Cathy Médar: aider les femmes SDF de Bordeaux à se reconstruire

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Cathy Médar, cogérante d’un futur abri.

Cathy Médar, cogérante d’un futur abri.

La Mauricienne Cathy Médar, établie à Bordeaux, en France, a récemment fait parler du projet qui lui tient à coeur ces temps-ci dans le quotidien régional Sud-Ouest. Elle et son amie Berthille Moreau-Printemps projettent d’ouvrir une association pour aider les femmes sans domicile fixe (SDF) de la ville à se reconstruire.

Cathy Médar, 33 ans, est une Mauricienne pure souche. La trentenaire est née à Triolet. Elle est l’une des trois filles de Serge et de Lydia Médar, qui tiennent une pâtisserie à Cap-Malheureux. Ses parents choisissent pour elle l’éducation française et c’est donc à l’École du Nord qu’elle complète son cycle primaire et son cycle secondaire au Lycée des Mascareignes. Comme de nombreuses petites filles, elle rêve d’être danseuse et pratique le ballet durant l’adolescence.

Très portée pour les matières artistiques dans lesquelles elle veut se spécialiser, la jeune fille décide d’aller faire des études supérieures en arts du spectacle à l’université Bordeaux Montaigne, qui est une des dernières universités françaises à enseigner cette discipline. Si elle complète ses études universitaires, les choses ne se déroulent pas comme prévu. Cathy Médar s’oriente vers plusieurs métiers, dont celui d’assistante de direction pour le compte d’une grande chaîne de restauration.

Un accident de travail l’oblige à effectuer une reconversion professionnelle et au cours de ces dernières années, elle agit comme conseillère adhérente sécurité sociale et mutuelle pour les étudiants. «J’étais rattachée à l’agence Interiale et mon rôle était d’informer les étudiants à propos de leur couverture sociale, de suivre leur dossier et surtout de les aider dans l’utilisation de leur sécurité sociale. Je devais aussi les conseiller sur le choix et l’utilisation de leur assurance complémentaire», raconte Cathy Médar par mél.

«Le sexe est souvent utilisé comme monnaie d’échange pour une nuit dans un abri ou pour un repas.»

C’est au cours des campagnes de sensibilisation pour les étudiants, organisées par l’agence qui l’emploie, que Cathy Médar rencontre Berthille Moreau-Printemps, qui est juriste de formation et qui est aussi employée par la même agence. Les deux jeunes femmes sympathisent. «On parlait de tout et surtout des faits de société. En tant que femmes de cultures différentes, nous évoquions nos expériences, nos différences éducatives, sociales, la différence de traitement lorsqu’on est une fille ou un garçon. Le constat était rude. Notre réflexion a démarré ainsi.»

Bien que l’idée d’oeuvrer dans le social fût présente en elle depuis des années, c’est écouter une intervenante lors d’une conférence organisée par la mairie de Bordeaux dans le cadre de la Journée internationale de la femme en mars dernier qui va tout déclencher. «J’ai écouté cette femme et je me suis dit qu’il faut regarder la réalité en face. On ne démarre pas avec les mêmes armes. Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint et 38 % des SDF en France sont des femmes. Une des phrases de cette intervenante qui parlait de reconversion professionnelle et de l’engagement social m’a profondément marquée. Elle a dit : ‘Si cela ne vient pas des tripes, cela ne sert à rien.’ Du coup, j’ai cherché ce qui me tenait le plus à coeur et Berthille et moi avons décidé d’aller voir les femmes SDF pour qu’elles nous parlent de leurs besoins et de leur quotidien.»

Leur réalité, ajoute Cathy Médar, dépasse l’imagination. Ces femmes SDF sont souvent victimes de harcèlement sexuel, de viol, d’agression. Tout comme «le sexe est souvent utilisé comme monnaie d’échange pour une nuit dans un abri ou pour un repas ou une protection». Et ces femmes finissent à la rue pour de multiples raisons. Parfois, ce sont des jeunes filles mises à la porte par leurs parents, des fugueuses, des femmes victimes de violences diverses et de maltraitance. «Parfois, c’est la perte de la stabilité financière qui les mène à la rue ou encore la maladie. Les causes sont très variées.»

Cette cruelle réalité pousse les deux amies à agir. Après discussions, elles pensent à une association qui gérerait un abri de jour où les femmes SDF peuvent venir se doucher, prendre un repas chaud, s’extérioriser dans des groupes de parole mais aussi assister à des ateliers afin de se reconstruire. Les deux femmes mettent alors leurs carrières respectives en sourdine et réalisent une petite vidéo sous forme de microtrottoir qu’elles postent sur leur page Facebook. Elles sollicitent ensuite les médias pour parler de leurs projets et en parallèle, elles se lancent dans un crowdfunding qui leur rapporte 4 165 euros (environ Rs 166 600).

Pour que leur association, qu’elles comptent cogérer, puisse opérer de façon autonome, il leur faudrait trouver 100 000 euros (un peu plus de Rs 4 millions). De plus, elles doivent identifier un local qui se prêterait à leur projet. «Nous discutons actuellement avec plusieurs associations historiques bordelaises pour d’éventuels partenariats», préciset- elle. «Berthille et moi, nous serons en charge de la logistique et le lieu sera totalement libre. Les repas seront préparés par des bénévoles et par les bénéficiaires, les douches seront libres d’accès. Il y aura des ateliers d’art, des groupes de parole. Dès septembre, nous lancerons une chaîne de podcasts pour donner la parole à ces femmes SDF.»

Cathy Médar ajoute que son association ne sera fermée à aucune femme. «Il n’y a aucune différence entre les violences subies par une femme SDF française dans la rue et une migrante qui vit elle aussi dans la rue. Notre association sera basée sur le partage et la solidarité et le fait de toutes grandir ensemble.» Beau projet.

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