ICAC: l'interrogatoire d'Álvaro Sobrinho se poursuit ce samedi

Avec le soutien de
L’Angolais (à dr.) et son avocat Me Gujadhur quittant l’ICAC à Réduit hier.  © Krishna Pather

L’Angolais (à dr.) et son avocat Me Gujadhur quittant l’ICAC à Réduit hier.  © Krishna Pather

Les limiers de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) ne semblent pas prêts à le lâcher de sitôt. Après sept heures d’interrogatoire, hier, dans les locaux de la commission anti-corruption, Álvaro Sobrinho y sera de retour ce matin. La journée s’annonce longue. D’ailleurs, ce n’est qu’aujourd’hui que l’Angolais devrait être confronté aux questions sérieuses…

Le multimilliardaire a foulé le sol mauricien dans la journée du jeudi 23 août. Dès qu’ils ont été mis au courant, les enquêteurs de l’ICAC ont préparé son interrogatoire. Ils ont travaillé toute la nuit pour finalement se rendre à Royal Park, Balaclava, tôt hier matin. La Special Supporting Unit a été mandée sur place. Álvaro Sobrinho aurait mené les limiers de l’ICAC dans les locaux de l’Álvaro Sobrinho Africa Ltd (ASA), à Ébène, qu’ils auraient perquisitionnés.

Vers 9 h 10, hier, Álvaro Sobrinho et son homme de loi, Me Morari Gujadhur, sont arrivés à l’ICAC, à Réduit. Pendant sept heures, il a été confronté aux versions de précédents témoins. Un interrogatoire pendant lequel, explique-t-on dans les milieux concernés, l’homme d’affaires se serait montré très coopératif. Par contre, son homme de loi aurait montré plusieurs réticences.

Questions abordées

Auraient été abordées les questions de l’implantation du Planet Earth Institute, ses liens avec Dass Appadu, ancien secrétaire à la présidence, ou encore ses demandes pour l’achat de villas au sein du développement foncier Royal Park. Le tout comparé aux dires de Ken Poonoosamy, Deputy Director de l’Economic Development Board, d’Ameenah Gurib-Fakim, ex-présidente de la République, ou encore de Dass Appadu, qui ont été entendus par la commission dans le passé.

L’arrivée d’Álvaro Sobrinho à Maurice, ses relations avec les personnalités mauriciennes, ses premiers contacts avec la sphère politique ou dans les institutions et surtout ses démarches pour des licences auprès de la Financial Services Commission (FSC)… Autant de questions qui pourraient être abordées avec l’homme d’affaires aujourd’hui.

Pour l’instant, la commission anti-corruption n’a entendu aucun préposé de la FSC. Cependant, il y a eu plusieurs allégations d’ingérence politique dans l’octroi des permis au groupe d’Álvaro Sobrinho. D’ailleurs, Dhiren Dabee, ancien vice-Chairman de la FSC, et trois autres membres auraient démissionné à cause de cette ingérence. Quant à la sphère politique, ses liens avec un ministre du gouvernement pourraient aussi être abordés.

Dépendant des retombées de l’interrogatoire, il se pourrait que l’ICAC fasse une demande de report on departure auprès du commissaire de police. Il est en effet prévu qu’Álvaro Sobrinho quitte le pays ce soir. En outre, il pourrait être appelé à s’engager à se tenir à la disposition de la commission. Pour le moment, une objection to departure n’est pas envisagée…

Les déboires d’un milliardaire

Depuis quelques années, Álvaro Sobrinho intéresse la justice de plusieurs pays. À l’instar de Maurice, où ses liens avec l’ancienne présidente de la République, Ameenah Gurib- Fakim, et l’obtention de permis d’opération dans les secteurs offshore et immobilier ont suscité la polémique et font l’objet d’une enquête, même par l’ICAC. Ce qui fait que l’Angolais reste un personnage controversé pour plusieurs juridictions.

Tout commence au Portugal en 2014 quand le banquier est soupçonné d’avoir participé à une vaste escroquerie alors qu’il assumait la direction de la filiale angolaise de la Banco Espirito Santo Angola. Celle-ci avait accordé des crédits non couverts en masse, qui n’auraient jamais été remboursés. Certaines informations relayées dans la presse étrangère, dont le très réputé Mediapart, parlent d’un montant de plus 600 millions de dollars (environ Rs 19 milliards) dont auraient profité l’ancien directeur et sa famille.

Ces enquêtes ont démarré il y a quatre ans quand l’Angolais, qui touchait 70 000 euros en tant que CEO de la Banco Espirito Santo Angola, s’est lancé dans l’achat d’appartements et d’immeubles de luxe au Portugal, tout en investissant dans le Sporting, club de football rival du Benfica. Le successeur d’Álvaro Sobrinho à la Banco Espirito Santo Angola a ensuite identifié une série de virements suspects effectués lorsque l’homme d’affaires était en poste. La banque avait fait faillite en août 2014. Les autorités portugaises avaient alors transféré ses actifs sains dans une nouvelle banque baptisée Novo Banco.

En 2017, Álvaro Sobrinho n’est toujours pas tiré d’affaire. La Suisse annonce avoir fait geler plus de 160 millions de francs en provenance de l’Angola, en lien avec des ramifications au sujet de la faillite de la Banco Espirito Santo Angola. Selon les médias, le ministère public de la Confédération, qui soupçonne le milliardaire de blanchiment, confirme le blocage de cet argent dans le cadre d’une procédure judiciaire.

À l’époque, selon les médias, Álvaro Sobrinho était client du Credit Suisse Zurich. Des documents auxquels les médias ont eu accès font état d’une vingtaine de comptes au nom de l’Angolais ou des sociétés offshore qu’il contrôle. «En 2012, l’équivalent de 150 millions de francs environ se trouvait sur ces comptes», rapportent les journaux suisses Matin Dimanche/SonntagsZeitung. «À ce jour, malgré la saisie de ses avoirs en Suisse et au Portugal, l’ex-banquier jouit toujours tranquillement de sa fortune», écrit, pour sa part, Mediapart.

En Angleterre, les activités du Planet Earth Institute (PEI) sont passées sous la loupe. En mars 2018, une enquête menée par des journalistes de l’European Investigative Collaborations révèle qu’un membre de la Chambre des Lords britannique, Paul Boateng, d’abord trustee puis Chairman du PEI, aurait reçu de l’argent d’une compagnie offshore appartenant à Álvaro Sobrinho.

Selon The Independent, Lord Paul Boateng aurait reçu au moins £ 320 445 de la part de World Property. Cependant, il a réfuté les accusations formulées à son encontre. Lord Paul Boateng est considéré comme celui qui aurait facilité l’accès de l’Angolais dans les hautes sphères britanniques. «Le philanthrope» a notamment été invité à participer à des activités parlementaires britanniques ayant trait à la promotion de la science…

Il faut aussi savoir que la Banque mondiale (BM) a nié tout partenariat avec les fonds d’Álvaro Sobrinho. Ce dernier avait voulu faire croire à la Financial Services Commission que deux des fonds ouverts à Maurice – Álvaro Sobrinho Africa Fund et Partnership for Skills in Applied Sciences, Engineering and Technology Fund – avaient obtenu le parrainage d’un World Bank Steering Committee. D’ajouter que ces fonds devaient servir à accueillir l’argent promis par plusieurs États africains dans le cadre des activités du PEI. Chose que la BM réfute. Elle dément toute connexion.

Publicité
Publicité

Un nouveau scandale défraie la chronique depuis le mercredi 28 février à Maurice. Cette fois-ci cela concerne ni plus ni moins la garante de notre Constitution, son excellence Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République. Elle a dépensé plusieurs centaines de milliers de roupies pour des achats personnels, entre autres, sur une carte de crédit Platinum offerte par la Planet Earth Institute, la fondation d’Álvaro Sobrinho, homme d’affaires angolais hautement controversé. Retrouvez tous les articles concernant cette affaire dans notre dossier spécial : Platinum Card. Une enquête exclusive de l’express.

D'autres articles »
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires