MauBank: les dessous de l’«éviction» de Sridhar Nagarajan

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En acceptant le poste de CEO de la MauBank, Sridhar Nagarajan avait posé comme condition qu’il n’y aurait pas d’ingérence politique.

En acceptant le poste de CEO de la MauBank, Sridhar Nagarajan avait posé comme condition qu’il n’y aurait pas d’ingérence politique. 

Le Chief Executive Officer (CEO) de la MauBank, Sridhar Nagarajan, ne fera pas un second mandat à la MauBank. Il a été appelé à débarrasser le plancher à la fin de septembre, au terme de son contrat. Les directeurs du Board réunis au complet le 24 août ont tranché en faveur de son départ.

Performance financière en demi-teinte ou victime d’un complot en haut lieu ? Les spéculations vont bon train alors que la course à la succession est déjà ouverte…

Dans l’entourage du CEO sortant, l’argument avancé pour justifier son départ ne tient pas la route. La MauBank n’est pas dans le rouge. Pour l’année financière se terminant au 30 juin 2017, la banque a réalisé des bénéfices nets de Rs 141 millions et devrait répéter cette performance en 2018.

«Il n’était pas question de faire la distinction entre un proche du pouvoir et un client normal. Un client est un client.»

Alors, que reproche-t-on à Sridhar Nagarajan ? Les informations qui transpirent montrent qu’il aurait été victime d’un complot de certains «high profile clients», détenant des prêts classés non-performants qui se sont ligués avec certains proches du pouvoir pour monter une opération de «lev paké» à son encontre. Parmi ceux-ci, des Senior Advisers, le propriétaire d’une société de gardiennage et un businessman gravitant dans le giron du pouvoir.

La décision de Sridhar Nagarajan de mettre au pas certains mauvais payeurs aurait-elle eu l’effet déclencheur de cette opération ? Banquier professionnel, l’ex-patron de la Standard Chartered Bank paie, dit-on, le prix de son refus de se plier aux exigences de certains proches du pouvoir qui n’ont jamais accepté l’idée que cet établissement bancaire ferme le robinet de prêts à leur égard face à la fragilité de leur situation financière. Sridhar Nagarajan avait rattaché comme seule et unique condition pour accepter ce poste de CEO qu’il n’y aurait pas d’ingérence politique dans les activités internes de la banque.

«Je comprends que Sridhar Nagarajan a exercé de fortes pressions sur certains clients pour qu’ils remboursent leurs prêts, allant même jusqu’à mettre leurs sociétés en liquidation ou encore en administration judiciaire pour recouvrer l’argent prêté par l’ex-MPCB», souligne un banquier qui a voulu garder l’anonymat. D’ajouter que pour Sridhar Nagarajan, «il n’était pas question de faire la distinction entre un proche du pouvoir et un client normal. Un client est un client».

Autre son de cloche du côté d’un spécialiste financier qui ne partage pas nécessairement cette opinion. «Je persiste à croire que les objectifs fixés n’ont pas été atteints et que quelque part, certains chiffres auraient été maquillés pour donner une image positive à cette banque.»

Ce qui est sûr, c’est que Sridhar Nagarajan, recruté en septembre 2016 par l’ex-ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, pour diriger la MauBank sur la base des recommandations d’un rapport du cabinet d’audit Ernst & Young, n’aura pas complété sa mission de restructurer totalement la banque, d’assainir ses finances et d’identifier un repreneur après l’échec du groupe Hinduja qui voulait la racheter pour des miettes.

Certains s’interrogent sur le profil du prochain CEO. Serait-il à tel point flexible, voire manipulable, pour passer sur les frasques de certains clients ou ferait-il preuve de fermeté pour poursuivre le travail d’assainissement financier enclenché par son prédécesseur ? D’ores et déjà, plusieurs noms sont cités, dont un avec persistance. Banquier professionnel comme Sridhar Nagarajan, il a travaillé pendant de longues années dans une banque étrangère. Familier à la MauBank, il bénéficie actuellement du soutien du bâtiment du Trésor.

Si cette nomination est confirmée, ce banquier sera appelé à rassurer ses clients et ses 600 employés tout en stoppant la perte de confiance à laquelle MauBank est confrontée depuis l’annonce dans la presse, la semaine dernière, du départ de l’actuel locataire.

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