Nations unies: Maneesh Gobin questionné sur le sort des minorités à Maurice

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Maneesh Gobin (au centre) a présenté le rapport de Maurice devant le comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale, du 14 au 15 août, en Suisse.

Maneesh Gobin (au centre) a présenté le rapport de Maurice devant le comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale, du 14 au 15 août, en Suisse.

L’Attorney General a été soumis à un feu roulant de questions des membres du comité des Nations unies, mardi, en Suisse. Ils l’ont interrogé sur la place «des Créoles» à différents niveaux de la société.

«Comment expliquer la suprématie de certaines castes, dont les Vaishs, dans la politique mauricienne ?», «Comment est-ce possible que les Créoles et les Franco-Mauriciens soient tous rassemblés dans la catégorie de population générale alors qu’ils n’ont pas la même identité ?», «Les Créoles sont considérablement défavorisés en ce qui concerne les droits économiques, sociaux et culturels. Pourquoi ?». Autant de questions sensibles qui ont été posées à l’Attorney General Maneesh Gobin, à Genève, le 14 août. Il présentait le rapport de Maurice devant le comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale. Une délégation composée de cadres de son bureau et de ceux de l’ambassade de Maurice en Suisse l’accompagnait du 14 au 15 août.

L’Attorney General a répondu à l’armada de questions posées par les membres du comité onusien. Ces derniers, loin de prendre les pincettes habituelles utilisées à Maurice lorsqu’il s’agit d’évoquer la question des communautés, ont voulu avoir des précisions sur la place «des Créoles» à différents niveaux de la société mauricienne.

Un des intervenants du comité onusien voulait, par exemple, savoir ce que fait Maurice pour «améliorer la condition de vie des Créoles qui sont reconnus comme étant considérablement défavorisés». À cela, l’Attorney General, qui avait du mal à garder son sang-froid, a répondu : «La pauvreté ne connaît ni de religion, ni de croyance, ni de caste, ni d’origine ethnique, ni de couleur de peau. Cela a été très dur pour moi d’entendre ces qualificatifs. La pauvreté touche tout le monde… la prochaine fois qu’un membre du comité vient à Maurice, je prends l’initiative de lui montrer que la pauvreté ne touche pas que les Créoles.»

Maneesh Gobin a aussi répondu à un commentaire qui suggérait que «des minorités n’ont pas accès à certains services du gouvernement ou à un emploi dans la fonction publique ou même dans le secteur privé». Pour y répondre, l’Attorney General a pris le commissaire de police en exemple.

«Je suis désolé de ce que je vais dire mais le commissaire de police est d’origine créole. Il n’a pas été nommé là parce qu’il est Créole mais pour ses compétences. Nous ne devrions pas procéder à des conclusions hâtives», a soutenu Maneesh Gobin. C’était après s’être emporté en réfutant le point d’un des membres du comité des Nations unies qui voulait connaître le nombre de «Créoles» se trouvant en milieu carcéral.

«Si je commence à chercher des statistiques sur l’ethnicité des personnes se trouvant dans les prisons, ne suis-je pas en position de maintien d’un système qui ne devrait pas être en place ? Un détenu est jugé par un tribunal indépendant… Comment les membres du comité peuvent me demander ce genre de statistiques ?» a déclaré Maneesh Gobin.

Après avoir écouté l’intervention du 14 août de l’Attorney General, nous avons contacté le père Véder pour qu’il réagisse aux propos de Maneesh Gobin.

«Nous nous basons sur le rapport de la Truth and Justice Commission lorsque l’on dit la population créole est la plus discriminée. Je suis d’accord, la pauvreté n’est pas que chez les Créoles mais le rapport a démontré qu’ils sont majoritaires. Je n’arrête pas de dire qu’il faut sortir ce rapport des tiroirs. Sur quelle planète l’Attorney General vit-il ? C’est à se demander. Je peux lui soumettre les témoignages de personnes ayant subi la discrimination et qui ont exigé la confidentialité. S’il affirme qu’il n’y a pas de discrimination raciale à Maurice, qu’il commence par ouvrir un espace public où les gens pourront venir déposer. Et s’il est vraiment de bonne foi, il n’a qu’à rendre public un recensement de tous les fonctionnaires avec leur identité, leurs qualifications et compétences, depuis les attendants jusqu’aux hauts cadres. On verra alors s’il y a de la discrimination envers les Créoles ou pas. Peut-être qu’à ce moment-là, les yeux de Maneesh Gobin s’ouvriront. Je pense que l’ethnicité peut nous aider à voir où est le problème…»

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