Schöndorf à la tribune

L'Attorney general adjoint d'Israël succède à Tal Becker.

Les auditions ont repris avec Israël

Tal Becker, conseiller juridique, donne le point de vue de son pays.

 

Le problème bilatéral est le cœur de l’affaire, pas le background. Il y a eu un accord en 1965 entre Maurice et le Royaume-Uni. L’avis juridique ne doit pas servir pour présenter des litiges bilatéraux devant la cour. L’avis consultatif ne réglera pas les litiges. Même s’il est rendu, le problème ne sera pas résolu. Ce ne sera qu’un guide pour les Nations unies. Du point de vue même de Maurice, cet avis légal ne touchera pas le cœur du problème.

 

Liseby Elysé : la Chagossienne qui a fait couler les larmes était poussée par le chagrin

 

Votre témoignage a ému plus d’un lundi 3 septembre. Comment vous sentez-vous après cette projection ?

Rien n’a changé. Le problème est toujours là, mais cela va bientôt changer. Du moins, on l’espère. Mon cœur est toujours attaché à mon île. C’est pour cela que je n’ai pas pu retenir mes larmes lorsque je racontais mon histoire.

Lors de la projection, c’était pareil. Les membres de la délégation ont laissé couler leurs larmes aussi, car c’est la même souffrance. La blessure est toujours bien ouverte même après des décennies.

Mais je dois dire que lors de la projection, j’étais heureuse et triste à la fois. Triste car toute la communauté est incomplète sans ses racines. Mais heureuse, car finalement, notre voix est entendue à travers le monde. Heureuse, car j’ai pu apporter ma pierre à l’édifice et aider la cause. Si lé monde ine ploré ar mwa, o moins zot ine koumans konpran nou zistwar.

Qu’est-ce qui vous a poussée à témoigner en public ?

Le chagrin. Nous ne pouvons pas retourner dans notre île. Pa pé koné mem kifer ine déport nou koumsa, pa pé les nou rétourné. Mais vous savez, ce n’est pas le témoignage de Liseby. Mon témoignage était celui de toute la communauté chagossienne. Nous partageons le même déracinement, la même histoire, la même souffrance et la même colère. Mais cela a été un travail d’équipe. Cette lutte a été menée par les femmes…

Vous assistez aux auditions. Êtes-vous confiante, même après les plaidoyers contre la position de Maurice ?

Oui. Il a fallu du temps pour en arriver là!

Et cela ne vous fait pas peur de rentrer sur l’archipel après toutes ces décennies ?

Non. Si dir mwa alé zordi mem, mo alé. On est toujours mieux chez soi, là où nous avons pris naissance.

 

Propos recueillis par Yasin Denmamode

 

 

 

Venu Rajamony (Inde): «Seul Maurice peut revendiquer sa souveraineté sur les Chagos.»

 
 

L’ambassadeur de l’Inde aux Pays-Bas a réitéré la prise de position de l’Inde en ce qui concerne la souveraineté sur les Chagos. Contrairement aux Etats-Unis, Venu Rajamony soutient que la décolonisation de Maurice demeure bel et bien incomplète et que la Cour internationale de justice doit se prononcer à ce sujet.

Chagos: pendant ce temps, à Diego Garcia

Alors que toutes les attentions sont rivées sur la Cour internationale de justice à La Haye, au Pays-Bas, que sait-on du quotidien à la base militaire de Diego Garcia ? Réponses en images, que les Américains veulent nous montrer.

Source: La marine américaine

Février 2018


Les soldats affectés au Bataillon mobile de construction navale mettent la touche finale à un coffrage d’un bâtiment préfabriqué. 

Mars 2017 

Un chef d'état-major interarmées joue une chanson avec le chanteur de musique country Craig Morgan lors d’un show à l'intention des militaires. 

Février 2017

Un commandant de la marine américaine, répond aux questions d'Evony, une pom-pom girl de l’équipe de football américain, Tennessee Titans, en visite à la base.

Janvier  2016

Le sous-marin lanceur de missiles USS Florida a jeté l’ancre à Diego Garcia aux côtés du sous-marin USS Emory S. Land (AS 39). 

Août 2014

Un militaire fait de la planche à voile lors de la Yacht Club Try Sail Day organisée par Morale, Welfare et Recreation Diego Garcia.

Mai 2014

Des volontaires de l'U.S. Navy ramassent des déchets et des débris lors d'un nettoyage à Barton Point. Au total, 1 020 livres de détritus ont été enlevés ce jour-là.

Janvier 2014

Une tortue de mer retourne dans l'océan après une nidification sur les rives de Diego Garcia. 

Septembre 2007

Le personnel exécutif de Diego Garcia et un représentant britannique, saluent l’Air Force One avant qu’il ne s’arrête sur le tarmac. A son bord, l’ex-président George W. Bush, qui s'est arrêté à Diego Garcia en route vers Sydney, en Australie, pour le Forum de coopération économique Asie-Pacifique.

Septembre 2007

George W. Bush aux côtés d’un commandant de la marine américaine lors de l’escale présidentielle à la base militaire.

Pause déjeuner

L'Inde a conclu cette matinée. Les auditions reprennent dans deux heures avec Israël.

L'Inde devant les juges

Venu Rajamony, ambassadeur de l'Inde aux Pays-Bas, prend la parole pour la Grande péninsule.

Tous les détails sont dans l’exposé écrit,  rappelle l’Inde.

Mais la cour devrait se prononcer sur la souveraineté. Est-ce que la souveraineté a été transférée ? Le Royaume-Uni a administré les Chagos comme une partie de Maurice. De plus, le fait qu'il y ait un accord disant qu'ils vont rendre les Chagos est la preuve que le territoire appartient à Maurice.

La Constitution de Maurice reconnaît les Chagos comme ses outer island et non comme le BIOT (British Indian Ocean Territory).

La résolution des Nations unies sur la décolonisation vise à mettre fin à la colonisation dans son ensemble sans exception. Mais, en 1965, le Royaume-Uni a quand même détaché les Chagos de Maurice. A plusieurs reprises, les Nations unies ont adopté des résolutions sur la décolonisation.

Le jugement arbitral du 18 mars 2015 est juridiquement contraignant. Le tribunal n'a pas donné le statut d’Etat côtier au Royaume-Uni et la proclamation de zone maritime protégée était illégale.

 

Enter les îles Marshall

Caleb W. Christopher, conseiller juridique, s'adresse aux juges à La Haye pour les îles Marshall.

Caleb W. Christopher, conseiller juridique, s'adresse aux juges à La Haye pour les îles Marshall.

Les îles Marshall, tout comme le Guatemala, vont dans le sens de Maurice.

Pour leur porte-parole, l’advisory opinion est unique. La compétence de la cour ne fait pas de doute car ce sont les Nations unies qui ont demandé une assistance juridique. Il faut remettre le semblant d'accord en question. D’ailleurs, il ne peut y avoir d’accord qu'entre Etats, pas entre une puissance coloniale et sa colonie.

Les pouvoirs étaient inégaux.

Si une partie de territoire est conservée par le pouvoir, la décolonisation est incomplète. Même s'il y a eu négociations, ce n’était pas équilibré.

S’il y a eu négociation, c’était par désespoir. Ce n’est pas un accord mutuel. Les îles Marshall en savent quelque chose. Il y a eu des accords, mais même aujourd’hui, subsistent des problèmes qui ne sont pas résolus. Il y a eu des problèmes concernant les accords.

Dans le jugement arbitral sur la zone marine, le juge avait fait ressortir qu'il y a eu pression en 1965. Le territoire mauricien n'a pas été considéré et il n'y a pas eu d'accord. Aucun autre juge du panel n'a dit le contraire.

Les îles Marshall avaient eu le choix entre accepter l'indépendance avec ou sans base militaire. Maurice n'a pas eu le choix.

Pause de 10 minutes

Le Guatemala a terminé. Ce sera au tour des îles Marshall après la pause.

Guatemala : au tour de Gladys Marithza Ruiz Sanchez De Vielman

L'ambassadriaL'ambassadrice et représentante du Guatemala, Gladys Marithza Ruiz Sanchez De Vielman, succède à Lesther Ortega à la tribune.ce et représentante du Guatemala,, Gladys Marithza Ruiz Sanchez De Vielman, succède à Lesther Ortega à la tribune.

L'ambassadrice et représentante du Guatemala, Gladys Marithza Ruiz Sanchez De Vielman, succède à Lesther Antonio Ortega Lemus à la tribune.

C'est en 1968 que les Chagos ont été effectivement retirés de Maurice. Or, l'autodétermination existe depuis 1966 est le principal argument qu'elle a dévéloppé.

Le Guatemala s'exprime

Lesther Antonio Ortega Lemus , ministre-conseiller, intervient au nom de son pays.

Lesther Antonio Ortega Lemus, ministre-conseiller, intervient au nom de son pays.

Les points que développe Lesther Antonio Ortega Lemus : le Royaume-Uni avait dit que la résolution aux Nations unies avait été préparée par Maurice uniquement et adoptée par moins de 50 %. Mais la résolution avait la majorité requise. D’ailleurs, la Grande-Bretagne avait présenté une résolution récemment et elle a été votée par 42 % des membres. Ils ne vont pas utiliser le même argument cette fois.

Certains ont dit que ce problème est bilatéral et devrait être rejeté par la cour. Cela demanderait à ce que la cour ne regarde pas la résolution soumise par l’Assemblée générale des Nations unies, car le sujet y est clair : décolonisation. Puis, l’avis d’opinion est donné aux Nations unies pas aux Etats. Donc ce n’est pas «binding».

Pour répondre a la question des consequences légales, la cour doit déterminer s'il y a eu entorse à la loi. Et pour faire cela, il faut étudier ce que les parties prenantes ont fait à l'époque. Cela va au-delà des problèmes bilateraux.

Les Chagos à la Haye: pas qu’un simple litige bilatéral

Jagdish Koonjul, ambassadeur de Maurice aux Nations unies, discute avec un officier de la CIJ, avant le début des plaidoyers.

C’est une question de droit international. La position que défend Maurice en ce moment, devant la Cour internationale de justice (CIJ), à La Haye, aux Pays-Bas, est on ne peut plus claire : le détachement de l’archipel des Chagos de notre territoire, en 1965, lors du processus de décolonisation, ne relève pas d’un différend bilatéral, comme avancé par les Américains ce mercredi 5 septembre et par les Anglais, ainsi que les Australiens mardi septembre lors de leurs auditions. Mais bel et bien d’une question juridique ayant trait au respect du droit international.

La CIJ rendra-t-elle un avis consultatif sur l’excision de cette partie de notre territoire par les Britanniques, trois années avant l’Indépendance ? Comme attendu, le Royaume-Uni a insisté sur le fait que l’affaire ne relève pas de la compétence de la Cour, étant donné, selon ce pays, que c’est un différend qui doit être réglé entre Maurice et son ancienne puissance coloniale. Une position démontée par Maurice et ses alliés, qui affirment que cela ne tient pas la route. En attendant que les juges de la CIJ tranchent, à Maurice, les avis divergent sur le sujet.

Maurice et tous les pays qui ont voté pour que l’affaire soit portée devant la CIJ estiment qu’au contraire, la souveraineté sur l’archipel est une question d’intérêt général car il s’agit là de la décolonisation incomplète.

Décolonisation incomplète

Philippe Sands, le leading counsel du panel légal de Maurice devant la CIJ, est d’avis que les deux problèmes sont liés, mais que l’un est plis important que l’autre. Toute dispute qui porte sur la décolonisation inclut inévitablement une dispute bilatérale. «Mais lorsque le centre de l’affaire est la décolonisation, cela supplante tout le reste» fait-l ressortir. L’exemple qu’il cite est l’affaire South West Africa, où l’Afrique du Sud avait soutenu que c’est le contentieux bilatéral et ne portait pas sur la décolonisation. «La Cour avait statué qu’il y a certes des éléments de ce que l’Afrique du Sud soutenait, mais que le cœur et l’âme du problème reste la décolonisation», martèle Philippe Sands. Cela prouve, pour lui,  que la relation entre deux Etats peut contenir deux éléments

Dans le cas actuel, il estime que le problème est bel et bien lié à la décolonisation incomplète de Maurice et de ce fait, a un intérêt international. D’ailleurs, il l’a fait ressortir dans son plaidoyer devant la CIJ lundi 3 septembre.

Vijay Makhan, ancien secrétaire aux Affaires étrangères et ancien secrétaire-général adjoint de l’Union africaine, affirme, pour sa part, que le dossier Chagos comporte les deux aspects : les échanges bilatéraux de même que le droit international. Cependant, il rappelle que Maurice a toujours joué le jeu avec les Britanniques, en ce qui concerne un éventuel accord bilatéral.

«Maurice a toujours agi de bonne foi. Les Britanniques nous ont menés en bateau pendant des années. Nous avons toujours maintenu que nous internationaliserons l’affaire si un accord n’est pas trouvé», avance-t-il. Il ajoute que les discours tenus par Maurice depuis les années 1970 sur les Chagos sont restés les mêmes – la décolonisation n’a pas été complétée.

Résolutions internationales

Pour Vijay Makhan, cette affaire a désormais largement dépassé le contexte bilatéral et s’apparente plutôtau droit international. «Les résolutions 1514 et 2066, passées en décembre 1960 et décembre 1965 respectivement, offrent d’ailleurs le fondement qu’il s’agit là d’un dossier qui concerne le droit international.» Ces résolutions interdisent aux puissances coloniales de démembrer les territoires coloniaux avant de leur accorder l’indépendance.

Un appel a été fait au Royaume-Uni pour mettre fin à son occupation sur l’archipel des Chagos. «À chaque fois que Maurice a essayé de soulever cette question lors des discussions, les Anglais n’ont jamais réagi. Cela fait plus de 50 ans maintenant. Cette affaire aurait déjà dû être réglée à travers des échanges diplomatiques.»

Pour Lalit, parti de gauche qui a été à l’avant-plan de ce combat, les Britanniques sont à court d’arguments. «On ne peut parler de contentieux bilatéral car ce n’est pas Maurice qui a sollicité la CIJ mais 52 pays de l’Union africaine, à travers l’Assemblée générale de l’ONU», fait valoir Lindsey Collen. «Sa largiman bilatéral-la, sé enn kozé dékouyoné.» Peut-on parler de consentement, dit-elle, dans un rapport entre dominant et dominé ? «Entendre les Britanniques parler de consentement alors que Maurice n’était pas encore indépendant est un non-sens.»

Les propos d’Arvin Boolell, ancien ministre des Affaires étrangères, abondent dans le même sens. Il cite lui aussi les deux résolutions des Nations unies, soit la 1514 et la 2066, mais va plus loin en disant que les Britanniques ont quelque peu agi avec mépris lors de conférences où il était question de discuter de la souveraineté de Maurice sur les Chagos. «Nous n’avons jamais été traités comme un partenaire bilatéral. À chaque fois que Maurice voulait entamer des discussions, les Britanniques brandissaient des subterfuges. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, que les ponts avaient été coupés en janvier 2009», dit l’ex-ministre.

Pour Arvin Boolell, outre les deux résolutions qui offrent un fondement solide, la base militaire de Diego Garcia a servi à stocker des mines antipersonnel et des cluster munitions. «Ces armes ont été acheminées vers l’Arabie saoudite par la suite. Les Britanniques et les Américains ont violé des conventions internationales en agissant ainsi.»

La balle est désormais dans le camp de la CIJ. «Maintenant, si l’avis consultatif de la Cour nous est favorable, il vaut mieux ne pas se leurrer», conseille l’ancien ministre et diplomate Jean Claude de l’Estrac. Même si cet avis aura une valeur morale plus que juridique, il faut définir de nouvelles stratégies car, dit-il, Britanniques et Américains ne bougeront pas de Diego Garcia. Et ils continueront à refuser que les Chagossiens retournent sur leur terre natale. «Il faudrait ainsi engager un autre combat. Celui de la rétrocession des autres îles de l’archipel faisant partie du British Indian Ocean Territorry», soutient Jean Claude de l’Estrac. L’archipel est composé de 55 îles.

Maurice devra alors quitter la voie juridique pour la stratégie diplomatique. Pour les spécialistes, la solution à cette question de rétrocession des îles faisant partie des Chagos et tout le processus de décolonisation dans l’océan Indien pourrait éventuellement être trouvée par la voie bilatérale.

Les USA prennent la parole

C'est Jennifer Newstead, conseillère juridique de département d'Etat américain, qui s'exprime pour les USA.

C'est Jennifer Newstead, conseillère juridique de département d'Etat américain, qui s'exprime pour les USA.
Elle affirme que ce problème est un litige bilateral et pas autre chose. Lorsque Maurice a demandé son adhesion aux Nations unies, le pays n'a fait aucune mention de décolonisation incomplète.

Donc, la cour ne peut pas donner un avis consultatif sinon elle s'immisce dans un litige entre deux pays. La cour n’a certes jamais refusé de donner une opinion mais, avant, toutes les conditions étaient là.

Dans le cas du Sahara Occidental, l’affaire ne portait pas sur le statut juridique de l’Espagne. Ce n’était pas le litige territorial du moment et cela n’allait rien changer.

Maurice a dit que cette affaire peut être résolue uniquement sur la base des lois internationales. Mais pour cela il faut avoir le consentement des deux parties. Si la cour va de l’avant : elle résoudra un litige bilatéral sans le consentement d'une des deux parties.

La cour dois s’assurer des lois telles qu’elles étaient en 1965 ou au plus tard 1968 et pas sur la base de 50 ans de développement d’autodétermination.

 
 

Il faut aussi regarder l’accord entre les deux pays et il n’y a que Maurice et le Royaume-Uni qui peuvent donner les détails. Aussi, il faut savoir si les frontières d'un territoire non-indépendant peuvent être modifiées.

La porte-parole US pend l’exemple de la Jamaïque : elle a été détachée des îles Caïman, qui elles sont restées britanniques. Les Nations unies n'ont rien dit.

Les USA basent leurs conclusions sur les lois internationales. Il n'y a pas de consensus sur ce que Maurice dit, surtout sur le fait que la Grande-Bretagne aurait dû demander l’avis de la population.

C'est en substance l'argumentaire développé par les USA.

 

Les délégations se mettent en place : américaine, guatémaltèque, indienne…

 

Chagos: Mais que fait Lady Jugnauth à La Haye ?

Sir Anerood et lady Sarojini Jugnauth attendent l’arrivée de la délégation mauricienne.

Pourquoi Lady Sarojini Jugnauth fait-elle partie de la délégation officielle ? Le nom de l’épouse du ministre mentor, sir Anerood Jugnauth (SAJ), figure sur la liste publiée par la Cour internationale de justice (CIJ), comme étant un des représentants de la république de Maurice.

Non seulement lady Sarojini Jugnauth assiste aux auditions mais aussi, sur l’une des photos publiées par l’express, on voit la mère du Premier ministre, accompagnée du conseiller Sateeaved Seebaluck, discutant avec Pierre Klein, professeur à l’université libre de Bruxelles, avant le début des travaux de la Cour. La présence de Lady Jugnauth à la CIJ suscite des interrogations, d’autant que ce n’est pas la première fois qu’elle fait partie d’une délégation officielle.

Sa présence à la tribune de l’Organisation des Nations unies (ONU) auprès de SAJ, en septembre 2016, avait été critiquée par l’opposition. L’ancien ministre des Affaires étrangères Arvin Boolell avait alors dénoncé une «gaucherie diplomatique».

Pas impliquée dans le combat

Au niveau du gouvernement, aucune explication sur ce déplacement de l’épouse de SAJ. Du côté de l’opposition aussi, les députés sont avares de commentaires, ne voulant entacher cet événement qui a une portée historique, surtout que, selon un élu du Parti travailliste, «les Chagos cut across party politics».

«Même si on ne peut parler de breach of protocol, Lady Jugnauth n’aurait techniquement pas dû faire partie de la délégation officielle», concède ce membre de l’opposition. L’épouse du ministre mentor, qui peut bel et bien accompagner son époux, n’a cependant pas de locus standi vu qu’elle n’occupe aucune fonction au sein de l’État mauricien. Elle n’est, non plus, pas impliquée dans le combat de la communauté chagossienne.

Envoyer un signal fort

Entre-temps, des voix s’élèvent pour déplorer l’absence du Premier ministre aux Pays-Bas, mais aussi celle de ses prédécesseurs ayant contribué à ce dossier, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger. Pour Yuvan Beejadhur, qui a travaillé à la Banque mondiale, Maurice aurait dû étoffer sa délégation. «To send a strong signal to both Chagossians and to the international community, the Prime Minister should have been there, as well as our top economists, anthropologists, businessmen/women, lobbyists, strategists. We need a really solid case.»

Au sein de la délégation officielle, dirigée par SAJ, on retrouve Nayen Koomar Ballah secrétaire du Cabinet et chef de la fonction publique ; Dheeren Dabee, Solicitor General ; Jagdish Koonjul, ambassadeur et représentant permanent de Maurice auprès de l’ONU, à New York ; Shiu Ching Young Kim Fat, ministre-conseillère, Cabinet du Premier ministre ; Sateeaved Seebaluck, conseiller spécial auprès du ministre mentor ; Olivier Bancoult, président et dirigeant du Groupe réfugiés Chagos ; Lady Sarojini Jugnauth, épouse du ministre mentor ; Philippe Sands, QC, professeur de droit international à l’University College de Londres, et Alison Macdonald, QC, de Matrix Chambers, entre autres.

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Maurice a remporté une première bataille avec le vote de la résolution sur les Chagos à l’Assemblée des Nations unies le jeudi 22 juin. Une résolution adoptée avec 94 voix en faveur de la résolution, 15 voix contre et 65 abstentions. Prochaine étape : la Cour internationale de justice…

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