Pont effondré: Rome en guerre contre la société autoroutière gestionnaire

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Les secours poursuivent leurs opérations de recherche, le 15 août 2018 sur le viaduc effondré de Morandi, en Italie (photo transmise par les pompiers italiens).

Les secours poursuivent leurs opérations de recherche, le 15 août 2018 sur le viaduc effondré de Morandi, en Italie (photo transmise par les pompiers italiens).

Le gouvernement populiste italien a déclaré la guerre à la société autoroutière gestionnaire, qui compte bien se défendre mais a annoncé la gratuité pour les ambulances, après l’effondrement dramatique d’une portion de viaduc à Gênes, dans le nord du pays.

Sur place, les grues et les pelleteuses continuaient jeudi de déblayer des décombres alors que des personnes sont encore portées disparues. «Nous cherchons toujours des cavités qui puissent héberger des gens, vivants ou pas», a déclaré à l’AFP Emanuele Gissi, un responsable des pompiers.

Le bilan n’a pas évolué de la journée: 38 morts et 15 blessés, dont cinq se trouvent encore dans un état grave.

L’Italie observera samedi une journée de deuil national, à l’occasion d’une cérémonie de funérailles solennelles dans la matinée à la Fiera de Gênes, un centre d’expositions.

Alors que le championnat de football doit reprendre ce week-end, les matches prévus dimanche de la Sampdoria et du Genoa, les deux équipes de Gênes, ont été reportés à une date ultérieure. Pour les autres rencontres, les joueurs observeront une minute de silence et porteront un brassard noir.

Pendant ce temps, certains de 630 habitants des immeubles évacués sont venus rechercher des affaires, escortés par les pompiers. Ces habitations, en contrebas de ce qui reste du pont, sont condamnées.

«On nous a envoyés à l’hôtel en nous disant qu’on pourrait rentrer chez nous dans une semaine, puis on nous a dit qu’on y resterait jusqu’en novembre», a confié à l’AFP l’un de ces évacués, Majid Alaoui, qui vit dans une chambre avec sa femme et sa fille de quatre ans, traumatisée.

Son hôtel accueille aussi des familles de victimes, venues pour reconnaître les corps et participer aux funérailles. Depuis deux jours, la presse et les réseaux sociaux saluent ces destins brisés: une famille en route vers la Sardaigne, des jeunes Français partis faire la fête, un couple de retour de voyage de noces...

- «Mourir en payant le péage» -

Mais au-delà du deuil, il y a aussi la colère. «On ne peut pas mourir en payant le péage en Italie», a martelé le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste).

Le gouvernement a annoncé son intention de révoquer la concession d’Autostrada per l’Italia sur le tronçon où se trouve le pont effondré.

«Nous ne pouvons pas attendre la justice pénale», a fait valoir le chef du gouvernement, Guiseppe Conte. «Autostrade avait le devoir et l’obligation, l’engagement, d’assurer l’entretien de ce viaduc et la sécurité de tous ceux qui voyageaient dessus».

La société Autostrade per l’Italia, qui appartient au groupe Atlantia, lui-même contrôlé par la famille Benetton, a réagi en évoquant le sérieux de ses contrôles de sécurité.

La société a aussi assuré travailler «d’arrache-pied» à la reconstruction du pont, qui pourrait «être achevé dans les cinq mois» une fois le site accessible après la fin des recherches et des relevés d’enquête.

Atlantia a pour sa part dénoncé une annonce faite «en l’absence de toute certitude sur les causes effectives» du drame. Et a prévenu que la révocation coûterait cher en indemnités à l’Etat. Selon des médias italiens, cela se chiffre en milliards d’euros.

Cela n’a pas empêché le titre de plonger à la Bourse de Milan, où il a clôturé sur une baisse de 22%.

- Gratuit pour les ambulances -

«Si j’avais été un dirigeant d’Autostrade per l’Italia, j’aurais suspendu quelques péages, mais dans l’heure qui a suivi» le drame, a aussi lancé l’autre vice-Premier ministre, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite).

Message entendu: dans l’après-midi, Autostrade per l’Italia a annoncé que dorénavant, les ambulances ne paieraient plus le péage sur l’ensemble de son réseau, qui couvre près de la moitié des quelque 6.000 km d’autoroute du pays.

Autre cible du gouvernement italien: l’Union européenne et sa politique d’austérité accusée d’empêcher les investissements.

«Les investissements qui sauvent des vies, des emplois et le droit à la santé ne doivent pas faire l’objet des calculs rigides et des règles imposées par l’Europe», a déclaré M. Salvini tandis que M. Di Maio renchérissait: «L’Europe peut dire ce qu’elle veut mais sur ce point nous ne demandons pas, nous exigeons».

La Comission européenne a réagi en assurant avoir encouragé l’Italie à investir dans ses infrastructures et en rappelant que les Etats membres étaient «libres de fixer des priorités politiques spécifiques, par exemple le développement et l’entretien des infrastructures».

Jeudi, les grues et les pelleteuses continuaient de déblayer des décombres. «On essaie de sectionner les grands morceaux de béton qui sont tombés du pont, et après on les déplace avec les grues et on envoie des chiens de recherche, puis notre personnel s’il y a des signes positifs», a expliqué M. Gissi.

Personne ne se hasarde à donner un chiffre sur le nombre de disparus. Mais M. Salvini a assuré: «Ceux qui sont en train de fouiller nous disent qu’il y en encore d’autres personnes là-dessous».

Au-dessus des secouristes, le moteur du camion vert arrêté à quelques mètres du précipice et devenu une icône de la peur des usagers continuait de tourner. Son chauffeur paniqué ne l’a pas éteint en s’enfuyant à pied, et selon son employeur, il a assez de carburant pour tourner plusieurs jours, phares et essuie-glaces allumés.

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