Transferts «punitifs» à la SSU: «Pé pran nou pou poubel!»

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Les membres de la Special Supporting Unit estiment ne pas être reconnus à leur juste valeur.

Les membres de la Special Supporting Unit estiment ne pas être reconnus à leur juste valeur.

Le ras-le-bol gagne les rangs de la Special Supporting Unit (SSU). Les officiers voient d’un mauvais œil le transfert à cette unité d’une quinzaine de policiers dont les noms ont été mentionnés dans le rapport de la commission Lam Shang Leen. «Pé pran nou pou poubel!»

La SSU, composée de quelque 800 officiers, est, en fait, considérée comme un «abattoir» au sein de la police. Elle accueille des «brebis galeuses», l’ombre d’un transfert punitif planant sur ceux qui sont mutés à cette unité anciennement connue comme la Police Riot Unit

«Il faut que cela s’arrête. Ce n’est pas juste qu’à chaque fois qu’un policier doit être transféré, c’est la SSU qui l’accueille à bras ouverts. Sommes-nous un ‘gobe-tout’ ?» s’indigne un policier affecté à cette unité depuis cinq ans. Il dit avoir assisté, au fil des années, à pas mal d’«arrivées».

Dans le cas des hauts gradés, fait-il valoir, ils sont souvent plus libres à la SSU qu’ils ne l’étaient avant. «Ils n’auront rien  d’autre à faire que d’être présents pour l’exercice, de faire quelques ‘check routine’ et ils vont s’asseoir et rentrer chez eux. Zot pli dan bien», souligne-t-il.

Un autre membre de la SSU s’avance à dire que c’est à cause des «brebis galeuses» ayant intégré l’unité que celleci est vue d’un mauvais oeil. «Ils sont nombreux à penser que le travail de la SSU ne consiste qu’à être parée à d’éventuelles émeutes, bagarres ou pour faire la sentinelle devant le domicile des personnalités», déplore le jeune homme d’une vingtaine d’années.

«Nous avons l’impression qu’on nous considère comme des bêtes noires. Bann gard baton, bann ki gagn lapey pou pa fer nanyé.»

Le moral des policiers affectés à cette unité n’est plus au beau fixe. «Nous avons l’impression qu’on nous considère comme des bêtes noires. Bann gard baton, bann ki gagn lapey pou pa fer nanié», soutient une policière. Or, les responsabilités de la SSU sont nombreuses, ajoute une autre policière.

Tout cela fait dire à l’inspecteur Jaylall Boojhawon, président de la Police Officers Solidarity Union, que «cette situation ne peut perdurer». Pour lui, la SSU n’est pas reconnue à sa juste valeur.

«Nous ne sommes pas contre une enquête sur les policiers dont les noms ont été cités dans le rapport Lam Shang Leen, mais il y a aussi la présomption d’innocence. Pourquoi transférer ces policiers alors que l’enquête n’a pas encore démarré ?» D’autant, poursuit-il, que «ces transferts n’avancent pas à grand-chose pour l’instant».

Et puis, fait valoir l’inspecteur Boojhawon, être affecté à la SSU nécessite une formation spécifique et certaines aptitudes ainsi qu’un moral d’acier. «Les policiers qui y ont été mutés n’ont pas le moral actuellement pour pouvoir y évoluer.»  

«Il n’y a que des ‘petits’ policiers qui ont été visés par l’exercice de transfert. D’ailleurs, nous sommes étonnés que les transferts des policiers sont intervenus à la veille de la réunion du comité interministériel, alors que le rapport Lam Shang Leen a été rendu public le 27 juillet.»

Ce n’est pas tout. L’inspecteur Jaylall Boojhawon fait remarquer qu’«il n’y a que des ‘petits’ policiers qui ont été visés par l’exercice de transfert. D’ailleurs, nous sommes étonnés que les transferts des policiers sont intervenus à la veille de la réunion du comité interministériel, alors que le rapport Lam Shang Leen a été rendu public le 27 juillet».

Au niveau du syndicat de la police, l’on se demande même si ces transferts ne sont pas un «eyewash» pour démontrer que le gouvernement est en train d’agir…

Sollicité, un haut gradé des Casernes centrales maintient, lui, que c’est une pratique courante. Celui qui a fauté ne doit pas être «in the frontline», souligne-t-il. «Il continuera à travailler et après quelque temps, il sera à nouveau transféré à une autre unité.»

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