Commission Caunhye: Sobrinho à Maurice pour discréditer Gurib-Fakim ?

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Álvaro Sobrinho quittant les locaux de l’ICAC, à Réduit, où il a été entendu vendredi.

Álvaro Sobrinho quittant les locaux de l’ICAC, à Réduit, où il a été entendu vendredi.

Coïncidence ou démarche planifiée ? Jeudi, soit deux jours après la déposition d’Ameenah Gurib-Fakim (NdlR, mardi) devant la commission d’enquête présidée par le Puisne Judge, Asraf Caunhye, l’homme d’affaires angolais, Álvaro Sobrinho, a débarqué à Maurice pour être entendu par l’Independent Commission against Corruption (ICAC). Le «timing» de l’arrivée de l’ami de l’ancienne présidente de la République suscite des interrogations.

D’ailleurs, lors de sa conférence de presse samedi, le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) Paul Bérenger a émis des doutes sur la présence d’Álvaro Sobrinho à Maurice. «Qu’est-ce qu’il est venu faire ? On verra la suite. Peut-être qu’il a été piégé. De toute façon, je n’ai pas confiance en l’ICAC», a-t-il répondu à une question de la presse.

Dans le giron politique, l’on affirme que l’ex-présidente de la République n’a rien à perdre et qu’elle a «tout à dire» devant la commission. D’ailleurs, elle en a donné un aperçu lors de l’audience du 14 août, quand elle avait déclaré : «J’ai été lâchée par le gouvernement», tout en ciblant l’Attorney General Maneesh Gobin qui, selon elle, a refusé de l’écouter pour lui prodiguer des conseils légaux. Et la semaine dernière, elle a accusé le Premier ministre Pravind Jugnauth, d’avoir menti sur sa démission.

Dans une conférence de presse, le 9 mars, le chef du gouvernement avait évoqué le départ d’Ameenah Gurib-Fakim de Réduit. «Prézidant inn dir mwa ki li pu démisioné dé so fonksion. É nou finn tom dakor lor enn dat», avait-il dit. Toutefois, devant le Puisne Judge, Asraf Caunhye, et ses assesseurs, la principale concernée a démenti avoir déclaré qu’elle allait démissionner.

Sérénité et patience

C’est 48 heures après cette déclaration qu’Álvaro Sobrinho a fait son apparition à Maurice. Dans l’entourage de l’ex-présidente, l’on affirme qu’elle est sereine et qu’elle ne fera pas de commentaire. «Elle regarde comment les choses évoluent», déclare un de ses amis. Au Prime Minister’s Office, un collaborateur de Pravind Jugnauth dément que le gouvernement soit derrière la venue de l’homme d’affaires angolais, avec pour objectif d’embarrasser Ameenah Gurib-Fakim. «C’est insensé. Si c’était planifié, Álvaro Sobrinho n’aurait pas pensé à quitter le pays», insiste notre interlocuteur. «D’ailleurs, j’ai appris par la presse que l’ICAC a demandé à l’immigration de l’empêcher de quitter le territoire si jamais il tentait quelque chose.»

Selon notre source, Ameenah Gurib-Fakim joue avec la commission. «Pravind Jugnauth ne lui a jamais donné de date pour démissionner. D’ailleurs, c’est le Premier ministre qui a référé une lettre à l’ICAC pour enquêter sur les agissements d’Álvaro Sobrinho», se défend-on.

Il nous revient qu’outre l’affaire Platinum Card, le gouvernement veut savoir si Ameenah Gurib-Fakim a bénéficié d’autres facilités du Planet Earth Institute et d’Álvaro Sobrinho lui-même. De nouvelles découvertes pourraient discréditer l’ex-chef de l’État et, par ricochet, apporter de l’eau au moulin du gouvernement…

D’ailleurs, il semble qu’Ameenah Gurib-Fakim avait été lâchée par le Planet Earth Institute (PEI) lorsque l’affaire Platinum Card a éclaté. L’ONG, qui avait avant cela émis de longs communiqués pour venir à la rescousse de l’ex-présidente de la République, n’avait publié que deux lignes le 11 mars dernier. «She had repaid our Mauritian sister foundation for sums apparently inadvertently used on a credit card issued to her to cover logistical expenses whilst travelling to promote African science, technology and innovation», disait le communiqué. Celui-ci n’avait d’ailleurs par été envoyé à la presse ou publié sur les réseaux sociaux du PEI comme à l’accoutumée.

 En outre, dans les milieux concernés, on fait ressortir qu’Álvaro Sobrinho avait plusieurs liens au sein du gouvernement. Ces derniers se seraient depuis retournés contre Ameenah Gurib-Fakim.

Mes Hyderkhan et Noël convoqués

Suivant les auditions d’Ameenah Gurib-Fakim et de Me Yousuf Mohamed, Mes Nadeem Hyderkhan et Gilbert Noël devraient être entendus aujourd’hui. Ils devront donner leur version des faits sur le déroulement de la mise sur pied d’une commission d’enquête par l’ancienne présidente, le 16 mars dernier. Il avait été demandé à Mes Nadeem Hyderkhan et Gilbert Noël de quitter la salle lors de l’audition de Me Yousuf Mohamed, le 23 août. Pendant cette séance, l’homme de loi s’est dédouané de la mise sur pied de ladite commission. Me Yousuf Mohamed a affirmé qu’il avait expliqué à l’ex-présidente qu’elle devait avoir l’aval du Cabinet pour cela. Il n’a que brièvement mentionné avoir parlé à Me Gilbert Noël concernant le «move» d’Ameenah Gurib-Fakim. Par contre, Me Nadeem Hyderkhan est le junior de Me Yousuf Mohamed. Il aurait aussi rédigé les «Terms of Reference» de la commission.

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Un nouveau scandale défraie la chronique depuis le mercredi 28 février à Maurice. Cette fois-ci cela concerne ni plus ni moins la garante de notre Constitution, son excellence Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République. Elle a dépensé plusieurs centaines de milliers de roupies pour des achats personnels, entre autres, sur une carte de crédit Platinum offerte par la Planet Earth Institute, la fondation d’Álvaro Sobrinho, homme d’affaires angolais hautement controversé. Retrouvez tous les articles concernant cette affaire dans notre dossier spécial : Platinum Card. Une enquête exclusive de l’express.

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