Coupe Davis: le tennis enterre sa vieille Dame

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Elle avait subi beaucoup de retouches mais a vécu jeudi le plus radical des liftings, le pire des outrages selon ses amoureux. De la Coupe Davis, vieille de 118 ans, ne devrait plus rester que le nom (et encore!) après l’approbation par les instances mondiales du tennis du projet entérinant sa réforme.

Il n’y a eu que peu de suspense à Orlando. Ardemment soutenue par David Haggerty, président d’une fédération internationale (ITF), assurée de tenir là une manne financière, la nouvelle formule a été adoptée à 71,43% des voix par l’assemblée générale de l’ITF, soit largement plus que la majorité des deux tiers requise.

Exit l’habituelle compétition étalée sur quatre week-ends de trois jours, place à une phase finale raccourcie regroupant 18 équipes, disputée sur terrain neutre sur une semaine en novembre, pour clôturer la saison.

«Même Cincinnati pleure cette décision ridicule», a réagi sur Twitter, depuis le tournoi américain, Nicolas Mahut, l’un des plus ardents défenseurs de la tradition avec Yannick Noah, capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis. «Les 12 voix de la France ont fait très mal. Décision très difficile à assumer en tant que Français. La CD est morte et une partie de l’histoire de notre sport envolée pour une poignée de dollars».

La fédération française en effet, en dépit de l’opposition d’une majorité de ses joueurs, a rejoint les partisans de l’enterrement de première classe d’une compétition jugée obsolète, dispersée dans le temps et l’espace, et qui n’attirait plus ces dernières décennies les meilleurs joueurs mondiaux.

Aux côtés des Etats-Unis, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Argentine, mais contre l’Australie et la Grande-Bretagne, elle a milité pour ce qui s’apparente plus à une révolution qu’à une réforme: La Coupe Davis new look sera ainsi disputée à partir de novembre 2019 sur une seule semaine, sur le modèle de l’ex-World Team Cup que, pour ajouter à l’amertume des endeuillés, l’ATP souhaite relancer en janvier 2020.

Qu’un tour de qualification pour les équipes les moins huppées soit disputé dans les mois précédents sur le modèle historique, n’atténuera pas leur peine. Cette concession a été ajoutée, par l’ITF, pour contrer le tollé suscité par son projet.

Coup de grâce 

La nouvelle compétition sera richement dotée. Bien plus que l’épreuve imaginée à l’orée du siècle par Monsieur Dwight Davis ne l’était ces derniers temps. Un partenariat avec le groupe Kosmos, présidé par le footballeur Gerard Piqué, garantit ainsi 3 trois milliards de dollars (2,5 milliards d’euros environ) sur 25 ans à l’ITF, 20 millions de dollars (17 M EUR) chaque année aux joueurs et plus encore (22 M USD, 19 M EUR) aux fédérations.

D’où la satisfaction de David Haggerty à l’issue de l’adoption d’un plan «clé pour que l’ITF et ses membres assurent un futur brillant à leur sport».

La Coupe Davis se relèvera-t-elle de l’ouragan d’Orlando? Depuis 1900, la compétition, à l’origine circonscrite à un affrontement anglo-américain élargi à la France en 1904, avait vaillamment résisté aux changements, s’adaptant lentement aux époques. En 1972, elle avait ainsi mis à bas le principe du Challenge Round, qualifiant automatiquement le vainqueur précédent pour la finale, sur le modèle de la Coupe de l’America avec laquelle la Coupe Davis partageait beaucoup: un célèbre trophée en argent, Saladier ou Aiguière, et une image élitiste et élégante un peu surannée.

C’est au nom de la rentabilité, aussi, qu’en 1981 était apparu le tie-break dans les quatre premiers sets. Il avait fallu encore 35 ans pour qu’il soit également disputé dans le cinquième pour éviter les fin de matches interminables... pour la télévision.

Ces modifications, hérétiques aux yeux des puristes, n’avaient jamais vraiment dénaturé un esprit «Davis Cup» qui pourrait bien, cette fois, avoir subi le coup de grâce. «Je boycotterai cette exhibition», avait ainsi plaisanté le Français Lucas Pouille, en prenant connaissance du projet. Aujourd’hui, plus personne ne rigole. 

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