Nouveaux billets: nouvelle arme pour s’attaquer au blanchiment d’argent ?

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L’ampleur de l’argent sale est conséquente à Maurice, selon les chiffres fournis par les autorités.

L’ampleur de l’argent sale est conséquente à Maurice, selon les chiffres fournis par les autorités.

Après avoir abandonné le projet en 2016, l’idée d’une nouvelle famille de billets a refait surface avec les recommandations du rapport de la commission d’enquête sur la drogue, le mois dernier. L’émission d’une nouvelle série de billets de banque ferait l’objet de discussions entre la Banque de Maurice (BoM) et le ministère des Finances. «Il y a des réunions de haut niveau de manière informelle», indique une source aux Finances. Et d’ajouter que «les implications d’un tel projet sont toujours à l’étude».

Aucune décision n’a été finalisée par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Si officiellement le gouvernement refuse de préciser sa position sur la question, cependant, dans les milieux concernés, l’on indique que d’intenses lobbies seraient déjà à l’œuvre. À la Banque centrale, les pourparlers ont repris avec des imprimeurs. Une présentation par la société De la Rue, imprimeur britannique, s’est tenue fin juillet à la BoM. Dans le même temps, le First Deputy Governor, Renganaden Padayachy, s’était rendu à Amsterdam où il s’est entretenu avec le concurrent français Obertur Fiduciaire.

S’attaquer frontalement aux trafiquants de drogue et à ceux qui font entrer l’argent sale dans le circuit monétaire en remplaçant les grosses coupures. C’est ce que préconise l’ancien juge Paul Lam Shang Leen dans son rapport. L’ampleur du black money est conséquente à Maurice, à en croire les chiffres fournis par les autorités. Selon la Mauritius Revenue Authority, Rs 35 milliards proviennent du blanchiment et du financement d’activités illégales.

«Malgré l’ampleur du problème, le gouvernement ne semble vouloir prendre les taureaux par les cornes», déplore l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Dan Maraye. Les autorités auraient pu commencer par démonétiser la coupure de Rs 2 000, ce qui n’aurait rien coûté aux contribuables, selon lui.

L’abolition du billet de Rs 2 000 et le remplacement de la présente famille de billets sont également recommandés par l’ex-gouverneur Ramesh Basant Roi. Le projet présenté par celui-ci avait été rejeté par le Premier ministre en 2016. Ramesh Basant Roi avait souhaité qu’au lieu des effigies d’hommes politiques, les nouvelles coupures aient comme illustration des paysages et événements culturels ou historiques.

Cacophonie et mécontentement

«Les changements proposés étaient très flous à l’époque», se rappelle Osman Mahomed, député du Parti travailliste qui avait posé une question parlementaire en juillet 2016 à ce sujet. Il regrette que le Premier ministre ne se soit pas attardé sur les raisons de son refus concernant ce projet qui était estimé à Rs 600 millions. À la suite de quoi Ramesh Basant Roi avait lancé ceci : «Le gouverneur de la Banque centrale n’est pas un élu. (…) Quand il s’agit de billets de banque, c’est aux élus de décider…»

Au vu de la position de la Commission d’enquête sur la drogue et certaines informations disponibles, Osman Mahomed n’exclut pas la possibilité de revenir à la charge à la rentrée parlementaire en octobre. En attendant, au gouvernement, l’on a toujours en mémoire l’épisode indien.

En Inde, bien que la décision du Premier ministre, Narendra Modi, de procéder à une démonétisation en 2016 ait été accueillie favorablement par la majorité de la population, c’est la mise en œuvre de la mesure qui a inversé la tendance. Face à la perspective d’une cacophonie et du mécontentement, certains au gouvernement auraient déjà fait part de leurs appréhensions relatives à une émission d’une nouvelle famille de billets.

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