Christopher Lagane: «Je vais tout faire pour réaliser mon rêve de passer professionnel»

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Le cycliste Christopher Lagane, double vainqueur du Tour de La Réunion.

Le cycliste Christopher Lagane, double vainqueur du Tour de La Réunion.

Christopher Lagane est entré dans l’histoire en devenant le premier Mauricien à remporter deux années de suite le Tour de la Réunion. Qui plus est, aucun cycliste n’avait réalisé pareille performance depuis le Français Dominique Chignoli en 1991 et 1992. Dans l’entretien qu’il nous a accordé à son domicile, il revient sur cette belle performance qui est aussi le fruit d’un travail d’équipe. Le cycliste de 19 ans évoque également ses projets futurs.

Vous avez remporté pour la deuxième année consécutive le Tour de la Réunion cycliste. Avec le recul, que ressentez-vous par rapport à cette performance?

Je suis vraiment très content d’avoir remporté ce Tour pour la deuxième fois de suite. C’est une grande fierté d’autant qu’ils ne sont pas nombreux à avoir réussi cela. Avant le début du Tour, quand je regardais le palmarès, je voyais qu’il y avait du beau monde et y ajouter mon nom par deux fois représente vraiment beaucoup pour moi. C’est super !

Diriez-vous que ce deuxième sacre a été moins difficile à obtenir que le premier? Pour quelles raisons?

C’était peut-être moins difficile dans le sens où nous étions tous mieux préparés et plus forts. En 2017, c’était plus une découverte. C’était la première fois que je faisais une course de neuf étapes ! Cette année, nous avons fait beaucoup de courses à l’étranger.

Il y a aussi le fait que l’année dernière, on avait eu à contrôler la course depuis assez tôt (NdlR : après la 3e étape). Tandis que cette année, on a eu à la contrôler seulement lors des deux dernières étapes.

 «J’ai devant moi mes deux années «Espoir» et elles seront très importantes. Normalement, on a jusqu’à 25-26 ans pour passer professionnel mais si on n’est toujours pas repéré passé cet âge, cela devient compliqué.»

Vous avez tout de même eu affaire à un adversaire très costaud en la personne de Corentin Ville. Le fait que les jours passaient et qu’il conservait le maillot jaune, ne vous a-til pas fait douter?

Oui, en effet. D’autant que le jour où il a pris le maillot et qu’il était dans une échappée avec Greg (Lagane), il avait réalisé un grand numéro. Avant cela, soit lors de la première étape, je m’étais moi-même retrouvé dans une échappée avec lui. Il était costaud.

 À mesure que les étapes passaient, on ne savait pas trop à quoi s’attendre de lui dans la montagne. Il restait sur de bonnes performances en France cette année avec notamment une victoire en Coupe de France et était venu à la Réunion bien préparé.

Vous pensiez quand même qu’il allait être possible de faire la différence lors des deux étapes du samedi (la veille de l’arrivée finale)?

L’étape du samedi après-midi était la seule où il y avait une arrivée en col avec 10 kilomètres de montée. Et le matin, il y avait le contre-la-montre individuel lors duquel je savais que j’allais faire un bon temps. J’étais convaincu que la décision allait se faire ce jourlà.

Avez-vous, comme beaucoup d’observateurs, trouvé que ce Tour 2018 était moins montagneux que le précédent? Aurait-il été plus facile de faire la différence s’il y avait davantage de cols à gravir?

Cette année, il y a eu davantage de bosses pour puncheurs que de vrais cols. Par exemple, l’étape où Corentin Ville prend le maillot jaune dont l’arrivée était jugée à Trois-Bassins ne comportait qu’une partie de la montée alors qu’en 2017, on l’avait effectuée dans sa totalité.

Si les étapes étaient plus montagneuses, je pense que Corentin Ville aurait calé. Mais ce n’est pas plus mal finalement puisque nous avons porté le poids de la course moins longtemps. Il faut savoir être patient et s’adapter au parcours. Je pense que nous avons bien joué le coup tactiquement.

«Ce qui me plaît aussi dans le cyclisme c’est l’aspect tactique et aussi l’esprit d’équipe. Le mental joue aussi un grand rôle car il faut prendre l’ascendant psychologique sur son adversaire pour le battre.»

Est-ce que le fait d’avoir votre famille à vos côtés à la Réunion a été déterminant dans la conquête de ce titre? C’est toujours une très bonne chose que d’avoir ses proches à ses côtés, bien sûr ! La famille était là avant et après les étapes et nous encourageait sur le bord des routes. On entendait beaucoup de «Allez Maurice» pendant la course, cela faisait vraiment plaisir.

Avez-vous ressenti une certaine hostilité de la part du public de l’île sœur?

Non, pas vraiment. Il y a des enfants qui nous demandaient des maillots et nous recevions souvent des félicitations…

Deux succès consécutifs à l’île sœur mais vous n’avez pas encore remporté le Tour de Maurice. Est-ce que ce sera votre objectif désormais (le Tour de Maurice aura lieu du 10 au 15 septembre)?

Oui c’est sur (rires) ! L’année dernière, j’ai été malchanceux lors de la première étape du Tour de Maurice et cette fois, l’objectif sera de le gagner. Évidemment, il faudra voir comment les choses se déroulent mais si j’ai la possibilité de le remporter, je ferai tout pour. Michel (NdlR, Thèze, le Directeur technique national) va nous faire reconnaître toutes les étapes pour éviter les mauvaises surprises.

En parlant de Michel Thèze, il avait joué un grand rôle dans votre victoire l’année dernière. Sa présence ne vous a pas manquée cette fois?

En fait, il nous suivait de France. Nous nous sommes parlé au téléphone et il donnait des consignes à Jean-Claude Louison (directeur sportif de la Team MauriceMCB) qui nous les transmettait. Il faut aussi dire que nous nous sommes beaucoup appuyés sur l’expérience de Yannick (Lincoln) et je dois le remercier pour cela. Il animait des briefings avant chaque étape et on débriefait ensemble l’étape de la veille. Chacun a rempli son rôle en fait.

Vous vous êtes imposé comme le leader naturel de la sélection mauricienne et avez fait vos preuves sur le plan régional. Que songez-vous à faire pour passer un nouveau palier désormais?

L’an prochain, je vais trouver une équipe en France. Avant cela, en début d’année, on devrait participer à quelques courses avec la Team MCB et ensuite, je mettrai le cap sur la France fin février ou début mars. Il y a l’équipe Fybolia-Locminé au sein de laquelle j’ai effectué un stage cette année avec Alexandre (Mayer) et Dylan (Redy) qui m’a proposé de revenir en 2019. Mais je vais discuter de tout cela avec Michel Thèze pour choisir la meilleure option.

Même si le chemin est sans doute encore long et qu’il vous faudra consentir à beaucoup de sacrifices, êtes-vous tenté par une carrière professionnelle?

C’est sûr ! Passer professionnel est un rêve et je vais tout faire pour le réaliser. J’ai devant moi mes deux années «Espoir» et elles seront très importantes. Normalement, on a jusqu’à 25-26 ans pour passer professionnel mais si on n’est toujours pas repéré passé cet âge, cela devient compliqué.

Avez-vous déjà établi des contacts en ce sens?

L’année dernière, j’avais reçu une proposition de l’équipe sud-africaine Dimension Data. J’en avais discuté avec Michel Thèze qui m’avait dit que c’était trop tôt. Dimension Data possède une équipe continentale qui forme des coureurs pour les faire concourir sur le World Tour. Ce serait peut-être une option mais il y en a d’autres.

Les Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) auront lieu l’année prochaine à Maurice. Est-ce une compétition qui vous tient à cœur?

Je n’ai jamais participé aux JIOI. En 2015, j’étais

junior première année, donc trop jeune pour aller à la Réunion. Mais l’année prochaine je compte bien me préparer pour cette compétition. Je crois que nous avons une bonne équipe qui peut aspirer aux trois médailles d’or en jeu. Ce serait vraiment bien de briller sur notre sol…

Quel message voulez-vous adresser à tous les jeunes qui voudraient faire du cyclisme de haut niveau?

J’aimerais leur dire que le cyclisme est un sport qui demande beaucoup de persévérance. Mais à force de travailler, on progresse. Il faut faire preuve de sérieux et le travail finit par payer. Il faut aussi beaucoup d’abnégation parce que les obstacles sont nombreux.

Et vous, qu’est-ce qui vous a attiré vers le cyclisme plutôt que vers un autre sport?

J’ai découvert le vélo en suivant mon frère Gregory dans la voiture. J’ai accroché et j’ai eu envie d’essayer. C’est un sport difficile. On prend du temps pour arriver en top forme mais contrairement à d’autres sports, on perd très vite cette forme si on est contraint de faire une coupure.

Ce qui me plaît aussi dans le cyclisme c’est l’aspect tactique et aussi l’esprit d’équipe. Le mental joue aussi un grand rôle car il faut prendre l’ascendant psychologique sur son adversaire pour le battre. On perd plus de courses qu’on en gagne mais chaque victoire a un goût particulier…

Fiche signalétique

Nom : Lagane

Prénom : Christopher

Né le 24 septembre 1998 à Curepipe

Club actuel : Faucon Flacq SC-KFC

Palmarès

2015

Champion de Maurice sur route juniors

Champion de Maurice du contre-la-montre junior

2016

Médaillé d’argent du contre-la-montre individuel aux Championnats d’Afrique juniors

Médaillé d’argent de la course en ligne aux Championnats d’Afrique juniors

2e du Tour de Maurice

2017

Champion de Maurice du contre-la-montre individuel Vainqueur du Tour de la Réunion

2018

Champion de Maurice du contre-la-montre individuel Vainqueur du Tour de la Réunion

Vainqueur des 4e et 7e étapes 2e du Championnat de Maurice sur route

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