Hépatite C: rajeunissement alarmant des victimes

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L’hépatite C touche les jeunes de 17 ans maintenant, contre les plus de 50 ans auparavant.

  L’hépatite C touche les jeunes de 17 ans maintenant, contre les plus de 50 ans auparavant.  

D’ici à 2025, l’État vise à éliminer l’hépatite C. En octobre, cette maladie fera l’objet d’une conférence. Si les chiffres officiels s’articulent autour d’un millier de cas, médecins et travailleurs sociaux sont plus alarmistes, s’inquiétant du rajeunissement des malades. Pourquoi ? Quels sont les nouveaux traitements ? Comment en venir à bout ?

«Je suis inquiet. L’hépatite C témoigne d’un véritable rajeunissement notamment chez les usagers de drogue par voie intraveineuse», lâche Prithiviputh Rittoo, fondateur et président honoraire de l’association Hep Support.

Selon lui, ces derniers se mettent en groupe pour cotiser et s’approvisionner en substances illicites qu’ils partagent au moyen d’une même seringue. Hélas, celle-ci est également porteuse d’hépatite C. «Avant, cette maladie touchait surtout la population des plus de 50 ans. Aujourd’hui, à 17 ans, on est infecté par l’hépatite C», précise-t-il.

«La maladie n’a pas forcément d’ampleur. En revanche, la toxicomanie s’accentue. Le mode de propagation a changé, surtout avec des seringues usagées, échangées entre toxicomanes.»

Son constat est partagé par Ishaq Jowahir, vice-président de l’Association des médecins privés. «La maladie n’a pas forcément d’ampleur. En revanche, la toxicomanie s’accentue. Le mode de propagation a changé, surtout avec des seringues usagées, échangées entre toxicomanes.»

Le rajeunissement est aussi confirmé par Imran Dhannoo, du centre Idrice Goomany, surtout chez les jeunes s’injectant du brown sugar. D’après le rapport de l’Observatoire national sur la drogue publié en mars 2018, 1 700 échantillons sur 14 125 se sont révélés positifs à l’hépatite C en 2015. «Cette forte prévalence peut être tributaire des pratiques d’injection de drogue par voie intraveineuse», stipule le rapport.

Le risque est accru puisque 63 % des toxicomanes affirment s’injecter des stupéfiants quotidiennement, alors que 69 % le font entre deux et trois fois par jour. Globalement, 97,7 % des toxicomanes par voie intraveineuse sont porteurs de la maladie, indique Imran Dhannoo. Et dans la plupart des cas, ces derniers ignorent qu’ils souffrent de la maladie. «Les dépistages ne doivent pas se limiter au service public. Il faut aller vers la communauté pour la conscientiser et déceler les cas d’hépatite», soutient Prithiviputh Rittoo.

«Nous devons cibler les jeunes. Par exemple, la tranche d’âge universitaire est plus vulnérable aux dangers de la drogue. Ensuite, on devrait s’orienter aussi vers les collégiens.»

De son côté, Nudhur Bundhoo, chargée de plaidoyer à PILS, affirme que des tests rapides sont effectués par l’association. Lorsque ceux-ci sont positifs, des diagnostics avancés sont recommandés à la personne. «Par exemple, il faut déterminer à quel point le foie est endommagé mais aussi faire d’autres tests de sang et de génotype, qui pourraient mieux orienter les traitements.»

Abondant dans le même sens, Ramesh Poorunsingh, secrétaire général et porte-parole du Comité pour l’amélioration de la santé (CAS), affirme que les dépistages entrepris plus tôt faciliteraient les interventions.

Quels sont les traitements existants pour soigner l’hépatite C? «Auparavant, il fallait procéder à des injections. Pour un traitement, il en fallait entre douze et vingt. Et une seule injection coûtait de  Rs 25 000 à Rs 30 000», explique le Dr Ishaq Jowahir. À un tel tarif, plusieurs patients devaient se passer de soins faute de moyens.

Désormais, les nouveaux traitements doivent être axés sur des antiviraux prescrits sous forme de comprimés. Ceux-ci seraient très efficaces, indiquent nos interlocuteurs, permettant un temps de guérison variant entre trois et six mois. «Sur plus d’un millier de cas, nous avons noté une réussite à 100 %», se réjouit Prithiviputh Rittoo. Avec le soutien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les coûts ont chuté, passant à Rs 30 000 pour un traitement complet.

«La maladie n’a pas forcément d’ampleur. En revanche, la toxicomanie s’accentue. Le mode de propagation a changé, surtout avec des seringues usagées, échangées entre toxicomanes.»

À ce stade, il n’existe aucun vaccin contre la maladie. Qu’en est-il des nouveaux traitements ? La décision du Conseil des ministres du 3 août prévoit de former des médecins dans cette voie. Récemment en conférence au Canada, Prithiviputh Rittoo découvre un médicament avec un temps de guérison plus court. Toutefois, celui-ci n’atterrira pas de sitôt dans nos hôpitaux puisqu’il doit d’abord faire ses preuves.

Nudhar Bundhoo mentionne un fabricant égyptien qui proposerait des antiviraux qui coûteraient cher et qui sont tout aussi efficaces sur les patients atteints du VIH et de cirrhose du foie. «97 % des malades ont recouvré la santé après un traitement de douze semaines. Pour Maurice, il est crucial que l’Etat puisse négocier le prix des soins. Comme nous sommes une petite île, nous pouvons discuter avec des laboratoires et éradiquer la maladie.»

L’élimination de l’hépatite C figure justement à l’agenda ministériel de l’État. L’objectif devrait être atteint d’ici à 2025. Une mission à laquelle s’attelle l’OMS aussi mais jusqu’en 2030. Comment y parvenir ? «Il faut gérer l’ampleur de la toxicomanie à la base et augmenter les dépistages», suggère Ishaq Jowahir.

Pour Prithiviputh Rittoo, l’élimination de la maladie tient à l’élargissement de l’action, soit à travers la conscientisation, le dépistage précoce, surtout en raison du rajeunissement des patients souffrant de l’hépatique C. «Nous devons cibler les jeunes. Par exemple, la tranche d’âge universitaire est plus vulnérable aux dangers de la drogue. Ensuite, on devrait s’orienter aussi vers les collégiens.»

Pour Nudhar Bundhoo, l’élaboration d’un plan national pour l’hépatite C est impérative. Selon elle, les lois se focalisent principalement sur le programme d’échange de seringues et d’aiguilles. Il faudrait aussi inclure d’autres matériels d’injection tels que les filtres.

Pour le porte-parole du CAS, la prise en charge doit être mieux encadrée. «Il faut des compétences, par exemple, grâce à la technologie moderne avec l’emploi des médecins qualifiés, des laboratoires sophistiqués.»

À ce sujet, Nudhar Bundhoo souligne le besoin d’inclure dans les soins toutes les populations concernées, y compris les détenus, les toxicomanes, ceux sous méthadone et les personnes séropositives. «Les médecins doivent être formés et comprendre que les critères des soins doivent être inclusifs et ce sans distinction.»

Nous avons sollicité le ministère de la Santé à plusieurs reprises mais toutes nos démarches sont demeurées vaines.

En chiffres

° 1 279 cas d’hépatite C ont été répertoriés en 2016. C’est ce que révèlent les «Health Statistics» de 2016. Mais selon Prithiviputh Rittoo, ces chiffres sont en dessous de la réalité. «La prévalence réelle est de 3 à 4 % de la population. Les données sont limitées aux dépistages dans le service public», affirme ce médecin à la retraite.

D’après ce document, une baisse est observée depuis 2006. Durant cette année, 2 026 cas avaient été détectés. En 2009, ce taux est descendu à 1 735 puis à 1 598 trois ans plus tard. Selon le rapport de l’Observatoire national sur la drogue, de 2010 à 2016, 68 décès étaient liés à la maladie chez les adultes âgés de 30 ans et plus. On en dénombre 63 hommes et 5 femmes.

° Qu’est-ce que cette maladie ?

 Il s’agit d’un virus lié à une inflammation du foie. Cette maladie se transmet principalement par voie sanguine. Selon le Dr Ishaq Jowahir, plusieurs symptômes se manifestent, en particulier des douleurs articulaires, la jaunisse, des nodules. Durant les six mois suivant l’exposition au virus, l’hépatite C connaît sa phase accrue. En cas de non-traitement, l’état du patient se détériore, atteignant le stade chronique pouvant entraîner le cancer, la cirrhose ou encore la mort.

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