Enquête sur des voitures importées de Singapour

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Les concessionnaires soupçonnent que d’anciens taxis Uber se trouvent parmi les véhicules importés de Singapour.

Les concessionnaires soupçonnent que d’anciens taxis Uber se trouvent parmi les véhicules importés de Singapour.

Ils sont nombreux les concessionnaires de voitures importées à s’élever contre un marché qui prend de l’ampleur. Une dizaine d’entre eux ont alerté les autorités, depuis deux semaines, contre l’importation de voitures de seconde main de Singapour. Une lettre qui porte leurs signatures a atterri aux ministères du Commerce, des Infrastructures publiques et des Finances. Une enquête est en cours.

Le prix

Les concessionnaires dénoncent la pratique de certains de leurs compétiteurs qui ont diminué les importations de véhicules du Japon après la proclamation de nouvelles réglementations en 2017. «Ces véhicules ne coûtent pas cher et sont de qualité inférieure.» À titre d’exemple, une Mazda 3 année 2015 de Singapour coûte environ Rs 600 000 après la taxe alors que la même voiture, importée du Japon, coûte Rs 780 000.

Autre exemple ? Une Toyota Wish de 2015 coûte Rs 350 000 quand elle est achetée à Singapour alors que la version japonaise est vendue à Rs 500 000. En outre, une Nissan March de 2014 se vend à Rs 300 000 alors qu’une voiture semblable qui provient du Japon est vendue à plus de Rs 450 000.

Les marques

Marché parallèle que confirme d’ailleurs Salim Krumtally de Salim Auto. Selon lui, d’autres marques se sont infiltrées sur le marché comme la Mitsubishi Lancer, la Hyundai Accent, la Kia Rio, la Mitsubishi Attrage. Cette dernière peut être achetée à Rs 75 000 à

Singapour. Lorsqu’elle est importée, elle coûte Rs 300 000 avec les droits d’accises, les frais sur route entre autres. «Elle se vend à Rs 400 000 aux clients.»

«Compteurs manipulés»

Salim Krumtally explique qu’une agence à Singapour a proposé de lui vendre 400 véhicules. «C’était un jackpot deal.» Mais il n’a pas voulu les acheter tous, car selon les renseignements obtenus, les compteurs auraient été manipulés pour afficher une moyenne de 20 000 à 40 000 km, alors que tout semblait indiquer que les véhicules avaient franchi la barre des 150 000 km. «Nou pann intéresé. Et zot dir lezot dimoun pé pran. Mileage pe soulev bann dout sérié.» Cependant, il a fait une exception pour quatre voitures. «Mo bann kontak sur plas inn verifié zot kan zot ti ankor pé roulé.»

Le directeur de Salim Motors explique ne pas acheter de véhicules de Singapour pour plusieurs raisons. À titre d’exemple, au Japon une Auction Sheet est remise avec tous les détails sur le véhicule importé. Singapour ne le fait pas. «Il n’y a pas d’Auction Sheet. On ne dépend que d’un certificat du Bureau de Veritas qui procède à l’inspection des véhicules à Singapour. Ils ne vont pas vérifier l’historique de la voiture. Li nek record seki li trouvé. Li pa pran bann data kot fer maintenance. Akoz sa nou pann asté sa bann loto la.»

Le concessionnaire va encore plus loin. Selon lui, ce sont d’anciens taxis Uber qui n’opèrent plus, qui débarquent à Maurice. «Pena istorik si loto la accidente ou pas.» Selon lui, depuis sept ans, 8 000 voitures accidentées sont en circulation à Maurice.

Véhicules volés

Aux nouveaux propriétaires de voitures importées, le président de la Dealers in Imported Vehicles Association, Zaid Aumeer, recommande la prudence. Selon lui, 24 véhicules volés ont été rapportés aux autorités policières à Singapour. «J’en ai informé le ministère du Commerce en début de semaine. J’ai de sérieuses réserves sur ces véhicules. Il se peut qu’ils aient été volés»

Toutefois, sollicité, un des importateurs de voitures de Singapour défend ce marché. Selon lui, il a débuté cette année-ci et propose des véhicules qui sont aux normes. «L’Auction Sheet n’est pas disponible mais tous les documents sont bien certifiés.»

Quoi qu’il en soit, les concessionnaires estiment que ce nouveau marché pourrait détruire l’industrie de l’automobile à Maurice. Du coup, ils recommandent que l’importation de véhicules en provenance de Singapour soit temporairement suspendue jusqu’à ce que «les autorités locales trouvent une solution à ce nouveau problème».

Du côté des autorités, l’on affirme prendre cette affaire au sérieux. Interrogé, un préposé du ministère du Commerce indique qu’une enquête est en cours. Quant au ministère des Infrastructures publiques, sa réponse est attendue.

Et du côté du Japon

Certaines voitures japonaises sont aussi dans le collimateur de ces concessionnaires de voitures importées. Ils déclarent que des véhicules avec un kilométrage de plus de 80 000 km sont vendus à un prix très bas aux enchères japonaises. Selon eux, après que tous les certificats ont été obtenus des autorités nippones, l’odomètre (instrument servant à mesurer un trajet parcouru par une voiture) est manipulé, soit par les fournisseurs de voitures soit par les concessionnaires eux-mêmes. Ils recommandent que tous les certificats délivrés par la Japan Used Motor Vehicles Exporters Association soient visibles sur tous les véhicules mis en vente.

Autre irrégularité alléguée : des voitures de plus de quatre ans sont importées alors que la limite maximale prescrite par la loi est de 48 mois. Les concessionnaires recommandent que les compagnies maritimes délivrent une lettre aux transitaires représentant ceux du Japon, pour certifier la date exacte de la cargaison. «Une copie nous sera remise lorsque nous allons récupérer l’ordre de livraison avec le transitaire local.»

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