Exposer, s’exposer, décomposer: Firoz Ghanty en haut de l’affiche

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Firoz Ghanty «est probablement un des rares artistes mauriciens à avoir participé, la plupart des fois en solo, à des expositions de ses œuvres aux quatre coins du monde», dit Cassam Uteem.

Firoz Ghanty «est probablement un des rares artistes mauriciens à avoir participé, la plupart des fois en solo, à des expositions de ses œuvres aux quatre coins du monde», dit Cassam Uteem.

Comme les manguiers, les expositions fleurissent déjà. A titre d’exemple celle de Firoz Ghanty.

Chaque affiche conçue par Firoz Ghanty témoigne d’un engagement, d’une conviction. D’une volonté de créer, de participer à la construction d’une société, sur trois fronts : politique, syndical et artistique. C’est tout cela que retrace la double actualité de Firoz Ghanty. Il expose ses affiches conçues entre 1975 et 2018. Elles seront visibles à l’Atelier littéraire, rue Saint-Louis à Port-Louis, du 6 au 26 septembre. Dans la foulée, les éditions Vizavi lancent un beau livre consacré au sujet.

Matraques

Examiner le revers de ces affiches c’est replonger dans une histoire faite de coups de matraques, d’engueulades, de séjours à l’ombre. Il y a eu un départ précipité le 30 avril 1984 pour Paris et un éloignement du pays natal qui a duré 12 ans. On y voit la progression de celui «qui apprend son métier», en soignant la typographie et l’impact visuel d’une affiche dans la rue.

1er-Mai

Sur le plan politique, on revit les grandes heures du 1er-Mai. Mais aussi de campagnes électorales où il y a eu des «mari kafouyaz», des «moments très durs où des militants se sont fait taper dessus par de gros bras» ou ont été intimidés par des avocats voyous. Des histoires de «lake lare», de «lasenn» que les gens ne connaissent pas toujours, d’où l’intérêt du livre qui accompagne cette rétrospective d’affiches, dont certaines ont été tirées à «5 000 à 10 000 exemplaires», indique Firoz Ghanty.

Fanfan, Danyel Waro, Bam Cuttayen

Sans nostalgie, à la manière de documents historiques, ces affiches rappellent le temps où les discours laissaient place à des concerts avec Fanfan, Danyel Waro, «venu cadeau de la Réunion», Bam Cuttayen, le Grup Lataniers entre autres.

Ces affiches qui – paradoxe du temps qui passe – annoncent, pour le spectateur d’aujourd’hui, des manifestations qui ont eu lieu hier, ont d’étranges résonances avec l’actualité. À l’instar de celle qui caricature la mauricianisation de la MBC en 1982, sur fond rouge.

«Pour me f***** de leur gueule, j’ai rappelé que les Hollandais cela signifiait aussi les esclaves

Des affiches, Firoz Ghanty le précise, ont été réalisées gracieusement «alors qu’on galère. Je mendie l’après-midi pour payer le bus, pour avoir des clopes, pour acheter le journal. Le matin, dimann sarite Bobasin pou al Porlwi. En tant que militant politique, on donnait de sa compétence, sans même imaginer qu’on pouvait être payé pour ça». Avant de préciser : «Je n’ai jamais fait d’affiche pour le MMM.»

Au total, l’exposition regroupe 30 affiches, dont celle conçue quand l’État célèbre les 400 ans de l’arrivée des Hollandais. «Pour me f***** de leur gueule, j’ai rappelé que les Hollandais cela signifiait aussi les esclaves

Parcours artistique

Les affiches retracent aussi le parcours du plasticien. Celui qui a exposé au Grand Palais à Paris, au sein du mouvement Figuration critique, «considéré comme un salon d’extrême gauche». Au détour d’une affiche où l’on voit un triangle en feu, Firoz Ghanty lance : «C’était avant même qu’on ne parle de la faya».

Enfin, troisième volet de cette rétrospective, l’engagement syndical. Exemple, celle qui rappelle les 10 ans de la General Workers Federation le 6 septembre 1981. «J’étais membre du Fron Nasional Anti Somaz, responsable d’une organisation indépendante, Konsians Etidian Somer. Mais on m’a coupé l’herbe sous les pieds.»

Beau livre: Cassam Uteem analyse le parcours de Firoz Ghanty

La préface de «Affiches 1975-2018 Firoz Ghanty», publié aux éditions Vizavi, est signée Cassam Uteem, ancien président de la République. En voici quelques extraits :

  • «Ces affiches (…) rédigées pour la plupart en Kreol morisien (…) révèlent aussi l’engagement assidu et total sur plusieurs fronts de cet homme longtemps méconnu et aujourd’hui encore très peu connu.»
  • «Homme de gauche (…) condamné à la prison, sous le Public Order Act pour manifestation illégale organisée par le Fron Nasyonal Anti Somaz dont il fut un des dirigeants, Firoz aurait étonné plus d’un s’il n’avait fait une incursion en politique. Son passage au Mouvement militant mauricien fut cependant de courte durée et il claqua la porte après une divergence idéologique profonde avec certains dirigeants du parti et non des moindres.»
  • «Firoz Ghanty est probablement un des rares artistes mauriciens à avoir participé, la plupart des fois en solo, à des expositions de ses œuvres aux quatre coins du monde.»

«(…) il a su développer une culture d’honnêteté, d’intégrité et d’indépendance. C’est un insoumis invétéré, souvent provocateur, ce qui serait peut-être son moindre défaut, mais toujours franc et sans jamais avoir recours ni aux coups bas ni aux coups fourrés.»

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