Lovania Pertab: «La corruption est présente tant dans le public que le privé»

Avec le soutien de
Lovania Pertab, présidente du conseil d’administration de Transparency Mauritius.

Lovania Pertab, présidente du conseil d’administration de Transparency Mauritius.

L’avocate Lovania Pertab vient d’être nommée présidente du conseil d’administration de Transparency Mauritius. Elle a fait du vote et de la promulgation de la Right to Information Act son dada. Cette fille de Prema et de feu Rajoo Pyndiah, qui était assistant commissaire de police, est issue du droit français. Après des études au Lorette de Quatre-Bornes et une licence et une maîtrise en droit obtenues auprès de l’université de La Réunion, c’est à l’université de Limoges, en France, qu’elle a complété son diplôme de troisième cycle avec une spécialisation en droit environnemental.

Lorsqu’elle regagne Maurice, le droit environnemental y est encore à l’état embryonnaire. «C’était donc difficile de pratiquer cette spécialité car il n’y avait pas d’instance pour cela.» Quand elle passe ses examens du barreau mauricien en 1990, elle décide d’intégrer le Parquet où elle passe une dizaine d’années. Féministe car elle a grandi dans le contexte de la revendication, elle contribue à l’ébauche de plusieurs lois dont la Protection from Domestic Violence Act et la Sex Discrimination Act.

Au cours de sa carrière, Lovania Pertab est détachée momentanément pour agir comme magistrate à la cour de Port-Louis, puis à celle de Pamplemousses et de Rose-Hill, avant d’être renvoyée au Parquet. Ce qui lui plaît le plus durant ce remplacement, c’est de retrouver les parties opposées en Chambre et d’être à même de pouvoir faire de la médiation. «À l’époque, on pouvait aider les gens à résoudre leurs problèmes. Ils avaient du respect pour la parole du magistrat. Aujourd’hui, je n’en suis pas trop sûre.»

Elle ne reste pas longtemps au Parquet car Air Mauritius la sollicite pour remplir le poste de conseil légal. À peine y a-t-elle mis les pieds qu’éclate le scandale de la caisse noire. «Ce fut cinq années tumultueuses mais riches en enseignements car elles m’ont permis de connaître les faiblesses du secteur privé, si tant est que la compagnie nationale puisse être considérée comme faisant partie du secteur privé.»

Lorsque le tribunal de l’environnement est mis sur pied et que l’on cherche un candidat pour présider cette instance, elle postule et la Public Service Commission (PSC) la recrute. Maurice étant ce qu’elle est, parce que son époux, Kishore, avocat comme elle, est candidat du Mouvement socialiste militant aux élections générales de 2005, Lovania Pertab est priée de prendre la porte de sortie. Elle est perdante sur un autre front également puisqu’après les élections générales qui ont vu la victoire du Parti travailliste, la décision de la PSC concernant son recrutement à la tête du tribunal de l’environnement est renversée.

Dégoûtée, elle accepte un poste de magistrate pendant un an aux Seychelles. Elle y serait restée plus longtemps si sa fille unique, Sneha, n’avait eu à se préparer pour ses études universitaires. À son retour, elle tombe sur un homme providentiel, à savoir le businessman Dominique Galléa, envers qui elle éprouve «du respect et de la gratitude» car à une époque où la chasse aux sorcières politique se poursuivait et que personne n’avait le courage de l’embaucher, lui l’a fait. «C’était une période difficile de ma vie et il m’a tendu une perche. Je lui en suis reconnaissante.» Sa fille Sneha, qui a aussi subi les effets de cette victimisation, a, elle, préféré rester en Allemagne après ses études.

Après que Lovania Pertab a passé cinq ans auprès de Dominique Galléa, la Mauritius Commercial Bank lui fait des appels du pied pour qu’elle intègre son département légal. Ce qu’elle fait et après un passage de cinq ans dans cette institution bancaire où elle est pendant un an responsable du service de recouvrement légal, elle décide de prendre du temps pour elle. Et de travailler à mi-temps en se mettant à son compte et en faisant du travail social. C’est ainsi qu’elle a ouvert son étude dans le bâtiment Sterling House, à Port-Louis, et qu’elle offre un service conseil en droit commercial aux entreprises. «Jusqu’ici, j’ai présidé bon nombre de comités disciplinaires. Mais je ne vais pas en cour pour les litiges et autres contentieux.»

Depuis un an, elle siège comme membre du conseil d’administration de Transparency Mauritius, organisation non gouvernementale apolitique, affiliée à Transparency International et qui lutte contre la corruption en animant des formations auprès des institutions publiques et privées sur divers thèmes comme l’intégrité et l’éthique. Cette organisation prend aussi position dans des cas évidents de corruption et aide l’organisation internationale à compiler l’indice de corruption mauricien. «Comme nous n’avons pas de pouvoirs d’investigation, nous agissons avec prudence. Nous recevons de nombreuses plaintes avec des allégations de corruption que nous dirigeons vers les départements concernés comme la police ou l’ICAC.»

Si elle a choisi de se joindre à cette organisation, c’est parce qu’elle est d’avis que «la corruption est un des plus grands fléaux» rongeant la société mauricienne. «Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle est institutionnalisée, mais je crois qu’elle est présente aussi bien dans le secteur privé que public. Elle est tolérée. C’est (…) sans doute pour cela que Maurice a perdu quelques points dans le tableau des indices de corruption deTransparency International.»

Durant son mandat comme présidente du conseil d’administration, qui est d’un an mais renouvelable, Lovania Pertab compte mettre l’accent sur trois axes : l’importance des lanceurs d’alerte (whistleblowing), le financement des partis politiques et surtout la Right to Information Act dont elle a fait sa fixation. «J’ai lu que le Premier ministre mauricien a répliqué qu’il n’y avait pas la logistique à Maurice pour introduire la Freedom of Information Act que je préfère appeler la Right to Information Act. Si l’Inde a pu voter cette loi, je ne vois pas comment Maurice ne peut le faire.» D’ajouter qu’en Inde, n’importe quel citoyen indien peut demander n’importe quel renseignement sur un quelconque sujet dans le secteur public ou privé qui a bénéficié des deniers publics. Et les autorités sont tenues de lui rendre réponse dans les 30 jours suivant sa requête.

Elle estime qu’il est du devoir de Transparency Mauritius d’orchestrer une vaste campagne de sensibilisation à ce sujet pour que les citoyens réclament cette loi au gouvernement. «Nous solliciterons une rencontre avec le Premier ministre et l’Attorney General afin d’évoquer ces questions.»

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires