Vassen Naeck: «Le PSAC n’est pas là pour baisser le niveau»

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Vassen Naeck, Professeur au Mauritius Institute of Education.

Vassen Naeck, Professeur au Mauritius Institute of Education.

Les 28 et 29 août 2018 avaient lieu les épreuves des sciences et d’histoire-géo du Primary School Achievement Certificate. Adulé ou critiqué, ce système semble bien parti pour s’intégrer. Un changement nécessaire par souci d’équité, estime Vassen Naeck. Le point.

Comment se sont déroulées les épreuves du Primary School Achievement Certificate (PSAC) cette semaine ?
Dans l’ensemble, cela s’est bien passé. Il faut savoir que là, on bascule d’un modèle à un autre. La compétition est très ancrée dans notre système. C’est devenu un trait culturel. On a été pendant des années dans une évaluation très sélective, basée sur cette concurrence. Maintenant, on va plus pour la version formative. À mon avis, cela va prendre du temps. On n’a pas le choix.

En fait, le PSAC a pris en considération toute la réforme, en y amenant les notions d’équité, d’inclusion et de qualité. Avant, le Certificate of Primary Education (CPE) était une épreuve très sélective. Puisque le PSAC vient valider un certain nombre de compétences acquises après six ans de scolarité, il fallait changer les manuels, produire le Curriculum Framework, entre autres. Parallèlement, les enfants développent leurs facultés communicatives et sociales. Par contre, avec une pédagogie traditionnelle, ils étaient engorgés par une compétition effrénée.

Plusieurs critiques ont été émises à l’introduction du PSAC, avec un décuplement de stress sur les enfants. Ces arguments sont-ils toujours justifiés ?
Je ne crois pas. Le but principal est de réduire leur stress. Imaginez après six ans de scolarité, vous compressez les examens en trois jours. Tout se joue à ce moment-là et il y aurait plus de pression. L’évaluation est désormais programmée sur le temps, permettant aux enfants d’avoir plus de temps pour assimiler et mémoriser les informations. En fin d’année, ces derniers auront moins de matières à passer et alors moins de concentration à exercer. Cependant, les exigences ne diminueront pas.

Quel est l’impact du PSAC sur les résultats ?
Regardez le système, il y a une sorte d’obligation de résultats poussant les enfants à un clivage compétitif. Le PSAC n’est pas là pour baisser le niveau. N’oublions pas que nous sommes dans un système de transition culturelle. Il y a l’exigence de faire des efforts. Notre souhait est que les enfants admis au primaire arrivent à bon port après six ans. Pour cela, on doit mettre en place tout ce qu’on a comme dispositifs, moyens au niveau contenu, pédagogique, etc., pour qu’ils puissent réussir et acquérir les connaissances…

Et les retombées depuis 2017 ?
Il n’y a pas une baisse de performance au niveau national et au niveau des matières. À l’avenir, une augmentation sera perceptible avec le PSAC. Avec le CPE, on avait toujours de 20 à 30 % d’enfants en échec. C’est ainsi qu’on a changé de système. Dès le Grade 1, on a introduit l’évaluation diagnostique. Ainsi, après deux ans de scolarité, on a des techniques afin qu’aucun enfant ne soit laissé en arrière. Cela nous donne des informations pour la remédiation. On évite aussi de retomber dans les travers du CPE. Avec la cohorte d’enfants de la réforme, on va avoir une plus haute performance.

La compétition a toujours été décriée au primaire. Les réformes et changements successifs l’ont-ils ralentie ou au contraire accentuée ?
La réforme n’est pas là pour accentuer la compétition. Le Nine-Year Schooling est basé sur l’équité, l’inclusion et la qualité. Il est impératif que tous nos enfants acquièrent une base de connaissances, soient literate et numerate. Il faut aussi qu’ils aient l’esprit créatif et maîtrisent les outils informatiques. Raison pour laquelle nous avons introduit les tablettes. Le plus important est d’emmener à bon port tous les enfants. Il n’y a pas de tri ni de sélection. Chacun doit pouvoir acquérir ces compétences internationales. Vous savez, un système ne change pas du jour au lendemain. Il faut encourager ces programmes de diagnostic et les changements pédagogiques.

Quelles sont les faiblesses du système éducatif au primaire ?
Premièrement, vous avez des enfants arrivant en primaire avec des niveaux différents. Cela est dû à l’énorme différentiel en termes d’éducation à la maternelle. Je parle des exigences de base pour l’admission au primaire. Par exemple, distinguer les couleurs, connaître l’alphabet, etc…

Faudrait-il standardiser le cursus dès la petite enfance ?
Je ne dirai pas standardiser. Il faudrait diminuer ces différentiels en termes de l’offre que l’on donne, notamment sur les moyens, l’enseignement, les ressources. Il faut travailler en amont et de manière curative. Il faut un gros travail dès la maternelle pour qu’arrivés au primaire, les élèves soient amenés beaucoup plus facilement à acquérir le savoir de base.

Et d’autres faiblesses ?
La plus grande est que nous avons évolué dans un système… Tout le monde a été piégé par ce système du CPE. N’importe quel parent va y entrer car il a peur pour son enfant. La rat race a laissé beaucoup d’enfants sur la touche. À l’inverse, le PSAC préconise une évaluation certificative, ce qui va rebooster le système.

Quelle est la part de responsabilité des professeurs ?
L’enseignement fait une différence significative. C’est au coeur du dispositif de l’éducation. Quand on veut faire cette transition, il faut tout un accompagnement. Cela ne se fait pas au petit bonheur. Il y a la formation continue, la mise à exécution du curriculum, entre autres. Parfois, c’est là où il y a ce décalage entre ce qui a été prescrit et ce qu’on va mettre en place. C’est là où le bât blesse. Cette nouvelle pédagogie va s’intégrer progressivement.


Bio Express

Vassen Naeck a fait ses études en France. Il est détenteur d’un doctorat en science de l’éducation. Professeur au MIE, il est responsable du département de Curriculum Development Implementation and Evaluation. Il est aussi Chairperson du Teacher Education Committee et compte 24 ans de service au sein du MIE.

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