«L’Ouest est un secteur difficile à desservir par autobus»

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(Photo d’illustration)

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Sunil Jeewoonarain est engagé dans le business de transport en commun depuis les années 80. Sa compagnie, Perle du Jour, dessert plusieurs villages sur la route entre Case-Noyale et Quatre-Bornes. Cela fait plusieurs mois que des habitants des villages concernés se plaignent du passage erratique de certains autobus individuels qui feraient la pluie et le beau temps.

Quelle route dans l’Ouest est desservie par la compagnie Perle du Jour ?

Depuis les années 80, nous roulons principalement sur la route numéro 5, soit celle qui va de Baie-du-Cap à Quatre-Bornes, en passant par les villages comme Le Morne, Case-Noyale et La Gaulette.

C’est une route qui était, dès le départ, très difficile avec très peu de d’habitants et qui n’était pas rentable. Avec mon expérience des années de service sur cette route, je peux dire que c’est une route dont le coût d’exploitation est élevé.

Pourquoi est-ce le cas?

C’est dû au fait que c’est une route de plus de 50 km. De plus, son état laisse à désirer. Ces deux facteurs font que cette desserte nécessite une importante consommation de diesel, des réparations régulières et une grosse main-d’œuvre. C’est une route qui fait plus de deux heures.

Parfois, il y a des passages sur cette route qui sont dangereux, surtout lorsqu’il pleut et qu’il y a des débordements. Cette route nous oblige à payer des heures supplémentaires aux travailleurs. Autant de facteurs qui grossissent les coûts d’exploitation. Les autobus roulent normalement tous les jours, de 5 heures du matin à 19 heures.

Ce ne sont pas les autobus les plus remplis pourtant?

Comme sur les autres routes, nous avons des heures de pointe et d’autres creuses. Parfois, durant les heures de pointe, les bus sont surchargés. En général, ces heures de pointe sont entre 7 heures et 7 h 30 jusqu’à 8 h 30 – 9 heures. Les autobus sont alors bondés, surtout en période scolaire.

En dehors de ces heures spécifiques, nous avons une vingtaine de clients en milieu de la journée. Notre gros problème, c’est le fléau des vans marrons.

Comment ça?

Le souci est que durant les heures de pointe, les vans marrons viennent débaucher nos clients. L’argent que les chauffeurs de ces vans obtiennent ne retourne pas dans le système car ils ne déclarent pas ces revenus.

Nous, nous payons des taxes et nous sommes dans l’obligation d’obtenir un permis d’opération. On doit investir dans le renouvellement de la flotte parce qu’il faut penser au confort et à la fiabilité, surtout que nous gagnons notre vie avec. Les vans marrons ne font pas tout ça. Ils n’ont pas besoin de rendre des comptes à quiconque.

C’est décourageant pour les opérateurs et le personnel et cela a un impact sur la qualité du service aussi. L’exemple le plus parlant est du côté de la plage publique du Morne. On desservait cette route jusqu’à ce que les vans marrons viennent nous voler nos clients.

Avez-vous rapporté les cas?

Nous avons déjà rapporté ces cas de «braconnage» mais malheureusement, le problème reste entier. On ne peut pas mettre des gens dans tous les coins de rue pour surveiller les vans marrons. Or, cette situation dégrade le service offert par les autobus et c’est le public qui est perdant

Depuis qu’il y a davantage de développements dans l’ouest, les gens prennent-ils plus l’autobus?

On s’attendait à ce que le développement touristique booste les services des autobus, malheureusement sur le terrain, ce n’est pas le cas. Le public préfère les vans privés et des vans, qui parfois deviennent instantanément des vans marrons parce que sur une route, ils sont vides. Ils voient des gens attendant l’autobus et décident de les prendre à bord.

Les critiques sur le service des autobus ne manquent pas dans l’Ouest…

Le vrai souci est qu’au sein de la Quatre-Bornes Bus Owners Cooperative Society, dont fait partie Perle du Jour, il y a certaines compagnies dont les employés font ce qu’ils veulent et cela rejaillit sur tous les opérateurs d’autobus.

À cause de quelques brebis galeuses, qui sont une minorité, tous les opérateurs sont critiqués par les villageois. Le problème est que les responsables de ces compagnies n’ont pas de contrôle sur le comportement de leurs employés.

Cela dit, il faut aussi tenir compte du fait que certains passagers posent problème, surtout ceux qui entrent dans les derniers bus du soir en week-end. Il arrive fréquemment que nos employés soient menacés et ou que le client refuse tout bonnement de payer.

Parfois, ce sont de jeunes étudiants qui font les «insinifian». Au lieu de prendre les bus affrétés à leur intention et qui sont gratuits pour eux, ils les laissent partir et campent sur l’arrêt d’autobus avant de prendre d’autres autobus et refusent de payer leur place. Et quand ils sont en retard, ils ont le culot de dire que c’est de notre faute.

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