Fanfan: Ala la ki ti zoli zoli

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Fanfan a été mis en terre hier. Mais la mémoire de l’auteur compositeur interprète, ravannier et conteur, est vive chez ceux qui l’ont côtoyé. Ils gardent surtout l’image d’un homme vrai, fort en gueule, mais toujours sincère. Un auteur compositeur interprète à l’authentique créativité mauricienne.

Marcel Poinen: La bise «raket»  

«Quand j’allais voir Fanfan, j’aimais bien lui faire la bise. May li. Li ti ankoler. Li dir, “ta raket”, parce que ma barbe lui piquait les joues.»

«Fanfan so labous kouma dir enn fermtir ekler. Il savait garder le silence, mais quand il parlait, zekler sorti. Quand il n’aimait pas quelque chose, il le disait. Fanfan n’était pas hypocrite. Boukou kamarad inn gayn sa ar li, y compris moi. Mais après, on gardait contact.»

 «Dans ses chansons, Fanfan a parlé du mauricianisme avant les chanteurs engagés.» 

 «Un jour il m’a dit:“Moris kouma enn gran karay, ena tou laadan sa mem ki donn nou enn gou extra”.» 

Sarojini Seeneevassen: L’élève devenue la deuxième ravanne  

«J’avais 24 ans à l’époque, Fanfan 44. Il était dans toute la vigueur de son inimitable talent à s’exprimer dans la langue de mon enfance – le créole. Animé par ce sens de poésie rugueux qui vient de l’artiste pratiquement intouché de l’éducation traditionnelle. Fanfan respirait Maurice. Il chantait sa vie et la vie de son entourage.»  

«Il nous faisait rire à en avoir mal aux côtes. Mais à moi comme à bien d’autres, il nous a fait réfléchir.»  

«Il était indiscutablement le meilleur (ravannier) que j’avais jamais entendu. Je brûlais d’envie de jouer de la ravanne comme lui. Mon expérience de la ravanne se limitait alors aux fêtes familiales où très souvent les “dektis” de ma mère servaient de ravanne à mes frères et à moi. Je lui ai demandé de m’apprendre à jouer et il répondit, comme si cela allait de soi, que je n’avais qu’à venir chez lui.» 

 «Sa cabane en tôle se trouvait à Candos derrière la façade de boutiques sur la route principale. En temps de pluie il fallait sautiller de roche en roche pour y arriver les pieds secs. Deux chambres seulement, qui servaient tous les deux de chambre à coucher (…) Une chambre servait aussi de cuisine et l’autre aussi pour manger. C’est dans la deuxième que l’on se réunissait et qu’on a fait les plus belles fêtes que j’ai connues.»  

«C’est dans sa fragile bicoque à Candos que commença non seulement mon apprentissage de la ravanne, mais aussi une amitié qui n’a fait que prendre de l’ampleur au fil des années (…) C’est aussi là que j’ai vraiment commencé à apprendre ma langue, ce créole savoureux et imagé qui déferlait tout naturellement de sa bouche. Et peu à peu, je me rendis compte que Fanfan était non seulement un poète, mais aussi un philosophe, même s’il ne le savait pas lui-même. Il répétait des pensées de Socrates, d’Hérodotes et autres philosophes grecs sans savoir qu’il suivait leurs pas. En plus, il les disaient en créole, avec ses propres images.»  

Shenaz Patel: À l’ombre d’un «tabardène»  

«On peut décrire Fanfan comme le dernier des griots de Maurice. Mais c’est peut-être l’appellation bien locale de “tabardène”, qui semble le mieux à même de le décrire. Car nul mieux que Fanfan ne semble capable d’incarner tout le relief et l’étoffe de ce qui fait une présence, une attitude, une voix venue du peuple, s’adressant au peuple.»

«Il s’enorgueillit d’avoir côtoyé dans les années 1940-50 des ténors du Parti travailliste. Il chante d’ailleurs un jour dans un meeting de ce parti. Fanfan perd son emploi. Pas ses convictions.» 

«La manifestation qu’organisèrent les forces indépendantistes devant l’hôtel du gouvernement lui inspira la composition du célèbre 400 canons, séga engagé qui fit fureur à l’époque. “Pou lindepandans se mwa ki fer sega rant dan Champ de Mars”, revendique-t-il.»

«Fanfan est de ces voix fortes qui disent, avec une verve servie par un rare talent d’improvisation, d’humoriste, voire de caricaturiste, des réalités sociales de notre pays et des faits de la vie quotidienne. Entre l’amour et le combat pour les droits des travailleurs. Ce qui fait au fond de lui une sorte de trait d’union entre le séga typique et le séga dit engagé.» «Chez Fanfan, les femmes sont fantasques et rusées, les hommes souvent portés sur la bouteille, les amours toujours agitées. La cuisine très présente, avec des mets particuliers tels lapat serf ar gro pwa.» 

 «Souvent aussi ses chansons sont des fables où les animaux côtoient les humains, leur parlent, font affaire avec eux. Chez Fanfan, il y a beaucoup d’animaux d’ici comme le lièvre, mais aussi d’une Afrique symbolisée par ses caïmans, rhinocéros, hippopotame, piranha. Fables qui ont ceci de particulier que la raison de celui qui parait le plus fort et loin d’être toujours la meilleure, comme en témoigne l’histoire du lion vaincu par la ruse du trouloulou.» 

 (Extraits de Fanfan so bann pli zoli zistwar de Marcel Poinen et Sarojini Seeneevassen, paru en 2003) 

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Un monument de la musique locale s’en est allé ce samedi 18 août. Louis Gabriel Joseph, plus connu comme Fanfan et figure incontournable du séga typique, s’est éteint à l’âge de 88 ans. Il était à l’hospice Saint Jean de Dieu à Pamplemousses.

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