Christian Cappe: «Que Maurice soit une plateforme entre l’Asie et l’Afrique»

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Christian Cappe, président de l’Union des médias, de la publicité et du digital. © Beekash Roopun

Christian Cappe, président de l’Union des médias, de la publicité et du digital. © Beekash Roopun

En septembre, vous organisez l’Innovation and Digital (ID) Congress à Maurice. Quel en est l’objectif ?
En collaboration avec l’Association des agences de publicité mauricienne et celle du Kenya, on a décidé de créer l’ID Congress du 19 au 20 septembre 2018. L’objectif est d’abord de célébrer la créativité pour toute l’Afrique de l’Est et l’océan Indien. Deuxièmement, nous voulons présenter les nouvelles formes d’innovations, qu’attend ou que peut connaître la publicité aujourd’hui. Que ce soit dans le domaine de l’intelligence artificielle, des objets connectés, de la data, de la monétisation des médias…

Le congrès se tiendra à l’hôtel Trou-aux-Biches Beachcomber Golf Resort and Spa. Les participants seront principalement des décideurs et des exécutifs de la région. On attend environ 200 professionnels. L’ambition est que Maurice soit une plateforme d’échange entre l’Asie et l’Afrique.

Comment Maurice peut y parvenir ?
Quand je suis venu ici pour la première fois, j’étais excessivement surpris par les dessertes aériennes. C’est impressionnant. Les grandes capitales africaines sont couvertes, et le tout en direct. Il y a la création d’un hub. Le fait que le président chinois puisse passer deux jours ici, et signer un accord de libre-échange, illustre bien la création de cette plateforme et l’existence de ce carrefour.

De plus, cela démontre que les acteurs de la technologie sont importants à Maurice. C’est pour cela que c’est la meilleure base pour organiser une telle manifestation. Pour l’événement, on cible l’océan Indien, le Kenya et l’Afrique du Sud. Pour les étapes suivantes, ce sera Dubaï, l’Inde et la Chine. Les potentiels sont gigantesques.

Souvent, l’intention d’innover est là mais pas la concrétisation. Comment y parvenir ?
L’esprit humain veut mettre tout le monde dans les cases. Mais l’innovation en soi, c’est l’absence de cases. Surtout, il faut laisser libre cours aux initiatives. Quand les marchés sont mûrs, là on fait les cases. Donc, déjà le principe d’une initiative, c’est de l’innovation positive. Quand je vois ce qui est fait ici avec le Mauritius Research Council, notamment pour les partenariats, c’est formidable. Ce n’est jamais parfait car c’est de l’innovation. Il faut chercher, échanger.

Comment évolue l’univers de la publicité et des médias avec la révolution du numérique ?
Voyons les médias historiques comme la télévision, la radio, la presse écrite, l’affichage. Ils sont puissants et demeurent majoritaires. Évidemment, on a l’explosion numérique, surtout avec le téléphone intelligent. On est face à un changement complet en devenir. Cela dépend du mode de relation entre les marques et les consommateurs selon les pays. Avec l’évolution de la technologie, la géolocalisation, l’exploitation des données, on arrive à pouvoir évaluer les besoins de chaque consommateur en fonction de son profil mais aussi de sa vie, ses habitudes, sa localisation. Et ce, à une vitesse plus rapide que la lumière.

«L’innovation en soi, c’est l’absence de cases. surtout, il faut laisser libre cours aux initiatives.»

Est-ce une bonne chose ?
Après la big data, on est passé à l’ère suivante : communiquer par les usages. Les marques doivent apporter de nouveaux services. Par exemple, par les objets connectés, la relation apportée de l’e-commerce et les magasins, etc. Aujourd’hui, les banques traditionnelles développent leurs services en ligne. Certaines vont même très loin en France où vous pouvez ouvrir votre compte dans un bureau de tabac et en dix minutes, tout s’opère en ligne.

Il y a une accélération de la digitalisation dans cette relation par l’usage et la publicité. Ces services complémentaires génèrent du développement. Est-ce bien ou pas ? Nous évoquerons cela justement au congrès. La bonne chose est que cela démocratise et vulgarise l’accès au savoir. La liberté de s’exprimer n’a jamais été aussi forte. D’ailleurs, tout le Printemps arabe est né de la libération digitale, en particulier via Facebook en Égypte, en Tunisie.

Et les dangers ?
Il y a un double inconvénient. Sur leur nouveau développement digital, les médias historiques sont menacés au niveau des recettes publicitaires. La logique même de Google et Facebook est de s’approprier les contenus sans les payer. Les médias traditionnels se retrouvent privés de plus de trois quarts de leurs recettes publicitaires potentielles qui vont vers ces plateformes numériques. Derrière ça, vous avez un accès aux données gigantesques dépassant même celles dont peuvent disposer les États. Les Google, Apple, Facebook, Amazon et Netflix (GAFAN) sont en train de les supplanter dans la maîtrise des données. Vous avez un environnement de liberté qui pose question. Viennent aussi les enjeux de la vie privée, du contrôle des données personnelles, la confidentialité sur sa vie…

L’Afrique est souvent décriée pour la fracture numérique. Où en est-elle aujourd’hui ?
Il existe une hétérogénéité dans ce continent. On ne peut parler de retard ou d’avance. On a des expériences de hubs, d’incubateurs, de start-ups, de développement d’applications pour régler des questions d’agriculture, d’environnement, d’éducation, entre autres. Et cela peut aller beaucoup plus vite qu’ailleurs. Au sens large, il y a un niveau de savoir-faire et d’appréhension des nouvelles technologies et de la formation scientifique qui est impressionnant.

Bio Express

Né le 30 mars 1961 à Nantes, Christian Cappe a effectué sa scolarité à Vannes. Ensuite, il fait une formation à l’Institut Français de Gestion à Paris. Sur le plan professionnel, il devient cadre au sein du groupe Bouygues. Il a aussi travaillé avec Patrick Le Lay, secrétaire général du groupe et responsable de la diversification, qui devient ensuite Président de TF1. Vers la fin de 1983, Christian Cappe dirige une des filiales industrielles du groupe Roullier. En juillet 1996, il créé une entreprise en communication baptisée aujourd’hui New Cristal. Trois ans plus tard, il crée le « Festival de Télévision de Luchon », dédié à la promotion de la fiction télévisuelle. En 2015, sous le parrainage d’anciens ministres des affaires étrangères, il initie l’Union Francophone de la Publicité et des Médias pour créer un marché commun des pays issus de la francophonie. 

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