Décès de Sandra O’Reilly: battante jusqu’au bout...

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Sandra O’Reilly et son fils Nathan l’année dernière. La jeune femme abordait la vie avec le sourire malgré les différents obstacles rencontrés.

Sandra O’Reilly et son fils Nathan l’année dernière. La jeune femme abordait la vie avec le sourire malgré les différents obstacles rencontrés.  

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe, même si certains étaient dans le secret et la savaient malade. Sandra O’Reilly, dont le double viol collectif a défrayé la chronique le 16 juillet 2002 et qui s’était montrée d’une résilience extraordinaire depuis cette tragique nuit, est morte mercredi des suites d’un cancer généralisé. Elle n’avait que 48 ans.

Sandra O’Reilly s’est éteinte paisiblement mercredi après-midi après cinq mois d’intenses souffrances causées par un cancer des poumons diagnostiqué trop tard, soit le 7 avril dernier et qui s’était généralisé. Jusqu’au bout, elle a voulu croire qu’elle avait une possibilité de s’en sortir. Elle était comme ça, Sandra. Elle ne baissait jamais les bras.

Elle a fait preuve de cette même ténacité après son double viol collectif dans la nuit du 16 juillet 2002. Avant cette nuit d’horreur, à part son cercle professionnel et son giron familial et amical, peu de Mauriciens la connaissaient. Lorsqu’elle est violentée par deux fois, bien que meurtrie dans sa chair et son âme, elle n’hésite pas à dévoiler son identité et à raconter sur les ondes d’une radio les sévices subis entre les mains de Nicholas Potage, Louis France Joson, Vikash Jagai et Ravi Aubeeluck. Une prise de parole qui fait d’elle le symbole de lutte et de courage de toutes les filles et femmes abusées sexuellement et qui se terraient dans l’ombre jusque-là.

D’ailleurs, la marche pacifique qu’elle organise dans les rues de Port-Louis 15 jours après attire plus de 10 000 personnes qui expriment leur ras-le-bol de cette forme de violence lâche. Après l’arrestation et la condamnation de ses agresseurs, elle est soulagée et se fait plus rare en public. Divorcée, cette mère de trois enfants gagne sa vie dans le monde du marketing et de la publicité. Il y a huit ans, elle joue dans une pièce de théâtre et elle rencontre son compagnon actuel, Jean-Jacques, dit JJ.

JJ apprécie son intelligence, sa vivacité, son amour de la vie qu’elle croque à belles dents et sa communion avec la nature. Ils décident alors d’aménager ensemble. Elle est cadre dans un centre d’appels réputé. Sous cette force qu’elle déploie se cache une grande fragilité.

Le destin n’arrêtera pas de s’acharner contre elle. Il y a quelques années, elle a la douleur de perdre son fils Florent, qui meurt dans un accident de voiture à Tamarin. Il a à peine 22 ans. Elle accuse le coup mais se relève, du moins, en apparence. Elle cache son chagrin. «Mais au fond d’elle, elle n’a jamais fait son deuil», dit JJ.

Elle tombe enceinte d’un petit garçon qu’ils comptent nommer Lucas mais le perd au bout de quatre mois. Finalement, il y a deux ans, elle donne naissance à un autre garçon, Nathan, qui a aujourd’hui deux ans. C’est la prunelle des yeux de ses parents.

Licenciée

À la fin de l’an dernier, Sandra O’Reilly perd son emploi, car son entreprise est rachetée par un autre opérateur et elle fait partie des licenciés. Elle encaisse le coup. Elle n’est pas au bout de ses peines. Au début de 2018, elle souffre de douleurs musculaires dans tout le corps et a parfois mal à la hanche, douleurs qu’elle attribue à la pratique sportive. Elle tousse un peu et pense qu’elle fait une allergie au pollen. C’est lorsqu’elle se met à faire de la fièvre et qu’elle montre des signes d’épuisement que son médecin traitant l’envoie faire une batterie de tests à la clinique. Les résultats sont positifs. C’est un cancer.

Ils se rendent à La Réunion pour confirmer le diagnostic et un protocole de traitement est établi pour elle. Ils regagnent Maurice et le traitement de chimiothérapie est stoppé après deux cycles dus aux effets secondaires néfastes. Comme le traitement n’a pas les effets escomptés, son compagnon et elle discutent et décident de stopper tout et de suivre des traitements alternatifs dont un traitement dans un Health Centre à Cape Town, en Afrique du Sud.

Ses forces s’amenuisent de jour en jour mais elle continue à lutter. Ce n’est qu’une semaine avant son retour lundi dernier qu’elle commence à accepter l’inéluctable. Après deux mois en Afrique du Sud, ils regagnent Maurice lundi dernier. Elle est très faible et souffre beaucoup. Les doses de morphine ne suffisent plus à calmer ses douleurs qui s’intensifient. Mercredi, elle tombe dans un semi-coma dont elle ne se réveillera pas.

Les funérailles de Sandra O’Reilly ont eu lieu jeudi en l’église de St Augustin à Rivière-Noire et sa dépouille a été incinérée. Elle n’a pu mener à bien ses trois derniers projets de vie : terminer la biographie commencée, s’accorder une deuxième vie d’après-cancer avec son compagnon et voir grandir son petit Nathan chéri. Demain, ses proches se réuniront et ils iront disperser ses cendres et celles de son fils Florent qu’elle avait précieusement conservées, dans cette nature qu’elle chérissait tant.

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